«The Wife»: courtly love
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Cinema Wednesdays - Thierry Fivaz
Joseph Castleman and his wife Joan are ecstatic when he is awarded the Nobel Prize for Literature. But underneath the couple's conventional appearances, there are things left unsaid, lies and secrets. And resentment too. A whole range of things - their history, after all - that will color and weigh down what was supposed to be a triumph.
Il est probable qu’au terme de la cérémonie des Oscars 2019, Glenn Close dut avoir une pensée émue pour Joan Castleman, le personnage qu’elle incarne avec brio dans The Wife. Puisque, comme Joan, l’actrice est restée dans l’ombre, impassiblement digne, devant se contenter de simples remerciements du gagnant (Olivia Colman en l’occurrence). On aurait pourtant adoré que la réalité vienne au secours de la fiction et récompense (enfin) Glenn Close (sept nominations aux Oscars pour sept déceptions). Il n’en fut cependant rien. Heureusement pour elle, l’actrice pourra se consoler avec son Golden Globe reçu quelques jours plus tôt. En cela, l’actrice demeure mieux lotie que son personnage.
Un personnage qui, parlons-en, nous vient du roman éponyme de Meg Wolitzer (ou La doublure pour la traduction française) un récit qu’adapte et porte à l’écran le réalisateur suédois Björn Runge. La trame narrative, somme toute plutôt classique, se fait linéaire et s’accompagne dès le deuxième tiers du film, de flashback revenant sur des moments importants de la vie du couple: leur rencontre (elle l’étudiante et lui le professeur universitaire), leur amour naissant (il quitta tout pour faire sa vie avec elle) et leurs secrets.
Le film s’ouvre sur une scène intime, où l’on constate que malgré le poids des ans, Joseph (incarné par un excellent Jonathan Pryce) et Joan parviennent encore et toujours à s’aimer. Le couple apprendra quelques heures plus tard que Joseph a obtenu le prix Nobel de littérature. Une consécration pour l’écrivain, un moment devant être heureux mais qui pourtant prendra une coloration aigre-douce.
Alors que la famille Castelman se rend à Stockholm, les ressentiments et autres amertumes font surface. Joan n’en peut plus d’être réduite à «la femme de», de devoir jouer les épouses modèles et fades. S’ajoutent à son malheur, les indélicatesses sempiternelles de son époux toujours prêt à séduire de jeunes demoiselles impressionnées d’avoir en face d’elles un écrivain et qui plus est un Nobel.
Une aura prestigieuse et impressionnante que vit d’autant plus difficilement David (Max Irons), le fils du couple. N’ayant pas choisi la facilité, David souhaite devenir écrivain comme son père. Souffrant de la comparaison, avide de la plus petite approbation paternelle, le jeune homme déteste autant qu’il admire ce père qu’il sait imparfait, mais qui pourtant demeure (encore) son héros, son modèle: son père, finalement.
Mais est-ce que toutes ces simagrées sont légitimes? Et si l’histoire de ce succès littéraire n’était pas aussi simple qu’il n’y paraît? Et si, finalement, l’écrivain tant admiré n’était pas l’auteur de son œuvre mais en était un simple personnage, construit, de façade? C’est en tout cas la thèse d’un journaliste (Christian Slater) bien décidé à faire éclater la vérité.
Pourtant, au milieu de toute cette effervescence, de toute cette colère réprimée, et des obligatoires mondanités, parents et enfants s’aiment. Certaines scènes demeurent d’ailleurs d’une touchante authenticité, comme celle où, interrompu en pleine dispute, le couple apprend que leur petit-fils est né. Un événement heureux rappelant finalement que la vie est ailleurs. Finalement, semble nous dire le film, la vérité importe peu, seuls comptent les êtres aimés. Infantile, tendre et doux, ce drôle de couple nous montre peut-être ce qu’est le visage de l’amour lorsqu’on a plus vingt ans.
Photo credit: © Impuls Pictures
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