Archives par mot-clé : sexe

«Portnoy et son complexe»

Le Regard Libre N° 43 – Jonas Follonier

Dossier spécial Philip Roth (4/4)

Un petit livre incontournable que Portnoy et son complexe, roman de 1969 ayant valu à l’Américain Philip Roth sa sulfureuse notoriété. L’auteur avait déjà publié un recueil de nouvelles dix ans plus tôt, Goodbye, Columbus, qui n’avait pas obtenu le succès. Néanmoins, les thèmes obsessionnels de Roth étaient déjà présents, à commencer bien sûr par la judéité. Obsessionnel, cet écrivain l’est assurément, comme tous les génies. Imaginez un Tarantino qui ne fût pas obsessionnel, de même qu’un Proust, un Polnareff, un Flaubert ou un Kubrick. Et il est une obsession qui parcourt tout Portnoy et son complexe: celle du sexe.

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«Pastorale américaine», un ouvrage qui dit tout

Le Regard Libre N° 43 – Loris S. Musumeci

Dossier spécial Philip Roth (2/4)

«Deux cent cinquante millions de personnes mangent une dinde unique et colossale, qui nourrit tout le pays. On met entre parenthèses les mets bizarres, les pratiques bizarres et les particularismes religieux, entre parenthèses la nostalgie trimillénaire des Juifs, et chez les chrétiens le Christ, sa croix et sa crucifixion ; chacun, dans le New Jersey et ailleurs, met son irrationalité en veilleuse mieux que tout le reste de l’année. On met entre parenthèses griefs et ressentiments, et pas seulement les Dwyer et les Levov, mais tous ceux qui, en Amérique, soupçonnent leur voisin. C’est la pastorale américaine par excellence ; cela dure vingt-quatre heures.»

Pastorale américaine (1997) est une révélation. Elle est une révélation de Philip Roth pour ceux qui, comme moi, n’avaient jamais lu l’auteur auparavant. Elle est aussi la révélation d’un roman on ne peut plus complet dans ses thèmes et où le style parle vrai. Elle est par là la révélation d’une œuvre d’art, qui s’érige indéniablement en authentique chef-d’œuvre de la littérature.

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« Burning », quand le cinéma laisse un désir

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« – Tu ne demandes pas quel est le problème ?
– Des problèmes, il y en a tout le temps. »

Une camionnette blanche filmée par l’arrière, un jeune livreur qui fume une cigarette. Celui-ci prend ses paquets à l’épaule et les apporte dans un magasin. A l’entrée, deux filles sont chargées de la promotion des articles. En tenue sexy, elles dansent devant la porte en proposant une tombola aux clients. Le livreur sort et se fait appeler par son prénom. « Jongsu ! » Il s’approche de la danseuse publicitaire. Apparemment, ils se connaissent. Jongsu n’en a aucun souvenir. Quoi qu’il en soit, se tisse entre les deux une amitié silencieuse et étrange. Sans trop tarder, lesdites retrouvailles finissent au lit pour une aventure sexuelle. La jeune fille part en voyage. A son retour, elle demande à Jongsu de venir la chercher à l’aéroport. Mais elle est accompagnée d’un « Gatsby coréen ». Le nouveau duo devient trio, et le cauchemar général apparaît.

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« On Chesil Beach », un drame qui parle aux cœurs

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

On Chesil Beach s’ouvre sur des plages d’une beauté à couper le souffle avec comme bande-son le timbre chaud d’un saxophone. Un moment jazzy entre joie et mélancolie préfigurant la dimension musicale qui sera capitale dans le film. Ce drame anglais, réalisé par Dominic Cooke, est une adaptation du roman de Ian McEwan paru en 2007 – l’auteur même dont le roman My Lady s’est vu également transposé au cinéma il y a une semaine.

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« Climax », le climat du maximum

Neuchâtel International Fantastic Film Festival – Jonas Follonier

Nous sommes en 1996. L’élite des jeunes danseurs urbains s’apprête à faire une petite fête avant de partir en tournée. Un petit banquet a été préparé. Dans ce banquet, de la sangria. Dans cette sangria, un quelque chose qui va leur faire tourner la tête. Tous, danseuses et danseurs, homosexuels et hétérosexuels, toxicomanes et cleans, vont plonger dans un état inquiétant. Une soirée d’horreur va s’ensuivre, un cauchemar donnant le tournis et le vomi. Le réalisateur ? Gaspar Noé, évidemment.

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« Plaire, aimer et courir vite »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« La vie est plus conne que les films, c’est tout. »

Les toits de Paris défilent sous le jour, puis sous le soir. Et rapidement, les plans de Jacques (Pierre Deladonchamps) et Arthur (Vincent Lacoste) respectivement défilent. Le tout accompagné des basses, puis des paroles de Massive Attack interprétant « One Love ». Jacques est écrivain. Il habite à Paris dans un appartement lumineux avec son fils qu’il appelle Loulou (Tristan Farge). Son voisin Mathieu (Denis Podalydès) est un proche avec lequel il partage quasiment l’entier de sa vie. Ensemble, ils s’occupent du petit Loulou. Jacques est homosexuel. Mathieu aussi. Mais les deux  ont trop de complicité pour être des partenaires sexuels ; ils sont meilleurs amis.

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« MILF », mais où va-t-on ?

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Trois femmes approchant la quarantaine se rendent à la maison de vacances de l’une d’entre elles (Virginie Ledoyen), en bord de mer. Le séjour s’annonce plutôt ennuyeux : elles doivent vider les affaires de cette dernière en vue de la vente prochaine de la demeure. Mais les adultes, dit-on, gardent tous en eux une part d’enfance. Aider leur amie dans cette phase difficile, trop épuisant, quoi. « Et si on allait faire de la voile ? C’est bien, la voile ! »

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Fabrice Hadjadj, un penseur du sexe et de l’écologie intégrale

Le Regard Libre N° spécial « Ecologie : pour un revirement intégral » – Loris S. Musumeci

Fabrice Hadjadj est connu comme le philosophe juif au nom arabe et de confession catholique. Auteur de nombreux essais et œuvres littéraires, le penseur dirige également l’Institut Philanthropos à Fribourg. Il s’intéresse depuis quelques années à l’écologie, thème auquel il est parvenu par le biais de réflexions sur la chair, la sexualité et la famille. Rencontre. Continuer la lecture de Fabrice Hadjadj, un penseur du sexe et de l’écologie intégrale

De l’érotisme

Le Regard Libre N° 17 – Loris S. Musumeci

Je voudrais accourir aux pieds de mademoiselle, l’embraser de mes bras de feu, sentir son cou parfumé de grâce, caresser ses seins onctueux couverts d’un fin tissu blanc qui lui sert de robe, découvrir ses lèvres fines et souples, mais je me contente de la regarder, belle qu’elle est, manifestant son être à mes yeux. Pourquoi ce désir brûle-t-il en moi ? Parce qu’Eros l’a insufflé en moi, et il l’a insufflé en chaque homme, en chaque femme. Il y a donc quelque chose de naturel en moi qui accélère le rythme dansant de mon cœur, serre ma gorge et déstabilise mon corps entier par un léger tremblement de jambes lorsque face à moi se révèle, fascinante, la douce colombe.

Si c’est bel et bien Eros qui m’a fait cadeau du désir, il s’agit de le penser par l’érotisme, objet de la présente réflexion. Avant tout, il ne faut pas confondre érotisme et pornographie. Le premier fait délicatement émaner la chaleur de la chair, la seconde crache la froideur de la femme-objet, une poupée dans tous les sens du terme. Le premier chante sotto-voce un léger orgasme, la seconde hurle de douleur. Le premier disparaît, la seconde tue le premier et se déploie malicieusement partout. A l’heure où la pornographie, discrètement escamotée, se trouve à deux « clics » de ma main, soumise au triste voyeurisme, il est essentiel d’établir une nette et rigide distinction avec l’érotisme pour le comprendre. Continuer la lecture de De l’érotisme