Archives du mot-clé les mercredis du cinéma

« Derniers jours à La Havane » de Fernando Pérez

Les mercredis du cinéma – Alexandre Wälti

Ce qu’il y a de bien avec les cycles de Passion Cinéma, c’est que le spectateur ressort rarement déçu d’une projection. Heureusement qu’ils existent, particulièrement en fin d’année. Ils contrent l’invasion des blockbusters avec leur lot de sensationnel et d’explosions, si loin de la finesse de Derniers jours à La Havane du réalisateur cubain Fernando Pérez.

Dès la scène d’ouverture, la succession des gros plans impose un certain cinéma : intimiste et profond. La caméra suit les expressions faciales de Miguel (Patricio Wood, torturé) alors qu’il fait la plonge dans un restaurant sans histoire. Il sort, traverse les rues de La Havane. Fernando Pérez le filme comme dans un documentaire, le faisant avancer dans le chaos urbain de la ville dans l’indifférence la plus totale.

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« Bienvenue à Suburbicon » : Derrière le rêve américain  

Les mercredis du cinéma – Nicolas Jutzet

Ce film évoque l’image caricaturale que se fait chacun de l’american way of life. George Clooney parvient, sans la lourdeur que nous connaissons parfois, à faire ressortir les différentes caractéristiques du pays dans les années 50. Avec un casting détonnant, qui place Matt Damon dans un rôle inattendu mais maitrisé, il a su faire de Bienvenue à Suburbicon une œuvre qui devrait permettre à chaque spectateur d’apprécier les 105 minutes de film.

Derrière la présentation idyllique d’une Amérique paisible qui permet à sa classe moyenne de s’émanciper, le scénario ouvre des perspectives sur des questions fondamentales. Notamment la santé psychique d’une partie de la population, qui noyée par son besoin de consommation semble être prête à s’arranger avec les règles et le savoir-vivre. La relation père-fils, homme-femme, avec ses omissions et ses faiblesses, dévoile une face non soupçonnée de la personnalité du réalisateur.

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« Coco », une touchante ode à la famille

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Qu’est-ce qu’on va pouvoir faire de ce garçon ? »

Miguel Rivera est un enfant de la petite ville mexicaine Santa Cecilia. Il en porte en lui un fort sentiment familial. A l’approche de l’incontournable Dia de los Muertos – la Fête des Morts – tout a été préparé pour réserver aux ancêtres Rivera un bon retour annuel, par des offrandes et l’exposition de la photographie de chacun de ses membres défunts sur l’autel de la maison.

Seule une figure ne trône pas en effigie : celle du père de Mama Coco, l’arrière-arrière-grand-mère et confidente de Miguel. Le mystérieux personnage aurait abandonné sa famille pour suivre son destin : la musique. Considéré comme maudit, la musique elle-même a été complètement bannie et haïe par la famille. Et pourtant, le jeune garçon ne rêve que de devenir musicien. Secrètement.

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« M », ou l’amour sans paroles

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Tu sais comme les maisons incendiées se penchent l’une contre l’autre. »

Lila est sévèrement bègue. Mal à l’aise, moquée et orpheline de sa mère, la jeune fille mène une vie que personne n’envierait. Son visage semble à tout moment épris de tristesse : peu s’en faut pour qu’elle éclate en sanglots. Elle vit dans un petit appartement, avec un père qui passe son temps devant la télévision en robe de chambre et une petite sœur espiègle n’ayant manifestement reçu aucune éducation. Néanmoins, Lila est dotée d’une véritable âme de poète.

De son côté, Mo est un homme de trente ans secrètement analphabète. Son gagne-pain ? Des courses automobiles clandestines avec des gitans. Lui, orphelin de père, a toujours sa mère, mais il a coupé tout lien avec elle depuis qu’elle l’a abandonné. Deux existences incendiées se rencontrent au hasard d’un arrêt de bus. Si le coup de foudre est évident au premier regard, la communication comporte quelques difficultés entre la bègue et l’illettré. Cet amour mouvementé révélera toutefois une fécondité qui assumera la tragédie respective des amants, au prix de déceptions et larmes.

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« Le Brio »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Ce qui compte, c’est d’avoir raison ; la vérité on s’en fout. »

La banlieue parisienne, traversée par le métro. Neïla Salah (Camélia Jordana) se rend en Place du Panthéon, à l’Université Assas, pour un premier jour d’études en droit. Son retard de cinq minutes lui coûte cependant l’attention du professeur Pierre Mazard (Daniel Auteuil). Face à une assemblée ébahie, le docte orateur humilie la jeune étudiante sous des jeux de mots et des remarques pointant directement du doigt le faciès sémite de Neïla. Comme si cela ne lui suffisait pas pour s’attirer des problème, il enchaîne avec une critique moqueuse de l’islam. La haine est signée. Pierre Mazard est convoqué par le doyen de la faculté. Seule solution de rachat : préparer la proie de la rentrée au prestigieux concours d’éloquence.

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« La Villa », un petit chef d’œuvre

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

« Pourquoi tu es venue ?
– Le docteur a dit qu’il le fallait.
– Tu es venue juste pour ça ?
– Ouais. »

Telle est la première réplique de La Villa, un film racontant l’histoire de frères et de sœurs sexagénaires allant rejoindre leur père atteint d’une attaque, dans une calanque de la région marseillaise. Un film sur la famille, donc, mais aussi sur le temps qui passe et sur la manière de rester fidèle à des idéaux familiaux de bien commun et d’altruisme dans une société aujourd’hui capitaliste.

Ces questions peuvent paraître banales, et ce n’est pas la première fois que Robert Guédiguian les traite dans ses films. Cependant, La Villa a le mérite d’aborder ces problèmes de manière fine et économe, le tout dans des couleurs et des situations enveloppées de lyrisme. Quant aux acteurs, c’est l’excellence même : Ariane Ascaride dans sa tristesse, Jean-Pierre Darroussin dans son cynisme naturel, Anaïs Demoustier dans sa beauté, Gérard Meylan dans son humanité. Lire la suite « La Villa », un petit chef d’œuvre

Les « Flatliners » auraient mieux fait de rester dans leurs tombes

Les mercredis du cinéma – Hélène Lavoyer

« C’est un beau jour pour mourir. »

Sous l’impulsion de Courtney (Ellen Paige), étudiante en médecine, quatre de ses confrères la rejoignent et participent à une expérience pour le moins étrange ; ils provoquent sur leurs propres personnes un arrêt cardiaque, laissent le cœur arrêté quelques minutes… avant que les autres ne se chargent de ramener à la vie celui qui se sera laissé partir.

Après l’expérience, Courtney, Jamie (James Norton), Marlo (Nina Dobrev) et Sophia (Kiersey Clemons)  verront leurs capacités intellectuelles modifiées, différemment selon chacun. Seul Ray – interprété par Diego Luna –, méfiant, se garde de jouer avec la mort. A raison ? Peut-être, car des événements effrayants et surnaturels s’immisceront petit à petit dans la vie de ses amis, jusqu’au drame…

La nouvelle version du film Flatliners – L’expérience interdite constitue un échec sur différents plans. Tout d’abord, et c’est l’une des erreurs majeures de la distribution, le long-métrage est interdit aux moins de seize ans et apparaît sous la catégorie horreur. Certes, la bande-son mène à l’appréhension et parfois même à l’angoisse. Néanmoins, pas une once d’imagination, de nouveauté ou d’inattendu ne parvient à habiter les cent-dix minutes passées dans la salle de cinéma. Les amateurs de films d’horreur se retrouveront sans doute déçus. Lire la suite Les « Flatliners » auraient mieux fait de rester dans leurs tombes