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François-Xavier Putallaz : « Noël passe aussi par les symboles »

Le Regard Libre N° spécial « Noël 2015 » – Loris S. Musumeci

François-Xavier Putallaz est professeur de philosophie à l’Université de Fribourg notamment, membre du Comité national d’éthique et membre du Comité international de bioéthique de l’UNESCO.

Loris S. Musumeci : Nous approchons de la grande fête de Noël. Les rues sont illuminées, les centres commerciaux se transforment en étouffants labyrinthes desquels on ne peut sortir tant que l’on n’a pas trouvé, haletant en folie, tous les cadeaux parfaits pour nos proches. Dans cette période d’affolement, il nous plairait de comprendre le véritable sens du Noël. Pourriez-vous nous décrire ce que cette fête est originellement ?

François-Xavier Putallaz : Noël est inouï ! La naissance d’un être humain, déjà, est magnifique, car c’est l’éclosion d’une vie nouvelle. Alors pensez : une seule fois dans l’histoire, un homme est né, dont la personne est Dieu lui-même. A Noël, Dieu est né en tant qu’homme. Celui qui n’a pas de commencement, Celui par qui tout a été fait, Celui qui tient toute chose au-dessus du néant, le voici qu’il naît petit enfant : pauvre, fragile et dépouillé. Noël, c’est ce mystère de l’amour. Comment ne pas le célébrer chaque année ? C’est l’événement le plus inouï de l’histoire humaine ! Continuer la lecture de François-Xavier Putallaz : « Noël passe aussi par les symboles »

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A la santé du transhumanisme !

Article inédit – Loris S. Musumeci

Qu’il est délectable et honorifique de s’indigner contre le monde et de le critiquer avec désinvolture. Blâmer la tendance « transhumaniste » de la société, typiquement, est aujourd’hui plus que jamais en vogue. On s’oppose à celle-ci, mais, paradoxalement, on la glorifie aussi. En effet, lorsqu’elle est dans une optique « méliorative » – c’est-à-dire d’augmentation du genre humain – on crie au démon, alors que si elle est destinée à des fins thérapeutiques, ce sont les doux anges que l’on chante pour rendre grâce de ce miracle des sciences. Tout cela est bel et bon ; cependant, ne faudrait-il pas se demander si les lubies d’« hommes-robots » et d’autres dérives du transhumanisme mélioratif, ne proviennent pas, en fait, du côté médical du phénomène ? Plus précisément, c’est sur l’actuelle définition référentielle de la santé qu’il convient sérieusement de se questionner : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. » (OMS, 1946). Cette conception ne serait-elle pas, en réalité, un lourd facteur du transhumanisme ? Continuer la lecture de A la santé du transhumanisme !

Quelle joie d’être juif !

Le Regard Libre N° 12 – Loris S. Musumeci 

L’Histoire du peuple juif est, dans ses épisodes les plus marquants, connue plus ou moins de tous. Il est du domaine de la culture générale que de connaître, en partie en tout cas, le récit de la création avec ses deux acteurs humains que sont Adam et Eve, ou encore le fol amour fraternel – accompagné de ses quelques difficultés – de Caïn et Abel, l’arche de Noé, la piété d’Abraham, l’esclavage en Egypte, Moïse qui fendit la mer, le petit David qui fracassa le grand Goliath, la noble sagesse du roi Salomon, mais également les différentes diasporas, les réseaux européens de Juifs dans les grandes villes depuis le Moyen Age, les ghettos, les persécutions, et, dans un passé bien récent, la tragédie de la Shoah.

L’image du mur des Lamentations à Jérusalem ainsi que la situation instable entre l’Etat d’Israël et la Palestine sont souvent les premières pensées qui surgissent à l’esprit lorsque le mot « judaïsme » est prononcé. La figuration d’un barbu jouant du violon, kippa sur la tête est assez présente aussi ; on pense également rapidement, dans une culture cinématographique francophone, au sympathique Rabbi Jacob ou aux gaffes et habitudes caricaturées des hilarants protagonistes séfarades des films La Vérité si je mens ! de Thomas Gilou. Au-delà de ces anecdotes qui font allègrement sourire et les Juifs eux-mêmes et les « goyims » – les non-Juifs –, l’intérêt du présent article serait, dans une humble démarche de découverte culturelle et spirituelle, celui de réaliser un premier pas vers la connaissance de l’essence juive, en d’autres termes, étudier une des multiples faces de l’expérience de judéité.

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Le bien social, pour tous ou pour chacun ?

Le Regard Libre N° 11 – Loris S. Musumeci

A vos urnes, prêts, partez ! Et le coup de revolver qui retentit dans le cœur de tout électeur. S’il est alors une période particulièrement intéressante pour s’interroger sur l’affaire publique, c’est bien celle-ci. Les chambres du national sont renouvelées. Très bien, mais à quoi bon ? Plus profondément, on peut aller jusqu’à se demander quel est le rôle de la politique. Philosophiquement, cette quête intellectuelle rejoint au plus intime d’elle-même la question du bien ; en le considérant, de toute évidence, au service du citoyen. C’est à ce point, en fait, qu’il devient autant complexe que difficile à penser. En effet, si l’on considère le bien social, il faut aussi réfléchir tantôt à la responsabilité politique du bonheur de l’homme – dans quelle mesure ce bien proposé pourra-t-il combler l’homme ? – tantôt au détachement du public face au privé au nom du respect de la liberté de chacun. De plus, en parlant du citoyen comme destinataire de ce bien, il est primordial de comprendre en quoi et comment il l’est. Cherche-t-on un bien pour tous, dans la collectivité et sans intimité, ou un bien pour chacun, dans la proximité, voire la filiation à l’Etat ? En somme, quel comportement du bien social ? Pour tous ou chacun ? Continuer la lecture de Le bien social, pour tous ou pour chacun ?

« L’adversaire »

Le Regard Libre N° 9 – Loris S. Musumeci

« Qu’il ne joue pas la comédie pour les autres, j’en suis sûr, mais est-ce que le menteur qui est en lui ne la lui joue pas ? Quand le Christ vient dans son cœur, quand la certitude d’être aimé malgré tout fait couler sur ces joues des larmes de joie, est-ce que ce n’est pas encore l’Adversaire qui le trompe ?
J’ai pensé qu’écrire cette histoire ne pouvait être qu’un crime ou une prière.
Paris, janvier 1999 »

Jean-Claude Romand : Père de famille idéal, fils consciencieux, grand médecin à succès… et menteur, assassin, fou.

Son histoire est celle d’un homme banal, qui pendant dix-huit ans a menti sur tout à tout le monde. Et tout éclate le 9 janvier 1993, lorsqu’il tue sa femme, ses enfants, ses parents et tente, sans succès, de se suicider. On découvre alors qu’il n’était pas médecin à l’OMS comme il le prétendait. Il n’était rien. Durant toutes ces années, sans l’ombre d’un doute, sa famille, ses amis le crurent dans ce mensonge d’une vie, mais au moment où la vérité s’apprêta à déchirer le voile de l’imposture pour ressurgir à la lumière, Jean-Claude Romand ne trouva d’autre issue que d’assassiner « ceux qu’il aimait », ceux qui eussent été meurtris par cette vérité étouffée, si vieille et nouvelle à la fois. Continuer la lecture de « L’adversaire »

« La vita è bella »

Le Regard Libre N° 8 – Loris S. Musumeci

« Ouverture. Brouillard. Bruit du vent.

VOIX OFF : Cette histoire est simple, et pourtant elle n’est pas facile à raconter. Comme un conte, elle est douloureuse et comme un conte elle est pleine de merveilleux et de bonheur. »

La vie est belle. Roberto Benigni n’aurait pu trouver meilleur titre à son chef-d’œuvre cinématographique réalisé en 1997. En effet, il est vrai que la vie, comme cette histoire, comporte bien des douleurs, mais elle est aussi pleine de merveilleux et de bonheur, c’est pourquoi l’on peut dire que La vie est belle. Cependant, ce titre ambitieux pourrait sembler paradoxal avec le contexte tragique dans lequel le film est ambiancé. Comment peut-on chanter cet hymne à la vie au cœur de la période si dramatique pour l’humanité qu’est la Shoah ? Benigni y parvient d’une manière à la fois exceptionnelle et simple, il s’adresse aux cœurs en traitant ce drame avec une douce et poétique tragicomédie, entre larmes et sourires.

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« Et le Verbe s’est fait chair »

Le Regard Libre N° 7 – Loris S. Musumeci

Noël, Noël, Noël… en ce beau mois de décembre, c’est sans doute le nom que l’on prononce ou entend le plus. Mais que signifie-t-il réellement ? En quoi et où peut-on véritablement le trouver ? Si ces questions ont bien lieu d’être, c’est parce qu’il serait illusoire et faux d’enfermer le « Noël » soit dans la fête commerciale sponsorisée par le père Noël et ses lutins, soit dans une simple célébration religieuse chrétienne. Le Noël est bien plus que cela, il s’incarne complètement dans la réalité.

Cependant, avant d’aller plus loin dans la réflexion, il semble intéressant de s’arrêter sur ces deux « perceptions-types ». La première, celle du « Noël-matérialiste », semble assez évidente. En effet, dès le mois de novembre déjà, nous commençons à percevoir le phénomène de la course folle aux cadeaux, à la plus grande joie des centres commerciaux bien sûr. Jusque là, rien ne semble mauvais en soi. Qu’y a-t-il de mal à vouloir offrir des cadeaux à ses proches ? Rien. Toutefois, ce qui pourrait être bien dommage, c’est acheter et offrir par automatisme, sans donner du sens aux cadeaux. Dans ce cas, ces derniers seraient facilement vides d’intention, et la dimension de « don » s’effacerait vite du cadeau. Cela se produit notamment par la « pratique » du cadeau ; c’est-à-dire que l’on offre simplement parce que c’est « Noël », la « fête des cadeaux ». Ce qui peut provoquer ce vide de sens aux cadeaux, c’est également le contexte de stress et d’agitation dans lequel ils sont achetés.

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Une mûre expérience

Le Regard Libre N° 6 – Loris S. Musumeci

L’histoire de Christiane Dini-Bessard, professeur d’allemand au Lycée-Collège des Creusets, à Sion

A l’occasion de la célébration des vingt-cinq ans de la chute du Mur de Berlin, une témoin directe de ce mur, Madame Christiane Dini-Bessard, nous livre son histoire et l’impact qu’a eu le Berliner Mauer dans sa vie.

Tout a commencé en 1968 ; alors qu’elle était une des rares filles de paysans à pouvoir faire des études, ses parents l’envoyèrent quelque temps à Cologne pour y apprendre l’allemand. Et là, lors d’un petit voyage à Berlin avec des amis colonais, elle vit pour la première fois le mur, sept ans après sa construction. La seule présence de celui-ci la choqua, mais elle fut plus encore impressionnée par Berlin Est isolé, artificiel, vide. Ce séjour la marqua à jamais. Continuer la lecture de Une mûre expérience

«Deux petits pas sur le sable mouillé»

Le Regard Libre N° 3 – Loris S. Musumeci

L’histoire commence sur une plage, quand Anne-Dauphine remarque que sa petite fille marche d’un pas un peu hésitant, son pied pointant vers l’extérieur.

Après une séries d’examens, les médecins découvrent que Thaïs est atteinte d’une maladie génétique orpheline. Elle vient de fêter ses deux ans et il ne lui reste plus que quelques mois à vivre. Alors l’auteur fait une promesse à sa fille: «Tu vas avoir une belle vie. Pas une vie comme les autres petites filles, mais une vie dont tu pourras être fière. Et où tu ne manqueras jamais d’amour.»

Ce livre raconte l’histoire de cette promesse et la beauté de cet amour. Tout ce qu’un couple, une famille, des amis, une nounou sont capables de mobiliser et de donner.

«Il faut ajouter de la vie aux jours, lorsqu’on ne peut plus ajouter de jours à la vie.»

Le vendredi 11 avril dernier, à Martigny, j’ai fait l’incroyable rencontre d’Anne-Dauphine Julliand. Son témoignage de vie est un véritable hymne au bonheur et à l’amour.

Anne-Dauphine et Loïc, son mari, ont quatre merveilleux enfants: Gaspard, Thaïs, Azylis et Arthur. Cependant, seuls trois sont physiquement vivants. Thaïs est morte à l’âge de trois ans, d’une maladie au nom barbare: la leucodystrophie métachromatique. Ce nom fait peur. Peur! Une peur qui aurait paralysé le bonheur de la petite famille à jamais, comme l’avait tout de suite pensé Anne-Dauphine à l’annonce de cette tragédie. D’autant plus qu’elle attendait un enfant en ce temps; d’autre part, les médecins avaient été clairs: «Il y a une chance sur quatre que votre prochain enfant soit atteint de la même maladie.» La petite Azylis est née avec la même maladie génétique que sa sœur. Elle a été traitée depuis sa naissance; mais la leucodystrophie étant une maladie incurable, ces traitements ne font que ralentir la dégénérescence. Azylis est aujourd’hui âgée de sept ans et demeure complètement dépendante car elle a développé de très lourds handicaps. Elle ne peut pas marcher, ni parler, ni se nourrir…

Pourtant, Anne-Dauphine et sa famille sont profondément heureux! Mais comment est-ce possible? Comment garder le courage et la volonté de vivre dans une telle situation?

S’ils sont heureux, c’est parce qu’ils ont la force de, chaque jour, choisir la vie, lui dire «oui». «Nous serons unis dans cette épreuve. C’est notre vie. Et nous allons la vivre.»

Que faire d’un enfant à qui il ne reste que quelques mois à vivre, comme Thaïs? – L’aimer!
Que faire d’un enfant malade comme Azylis? – L’aimer!
Que faire de deux enfants en bonne santé comme Gaspard et Arthur? – Les aimer!

Evidemment, Anne-Dauphine déclare ne pas être toujours joyeuse dans son bonheur: elle a aussi de grands moments de tristesse, lorsqu’elle repense à sa Thaïs et qu’elle aimerait la serrer dans ces bras pour un instant seulement ou qu’elle aimerait voir sa princesse Azylis guérir. Toutefois, ces moments de douleurs font aussi partie du bonheur. Ce bonheur qui se choisit se vit dans la beauté de l’instant présent.

A travers la thématique du bonheur, le témoignage d’Anne-Dauphine Julliand fait beaucoup réfléchir sur la véritable valeur de la vie. Thaïs n’a pas eu une vie très longue, mais intense. Et ce qui fait la valeur et la beauté d’une vie, ce n’est pas son étendue dans le temps mais son intensité dans le présent. Du côté d’Azylis, malgré son très lourd handicap, elle peut tout de même faire l’essentiel: aimer. «Rien que par son regard, Azylis me transmet un tel amour, comme aucune parole ou aucun geste ne pourraient le faire.»

«Une belle vie, ce n’est pas une vie où il n’y a pas d’épreuve. C’est une vie où on surmonte ces épreuves.» Anne-Dauphine nous montre par son témoignage de vie qu’épreuves (autant difficiles soient-elles) et bonheur sont en parfait accord. Nous pouvons donc tous être heureux!

Ecrire à l’auteur: loris.musumeci@leregardlibre.com

Crédit photo: © Loris S. Musumeci pour Le Regard Libre

Le Regard Libre, vision d’avenir

Le Regard Libre N° 1 – Jonas Follonier

L’année 2013 a pris fin. Les vacances de Noël sont révolues, la semaine d’épreuves déjà presque oubliée. La période du don d’organes et du don du sang est déjà lointaine, et, surtout, l’action en faveur d’Emmaüs appartient au passé. Place maintenant à de nouvelles résolutions, à de nouveaux événements, à de nouveaux projets. L’un d’entre eux voit aujourd’hui le jour : la création d’un journal de points de vue mensuel réalisé par des étudiants du Lycée-Collège des Creusets.

Dans cette société qui laisse la majorité décider de ce qui est bon, juste, branché, moral ou encore nécessaire, et à l’heure où les égalités insensées prennent le dessus sur les différences, nous aspirons à oublier l’originalité, la diversité. Tout le monde pense comme le monde ; on veut que l’individu se fonde dans la ronde, que les masses effacent les faces. C’est pourquoi face au regard des autres, nous proposons Le Regard Libre.

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