Archives par mot-clé : tour d’horizon de quelques grands prix littéraires

«Ça raconte Sarah»: un Choix Goncourt de la Suisse au cœur d’une passion lesbienne

Le Regard Libre N° 51 – Loris S. Musumeci

Tour d’horizon de quelques grands prix littéraires, épisode #4

«Ça raconte Sarah, sa beauté inédite, son nez abrupt d’oiseau rare, ses yeux d’une couleur inouïe, rocailleuse, verte, mais non, pas verte, ses yeux absinthe, malachite, vert-gris rabattu, ses yeux de serpent au paupières tombantes. Ça raconte le printemps où elle est entrée dans ma vie comme on entre en scène, pleine d’allant, conquérante. Victorieuse.»

Vous savez donc de quoi il s’agit. Ça raconte Sarah, eh bien, raconte Sarah. Ça raconte Sarah à travers les yeux d’une narratrice dont elle tombe amoureuse. Avec laquelle elle vit une passion folle et érotique. Puis la fin de cet amour, et la mort lente qu’engage cette rupture. Le sujet est simple, le livre est court; ce qui a plu aux jurés du Choix Goncourt de la Suisse. 

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«Le Mars Club»: un Médicis étranger en prison

Tour d’horizon de quelques grands prix littéraires – épisode #3

Le Regard Libre N° 49 – Loris S. Musumeci

«C’est dans le silence de la cellule qu’on est taraudé par la seule et vraie question. La seule à laquelle il est impossible de répondre. Le pourquoi et le comment. Non pas le comment au sens pratique du terme, l’autre. Le comment as-tu pu faire une chose pareille. Le comment as-tu pu.»

Le Mars Club: voilà le genre de roman qui est fait pour plaire aux médias et à la critique. Sa protagoniste principale, Romy Hall, est une femme qui travaille comme strip-teaseuse au Mars Club. Elle est traquée par un ancien du Vietnam, Kurt Kennedy, qui ne fait plus la différence entre le club miteux où il a été client et la vie privée de la jeune femme, objet de tous ses phantasmes et du peu d’amour qu’il lui reste dans le cœur. Lasse et apeurée, elle finit par tuer ce bon vieux Kurt.

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«Les tribulations d’Arthur Mineur»: un Pulitzer comique et intelligent

Tour d’horizon de quelques grands prix littéraires – épisode #3

Le Regard Libre N° 49 – Loris S. Musumeci

«Comment pourrait-il s’imaginer que le lendemain matin, avant le cours, il se retrouvera dehors, suspendu au rebord du balcon de son appartement, à douze mètres du sol de la cour, pour tenter de gagner péniblement, centimètre après centimètre, la seule fenêtre ouverte?»

Un vrai idiot que cet Arthur Mineur. Vous connaissez Mister Bean? Imaginez-le alors en écrivain américain homosexuel, et le tour est joué: vous vous retrouvez face à Arthur Mineur. Mineur. Nom pas anodin pour quelqu’un dont l’œuvre est considérée comme mineure ainsi que l’existence, dans toute son insignifiance. Mineur a l’air de ne jamais être au bon endroit; s’il est quelque part, il est de trop; s’il n’y est pas, on l’attend avec agacement.

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«Avec toutes mes sympathies»: un Renaudot de l’essai en recherche

Tour d’horizon de quelques grands prix littéraires – épisode #2

Le Regard Libre N° 48 – Loris S. Musumeci

On l’adore. Sa voix douce et son sens de la nuance illuminent nos dimanches soirs à l’écoute de l’émission radio Le Masque et la Plume sur France Inter. Olivia de Lamberterie, une critique littéraire de renom qui prend la plume pour écrire à son tour. Pas un roman, mais un essai, recueil de souvenirs et de pensées, qui raconte le suicide de son frère Alex, le 14 octobre 2015 à Montréal.

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«La Vrai Vie»: un prix du Roman Fnac coup de coeur

Tour d’horizon de quelques grands prix littéraires – épisode #2

Le Regard Libre N° 48 – Loris S. Musumeci

«Un soir d’été, ma mère avait fait des pêches au thon que nous avions mangées sur la terrasse en pierre bleue qui donnait sur le jardin. Mon père avait déjà déserté pour s’installer devant sa télé, avec sa bouteille de Glenfiddich. Il n’aimait pas passer du temps avec nous. Je crois que dans cette famille, personne n’aimait le moment où on se retrouvait réunis autour du repas du soir. Mais mon père nous imposait ce rituel, autant qu’il se l’imposait à lui-même. Parce que c’était comme ça. Une famille ça prend ses repas ensemble, plaisir ou pas. C’était ce qu’on voyait à la télé.»

Malgré l’ambiance pesante qui règne en famille, la petite fille de dix ans qui nous raconte l’histoire de La Vraie Vie a une vie assez paisible et heureuse. Elle est bonne à l’école. Elle aime bien jouer avec son petit frère Gilles; et surtout, elle adore quand ils vont s’acheter une bonne glace chez le gentil glacier ambulant, mais attention, sans chantilly, parce que papa l’interdit. Un beau jour d’été, advient un terrible accident. Tout bascule. Papa devient de plus en plus violent; maman de plus en plus soumise; et Gilles change du tout au tout. Il ne sourit plus. La fillette veut alors trouver un moyen pour revenir dans le passé, comme elle l’a vu dans un film, et inverser le cours des événements, pour que Gilles continue à sourire.

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«Frère d’âme»: un Goncourt des lycéens au style africain

Tour d’horizon de quelques grands prix littéraires – épisode #2

Le Regard Libre N° 48 – Loris S. Musumeci

«Il m’a dit: ‘Par la grâce de Dieu et par celle de notre grand marabout, si tu es mon frère, Alfa, si tu es vraiment celui que je pense, égorge-moi comme un mouton de sacrifice, ne laisse pas le museau de la mort dévorer mon corps! Ne m’abandonne pas à toute cette saleté. Alfa Ndiaye… Alfa… je t’en supplie… égorge-moi!’»

Un roman qui fait froid dans le dos et qui raconte une guerre au sacrifice de la jeunesse, à l’apogée de la folie. Alfa Ndiaye et Mademba Diop sont deux «frères d’âmes»: amis intimes qui ont grandi ensemble, sous le même toit. Le premier est fort, grand, beau et vaillant; le second, tout aussi vaillant, n’a pas la puissance de son camarade, il est même plutôt frêle. Et ça ne pardonne pas quand on est tirailleur sénégalais et qu’on est envoyé au front. Malgré tous les efforts d’Alfa pour protéger Mademba, ce dernier ne tarde pas à succomber. Mais ce qui hante l’esprit du survivant: l’agonie du mort. Il l’a supplié trois jours de souffrance durant de l’achever, mais rien n’y fit. Alfa ne put le tuer. Il a été inhumain. Pour combler la douleur, il vide ses ennemis de leurs tripes et collectionne leurs mains.

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«L’hiver du mécontentement»: un Interallié artificiel

Tour d’horizon de quelques grands prix littéraires – épisode #2

Le Regard Libre N° 48 – Loris S. Musumeci

«La peur. Voilà bien une preuve de la faiblesse de l’Angleterre. Si on a peur de ses propres pauvres, de ses propres enfants, c’est qu’on est très affaibli soi-même, qu’on se sent très vulnérable, pareil à une petite mammy toute frêle, recourbée sur sa canne, sur un bout de trottoir, au moment de la sortie des écoles comme au milieu d’un ouragan. L’Angleterre est une petite vieille qui n’a plus la force de rien. L’Angleterre est dur le déclin.»

Candice prépare avec sa troupe de jeunes filles Richard III de Shakespeare. «Voici venir l’hiver de notre mécontentement», première réplique de la pièce, qui résonne fortement avec l’actualité. Nous sommes dans l’hiver 1978-79, en Grande-Bretagne. Et c’est la crise totale. Chômage, grèves et désespoir d’un peuple qui n’en peut plus. Une certaine Margaret Thatcher arrive au pouvoir, après avoir pris des cours de diction dans le même théâtre où Candice répétait la pièce. La jeune fille avait rencontré celle qui deviendrait «la dame de fer» à ces occasions; et le courant n’était pas passé. Etait-ce prémonitoire?

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«François, portrait d’un absent»: un prix Décembre d’amitié

Tour d’horizon de quelques grands prix littéraires – épisode #2

Le Regard Libre N° 48 – Loris S. Musumeci

«Ça arrive comme une vague.
Cette nuit-là, j’ai compris ce qu’était une voix blanche. La voix de Jérôme était blanche.
Maintenant, les souvenirs affluent. Ça arrive comme une vague.»

François est mort, emporté par une vague, avec sa fille Bahia. François faisait du cinéma et de la radio. François était un fou de l’existence. Il fumait, buvait; aimait la vie, le travail, la précision. Il était «beau et contradictoire». Dans un livre à la frontière entre l’essai, le témoignage, la poésie et le roman, Michaël Ferrier peint le récit d’une amitié. D’aventures en anecdotes, sourire aux lèvres et larme à l’œil, le portrait d’un absent fait irruption sur la page blanche pour offrir à celui qui n’est plus une présence dans la littérature.

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«Leurs enfants après eux»: un Goncourt social

Tour d’horizon de quelques grands prix littéraires – épisode #1

Le Regard Libre N° 47 – Loris S. Musumeci

«Voilà que toute le monde se retrouvait plus ou moins larbin, à présent. La silicose et le coup de grisou ne faisaient plus partie des risques du métier. On mourait maintenant à feu doux, d’humiliation, de servitudes minuscules, d’être mesquinement surveillé à chaque stade de sa journée; et de l’amiante aussi. Depuis que les usines avaient mis la clef sous la porte, les travailleurs n’étaient plus que du confetti. Foin des masses et des collectifs. L’heure, désormais, était à l’individu, à l’intérimaire, à l’isolat. Et toutes ces miettes d’emplois satellitaient sans fin dans le grand vide du travail où se multipliaient une ribambelle d’espaces divisés, plastiques et transparents: bulles, box, cloisons, vitrophanies.»

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«Le Sillon»: un Renaudot instructif

Tour d’horizon de quelques grands prix littéraires – épisode #1

Le Regard Libre N° 47 – Loris S. Musumeci

«Le Sillon est dédié à ceux dont l’absence et le souvenir résonnent entre ces lignes.»

Entre fiction et témoignage, Valérie Manteau raconte la déambulation d’une jeune journaliste française à Istanbul. Cette dernière se met sur les traces de l’éditorialiste arménien Hrant Dink, assassiné le 19 janvier 2007 par un nationaliste turc devant les portes de son journal d’opposition Agos à Istanbul. Le roman ressuscite la mémoire de ce martyre de la liberté dans une Turquie bouffée par l’islamisme et le totalitarisme.

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