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«POP-CORN GIRL» ou la fougue américaine

Les bouquins du mardi – Ivan Garcia

«Microroman» à la saveur corsée entre teen movies et ironie voltairienne, Pop-corn girl s’avère une lecture agréable et drôle sur les (més-)aventures d’une jeune Genevoise en échange dans une banlieue de Chicago. Une ode moqueuse qui fait appel à nos phantasmes d’adolescents revisités sous un prisme adulte légèrement cynique. Et qui casse à coup de marteaux nos illusions ainsi que celles de la protagoniste, ce qui se révèle fort sympathique.  

La protagoniste de l’histoire, Emma, est une adolescente genevoise de seize ans. Collégienne, elle part effectuer une année d’études aux Etats-Unis, au sein d’un lycée situé dans la banlieue de Chicago. Evidemment, Emma, teenager de seize ans, s’estime la fille la plus chanceuse du monde : les Etats-Unis, le rêve américain à portée de mains…

Mais notre chère adolescente, un peu niaise mais sympathique, possède quelques attentes, dont une grande en particulier: intégrer l’équipe des cheerleaders de son bahut et perdre sa virginité entre les bras du fameux capitaine de l’équipe de football américain.  Challenge accepted. Et c’est ainsi qu’Emma ira de découverte en découverte et de déconvenue en déconvenue, à la poursuite de son rêve: devenir pom-pom girl.

«Le charme des biches, des marchés aux puces improvisés, des petits restaurants qui ne semblaient pas avoir changé depuis les années cinquante s’évanouit à l’instant même où elle comprit qu’au pays de l’oncle Sam, on mangeait Tic et Tac.»

Cheerlading et dépaysement

Publié dans la collection « Uppercut » de BSN, Pop-corn girl pousse sur le devant de la scène romanesque le sur-stéréotypé milieu du cheerleading avec son cortège de figures mythiques et ses schémas narratifs préétablis. Un effet recherché par l’auteur, Laure Mi Hyun Croset, qui pour l’occasion s’est replongée dans nos idéalisations venues tout droit des séries télévisées américaines.

Les références à la culture populaire ancrent la lecture dans un univers référentiel particulier: celui de notre propre adolescence, une jeunesse entre la fin des nineties et les années 2000, biberonnée à l’électro, aux séries américaines et à la junk food. D’ailleurs, soulignons que le titre et les intertitres du roman relèvent de la langue de Shakespeare et non pas de celle de Molière: un choix narratif et esthétique fort qui donne à penser que le livre pourrait être considéré comme une sorte de journal intime. Un journal au sein duquel Emma, se cachant derrière un narrateur à la troisième personne, rédigerait son expérience d’échange aux Etats-Unis avec un regard d’adulte.

«Elle attendit le lever de ses hôtes en songeant à ce qu’elle espérait de cette année à l’étranger. Comme souvent, ce qui l’avait poussée à s’en aller était moins l’envie de la découverte d’autre chose que l’ennui qui la terrassait à Genève.»

Voyage et ennui

Accueillie par deux couples d’Américains obèses, Mary et Bob, puis Bea et Bob, Emma s’intègre rapidement à l’American Way of Life et y trouve un charme irrésistible. Mais cela ne semble que la solution visant à exorciser – temporairement – cet éternel fantôme qui hante le voyageur occidental: l’ennui. A bien des égards, Laure Mi Hyun Croset fait de sa protagoniste l’antithèse même de ce que la tradition littéraire helvétique, notamment inspirée par la figure de Nicolas Bouvier, érige comme archétype du voyageur : Emma est consumériste, niaise, admirative devant les artifices, un brin superficielle et passons.

Pourtant, celle-ci possède peut-être à elle seule plus d’humanité que ces grandes figures du voyage. Probablement parce qu’elle nous remémore la place que nous occupions dans ce monde quelques années auparavant: on ne part pas en échange pour se trouver ou trouver l’altérité, mais plutôt pour s’éloigner de ce nous connaissons déjà de trop près.

En prolongeant la réflexion, Emma reflète également le contraire de la mentalité de la Beat Generation, incarnée par Jack Kerouac, Allen Ginsberg ou encore William S. Burroughs, ces hommes de lettres et artistes qui prônaient un retour à la vraie vie en opposition au mode de vie de l’Amérique des années soixante. Alors que les beats fuyaient tous ces apparats issus d’un monde jugé corrompu, notre protagoniste bien ennuyée dans la cité de Calvin débarque dans cette Amérique folle dont elle a tant rêvé. Ce qui lui fait tourner la tête, avant même les premiers exercices de cheerleading.

«Hélas, si les élèves étaient issus de classes sociales plus favorisées que dans les établissements qu’elle avait fréquenté auparavant, leur préoccupation principale n’était ni les figures de style ni le sens de l’existence. Au contraire, ils tentaient d’échapper à tout questionnement métaphysique, en essayant d’être pété le plus souvent possible et, dans des rares moments de lucidité, de savoir comment profiter de au maximum de leur corps qui s’était récemment mué en un objet de désir et de plaisir».

L’extase sportive

Le point fort de cette œuvre réside dans sa description du milieu du cheerleading qui, à mes yeux, reflète une sorte de rituel contemporain servant à créer du lien au sein de la communauté américaine. Les pom-poms girls se voient attribuer un statut de déesses tout au long du roman. Véritables Aphrodites modernes, leurs danses et leurs corps occupent une place centrale dans la fable, à la fois source de désirs, d’envies et de convoitises.

A l’instar de la tragédie grecque dans l’Antiquité, elles renvoient une certaine image de la société et contribuent également à la façonner, ce qui bien évidemment ne laisse ni le public, ni la protagoniste, ni encore le lecteur indifférents. Pour Emma, elles incarnent le succès, la beauté et tout ce que l’on rêve de devenir, lorsque l’on est dans l’âge ingrat. 

«Les cheerleaders arrivèrent enfin. Acclamées par la foule, elles commencèrent, vêtues de leur courte jupe affolante, une chorégraphie sophistiquée. Elles effectuèrent une dance lascive suivie de figures de plus en plus périlleuses. Ces mouvements spectaculaires mettaient leurs poitrines généreuses et leurs jambes parfaites en valeur. On aurait dit que c’était là toute leur volonté : affirmer auprès du public qu’elles étaient jeunes et désirables.»

Au sein de son roman, l’auteur tient un double discours sur ces phénomènes de société américains que nous autres Européens avons tendance à idéaliser à cause des fictions. En manipulant avec souplesse les archétypes et clichés, Laure Mi Hyun Croset n’hésite pas à les écraser, avec ironie et cynisme, contre le cruel mur de la réalité qui tôt ou tard finit par nous rattraper. Ainsi Emma ne réalise pas tous ses rêves: elle est Suissesse et pas assez cool. Mais notre héroïne ne se laisse pas abattre et sa compagnie finit par nous charmer. Finalement, on se demande si, au vu de la fin ouverte du récit, nous ne la retrouverons pas prochainement dans un tome deux pour, à nouveau, se lancer à la conquête de ce fichu Jeff Preston Wilkinson qui lui échappe.

A la lecture de ce bref mais savoureux Pop-corn girl, le lecteur ne peut que sourire, se remémorer ses phantasmes de teenager alléché par tout ce qui relève du Made in USA et se demander si ce n’était pas mieux avant, quand on avait seize ans. Emma, à l’instar de la couverture du livre et du titre, évoque ce grain de maïs qui, une fois chauffé, explose et devient du pop-corn. Un vrai feu d’artifice de fougue.

Crédits photo: © Ivan Garcia

Ecrire à l’auteur: ivan.garcia@leregardlibre.com

Sous les pavés soixante-huitards d’un certain Grégoire Müller

Les bouquins du mardi – Jonas Follonier

Publié aux Editions de l’Aire, Sous les pavés… Lézards est un magnifique témoignage d’un soixante-huitard, le peintre suisse Grégoire Müller, nostalgique d’une époque qui pourtant a donné naissance à la société d’aujourd’hui qu’il abhorre.

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«Antonia», une Madame Bovary dans la Palerme des années soixante

Les bouquins du mardi – Loris S. Musumeci

Bref mais efficace. Et l’efficacité n’est pas que le fruit d’un gain ou d’un profit. Il n’est pas même question d’instruction ou de culture. Gabriella Zalapì offre une expérience. En nonante-neuf pages, elle nous glisse dans la peau d’Antonia, jeune bourgeoise rédigeant son journal intime du 21 février 1965 au 3 novembre 1966. Jeune bourgeoise, mais pas que. Si Antonia vient en effet de la bourgeoisie, ses aspirations dépassent le cadre de son rang social. Elle doit sortir du cadre. Parce qu’elle y étouffe. 

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Le Prix Georges-Nicole pour Adrien Bürki et sa chapelle intrigante

Les bouquins du mardi – Jonas Follonier

Le jeune auteur veveysan Adrien Bürki a été récompensé par le prix Georges-Nicole destiné à reconnaître le talent de nouvelles plumes romandes. Sur la Chapelle est un recueil de quatre petits récits tentant de retracer l’histoire de l’ancienne église qui a donné son nom au village St-Légier-la Chiésaz.

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«Le soleil était éteint»: un roman historique qui manque de finesse

Les bouquins du mardi – Lauriane Pipoz

Marguerite est une paysanne savoyarde. Elle travaille chez un pharmacien avec qui elle a une très bonne relation. Voyant en la jeune femme beaucoup de potentiel, il décide de la recommander à une riche famille de Genève. Marguerite et sa famille partent alors pour la ville dans un contexte où la paysannerie est une activité très difficile: c’est en l’an 1815, l’«année sans été» où le climat a pâti de l’explosion d’un volcan indonésien.

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Un beau gosse écrivain «De la race des seigneurs»

Les bouquins du mardi – Loris S. Musumeci

«N’oublie jamais que tu es un Delval, mon fils. Tu es de la race des seigneurs.» 

Alex Delval, fils d’Alexandre Delval, cherche sa place. Et ce n’est pas chose facile. Le jeune garçon voudrait se lancer dans le cinéma pour la bienveillance et l’amour qu’offrent un plateau de tournage sous les projecteurs et le regard de la caméra. Mais la place semble déjà prise, pour l’éternité. Un seigneur du cinéma y siège: Alexandre Delval. Alors le fils est perdu. Ce qui le pousse à commettre quelques – grosses – conneries. Drogue, violence et l’art de toujours tout gâcher, en tout. Un soir, Alex rencontre un psy. La discussion entre les deux s’entame, pour aller puiser dans le fond des souffrances de l’un comme de l’autre. 

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«Simili-love», la quête d’un homme

Les bouquins du mardi – Ivan Garcia

Dans un monde – à quelques années près – de notre quotidien, contrôlé par une multinationale gargantuesque, Maxime, scénariste de séries télévisées désenchanté et aliéné, vit une idylle avec Jane, une androïde. A travers cette romance à doses de Simili-love, le protagoniste finit par avancer, à la recherche de son humanité, au sein d’une civilisation en ruines.

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Les «Arpèges» d’une amitié, entre lettres et couleurs

Les bouquins du mardi – Jonas Follonier

Arpèges est la réunion de la peinture et du verbe. Publié chez Slatkine suite au décès de Jocelyne Gagliardi, qui fut professeur de littérature et d’histoire de l’art en Valais, cet ouvrage célèbre l’amitié de cette femme avec la peintre Isabelle Tabin-Darbellay. Par une sélection de lettres qu’elle lui a envoyées. Un véritable coup de cœur.

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Le chemin tortueux des parents d’enfants autistes

Les bouquins du mardi – Lauriane Pipoz

Dans son premier roman, Un bonheur que je ne souhaite à personne, Samuel Le Bihan nous parle de l’autisme à travers le personnage de Laura. Cette femme est mère de deux enfants, dont un petit garçon autiste. S’étant refusée à le placer en hôpital psychiatrique, elle est la fondatrice d’une structure accompagnant les enfants autistes dans leur différence.

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«Les femmes artistes sont dangereuses»: l’art par la femme, occulté mais vivant

Les bouquins du mardi – Hélène Lavoyer

L’une est journaliste, essayiste et historienne, notamment du féminisme aux XIXe et XXe siècles, l’autre chercheuse indépendante et historienne de l’art. Laure Adler et Camille Viéville, deux femmes mais avant tout deux individualités qui ont engagé leurs forces dans un combat qui quoique vieux de plusieurs siècles n’a ni perdu de son actualité ni de sa nécessité : celui entreprit par nombre de femmes afin de se faire une place dans des domaines régis de tout temps par des hommes. Dans cet ouvrage paru aux éditions Flammarion elles dressent les portraits d’une cinquantaine de créatrices.

Pour celui qui s’intéresse à l’art, ce livre est un trésor de découvertes de nouvelles « griffes » stylistiques. Mais pour tous les autres, interpellés par l’histoire de la femme et qui cherchent à savoir comment, concrètement, le monde patriarcal a pesé de tout son poids sur son expression et sur son intégration à l’univers de l’art, il s’agit d’un ouvrage marquant à ne pas laisser dormir sur les étagères des librairies. Et ce  tant à cause de son propos que de la façon dont il se voit présenté, sous une plume tranchante mais fluide, catégorique avec raison.

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