Les mercredis du cinéma - Kelly Lambiel
What do Bill Murray, Adam Driver, Tilda Swinton, Steve Buscemi, Tom Waits and even Iggy Pop have in common? A mouth, of course. A prestigious filmography, of course. And the favor of director Jim Jarmusch, too. Directed on several occasions by the latter, it was in The dead don't die, presented as the opening film and in competition for the Palme d'Or at the 2019 Cannes Film Festival, that he has chosen to bring together all his «muses». An explosive cast, daring choices, a resolutely kitsch aesthetic, ambiguous morals and a humor that is, to say the least, peculiar: it borders on the nanare or verges on the genius. The choice is yours.
Détourner les codes
Après s’être attaqué aux vampires dans Only lovers left alive, c’est l’autre figure moribonde de la culture populaire, le mort-vivant, qu’exploite Jim Jarmusch dans son dernier film. Dans cette dystopie baroque, le réalisateur n’hésite pas à forcer le trait parodique manifeste déjà dans une certaine veine du cinéma zombiesque, volontiers décalé et enclin à se pasticher lui-même. Des dialogues vides de sens, des réactions inappropriées, voire même disproportionnées, le mélange des registres tragique et comique, des personnages caricaturaux, une trame des plus attendues, une fin peu originale dévoilée depuis les premières images dans une mise en abime ingénieuse, nous voilà bien dans une œuvre, a priori, sans queue ni tête.
Absurde, elle l’est, au sens strict du terme bien sûr, mais également dans son acception philosophique et littéraire. On ne peut s’empêcher, de faire le parallèle avec le traitement des sujets graves tel que pratiqué par les dramaturges du théâtre de l’absurde, à la fois sérieux et bouffon, drôle et acerbe.
Faire réfléchir…
La radio et le journal télévisé ne cessent de le répéter, la Terre a dévié de son axe et les conséquences pourraient être désastreuses, d’ailleurs les catastrophes naturelles ne cessent de se multiplier. À Centerville, on remarque bien que le soleil déborde sur la nuit et que la lune impose sa présence en pleine journée. On voit aussi que les animaux et les insectes ont des comportements étranges et finissent par disparaître. Entre scepticisme et nonchalance, l’Homme, lui, est le seul qui ne réagit pas. Et quand bien même il aurait décidé de le faire, il est trop tard, les morts sortent de leurs tombes, prêts à en finir avec le genre humain…
Et à tout faire pour trouver du wifi, boire un dernier verre de Chardonnay ou se shooter au café! À croire, comme le laisse penser le film avec un peu trop d’insistance peut-être, qu’à notre image et à cause de la société de consommation, même les zombies seraient devenus débiles, incapables de se concentrer sur la seule tâche qui leur a été assignée, manger des cerveaux. Si les morts ne meurent pas et que les vivants ne vivent pas, si les déterrés sont encore aliénés par les addictions et que les humains sont voués à l’inaction, quelle fin possible reste-t-il pour notre monde?

… et surtout divertir?
Présenter le film sous cet aspect uniquement ne lui rend toutefois pas hommage. Entre effets spéciaux grotesques (vraiment!), panoplie de stars, jeux de mots aussi mauvais que brillants, il faut avouer que Jarmusch a déployé de nombreux moyens pour casser le discours moralisant de cette fable climatologique. Comique de situation, de caractère, de mots, de gestes et surtout de répétition, on rit souvent, mais on décroche aussi parfois. Ce qui fait la qualité de ce film, à savoir une esthétique ridicule poussé à son paroxysme et qui s’assumer comme telle, est également ce qui, à la longue, peut lasser. Je pense ici notamment à l’humour tour à tour fin et lourdingue et au foisonnement de références à la pop culture.
Si certaines sont plutôt subtiles (soyez attentifs au générique de début notamment) et ne peuvent être comprises que par un public averti de geeks, d’autres sont quelque peu forcées, trop abondantes et grossièrement amenées. Pas de spoilici, je ne souhaite nullement divulgâcher des informations, mais attendez-vous (évidemment) à voir passer Le Seigneur des Anneaux, Star Wars, Kill Bill, parmi tant d’autres.
Un film coincé dans l’entre-deux
Dans la salle les rires se mêlent à des soupirs alors que certains, peu, rient à gorge déployée. Mon avis est à cette image, mitigé. J’ai passé un bon moment, j’ai été stimulée intellectuellement mais je me suis également ennuyée parfois et j’ai aussi été dépitée par le manque de finesse de certains partis pris. Je m’interroge en particulier sur l’efficience du monologue final dont le ton est particulièrement moralisateur alors que tout avait été mis en place pour éviter cet écueil.
Nous mettre face à nos contradictions, souligner l’aspect absurde de notre comportement aurait apporté de la fraîcheur dans le traitement de cette thématique et aurait pu interpeler, voire toucher, le public de manière plus efficace que par les discours pessimistes et les sermons habituels.

Write to the author: lambielkelly@hotmail.com
Photo credit: © Universal Pictures
| The dead don’t die |
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| UNITED STATES, 2019 |
| Production: Jim Jarmusch |
| Screenplay: Jim Jarmusch |
| Interpretation: Bill Murray, Adam Driver, Tilda Swinton, Chloë Sevigny, Steve Buscemi, Danny Glover, Caleb Landry Jones, Rosie Perez |
| Production: Universal Pictures |
| Distribution: Universal Pictures |
| Duration: 1h43 |
| Output: 14 mai 2019 |