«Little sister»: when Switzerland makes movies

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written by Fanny Agostino · September 23, 2020 · 0 comment

Cinema Wednesdays - Fanny Agostino

Selected to represent Switzerland at next year's Oscars, Little sister, directed by the Lausanne-based women's duo Stéphanie Chuat and Véronique Reymond, tells the story of a sister's struggle to support her brother's battle with leukemia. It's a sunny film, the opposite of what you might expect from a story where illness is the cause of the drama.

Sven (Lars Eidinger) est le comédien vedette de la Schaubühne à Berlin. Une carrière qu’il doit mettre entre parenthèses suite à la découverte d’une leucémie agressive. Après de longues semaines passées en chambre stérile suite à une greffe de moelle osseuse, il n’a qu’une volonté: celle d’endosser à nouveau le rôle d’Hamlet au théâtre. Pour se faire, il peut compter sur l’aide et l’affection de sa sœur jumelle Lisa (Nina Hoss), dont le travail est profondément altéré depuis le diagnostic de son frère.

De la scène à la séquence

Bien qu’il s’agisse d’un film, Little sister est profondément ancré dans l’univers du théâtre. C’est le cas, d’abord, dans le contexte de la fiction. Les protagonistes sont tous issus de l’univers artistique: écrivain, metteur en scène ou comédien. Une première sphère professionnelle qui brouille les frontières de la vie privée: l’ex-mari de Lisa étant le directeur artistique de son frère Sven. Cependant, la corrélation avec les planches ne s’arrête pas à la fiction puisque la plupart des acteurs au casting sont d’abord des comédiens: Lars Eidinger a débuté sa carrière à la Schaubühne et tout comme Nina Hoss, il est passé par l’Ecole supérieure d’art dramatique Ernst Busch de la capitale allemande. Sans compter le metteur en scène Thomas Ostermeier, quasiment dans son propre rôle, ainsi que Marthe Keller en mère dépressive et oppressante.

Bénéficiant de cette influence théâtrale, le jeu d’acteur est corporel, presque véhément. Il ne faudrait cependant pas croire que Little sister ressemble à du théâtre filmé. La réalisation du duo Chuat-Reymond exploite certes la force incarnée et puissante de ses acteurs par une utilisation récurrente des plans serrés et d’une exploitation du hors-champ, mais il s’en dégage également une atmosphère poétique. Une grâce symboliquement représentée par la transparence; celle aseptisée des hôpitaux mais aussi de ces journées d’hiver ensoleillées, chaudes et aveuglantes. Une cécité relative au rêve impossible de Sven, auquel nous voulons pourtant croire. 

La vie d’une femme

On en oublierait presque que le titre original est Schwesterlein. Le personnage de Lisa est un contre-point. D’abord, parce qu’elle a quitté le Berlin qu’elle aime tant pour suivre son mari, directeur d’une école privée destinée aux enfants d’oligarques russes et autres asiatiques fortunés à Leysin. Une situation temporaire qui s’éternise, au détriment de sa volonté. A cela, il faut ajouter l’impossibilité de reprendre son travail d’écrivaine depuis la maladie de son frère. Une impasse qu’elle veut pourfendre pour son grand frère – né deux minutes avant elle – dans la reconquête du statut de comédien de son frère. Alors, Lisa se lance dans un monologue théâtral inspiré d’Hansel et Gretel pour que son frère remonte sur scène.

En esquivant le piège du pathos et de la mièvrerie, Little sister est une respiration, une béance solaire qui s’apprécie grandement à l’heure où l’on finance des téléfilms à faire pleurer dans les chaumières sur Grégory Lemarchal.

Alors qu’il s’inscrit pleinement dans l’univers purement scénique, le film sait aussi faire œuvre de cinéma. Une qualité qu’on aimerait d’ailleurs voir pointer le bout de son nez dans les productions suisses.

Write to the author: fanny.agostino@leregardlibre.com

Crédits photos: © Vega Distribution

Fanny Agostino
Fanny Agostino

A teacher, Fanny Agostino writes film reviews and articles on history and music for Le Regard Libre. She is also co-responsible for the cinema column.

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