«Faute d'amour», a film that speaks volumes about the ills of our times
Cinema Wednesdays - Jonas Follonier
Genia (Mariana Spivak) and Boris (Alexei Rozin) are about to divorce, each embarking on a new romantic adventure. Their twelve-year-old son, Alyosha (Matvei Novikov), is fed up with their quarrels and sobs in silence. He's so desperately in need of his parents' love that it will take them some time to notice that he's run away. Or his kidnapping, who knows. His disappearance, however, will do nothing to alleviate the hatred the separating couple feel for each other.
Faute d'amour, is the film that the French-language press is currently worshipping with near-unanimity. This fifth feature from Russian director Andrei Zviaguintsev won the Prix du Jury at the Cannes Film Festival. The film's strength? Its realism, on the one hand, and its art, on the other. Two elements that, when well combined, result in a masterpiece - just think of Flaubert in the field of literature, who managed to slip the greatest literary genius into a film. Madame Bovary, a novel a priori difficult to read because of its intrinsic boredom.
Une peinture noire de la Russie actuelle
De la même manière, Faute d'amour est un film difficile à regarder. Portée par une tension constante, son atmosphère lasse, exaspère, indigne même le spectateur. Dure tâche, en effet, que d’assister à la représentation d’un couple si représentatif des maux actuels. D’autant plus quand cela se passe dans la capitale d’une Russie en plein mal-être. Boris, le mari, a de la peine à prendre ses responsabilités; Genia, sa femme, est un être superficiel et empli de haine. Tous deux se ressemblent dans leur individualisme fou et leur cynisme.
La catastrophe sociétale dont ils sont les figurants se reflète dans le décor de la métropole. Du gris, du blanc noirci, du noir blanchi. La banlieue moscovite apparaît comme un puits de tristesse et de morosité. Le regard du réalisateur aura réussi à capter cette réalité quotidienne, par les couleurs dont nous parlions, par cette neige qui tombe sur le début et la fin du film. Par cette laideur, cette froideur, cette rudesse que l’on retrouve dans la langue même. Et par des cadrages, des mouvements de caméra très subtils, qui participent à son talent de réalisation.
La vraie cible du film? L’être contemporain
Les dénonciations politiques du pays ne manquent pas non plus. La militarisation de l’Etat russe, la question de l’Ukraine, le manque de démocratie et le poids de l’orthodoxie, autant de thèmes subtilement intégrés à l’arrière-fond sonore et visuel. Difficile cependant de qualifier Zviaguintsev de russophobe: la vraie cible de son film, c’est l’être contemporain, ce plouc scotché à son téléphone portable, se construisant un pseudo-bonheur à force d’aventures sexuelles, biberonné au supermarché, obsédé par ses petits problèmes de rien du tout et indigne d’élever un enfant.
Un vrai malaise s’empare des salles de cinéma avec ce film. Comme une honte qui nous saisit, nous qui nous reconnaissons parfois dans certains traits de caractère dénoncés par le cinéaste. Cette critique crue va-t-elle néanmoins trop loin? La société qu’entend pointer du doigt Zviaguintsev est-elle trop apocalyptique? Peut-être. Mais la leçon opère, et elle n’est pas morale. C’est une leçon de vie, qui s’exprime par un art magnifiquement russe dans son âme. Comme l’a dit Eric Neuhoff dans l’émission Le Masque et La Plume, «c’est un film dont on sort dévasté.»
Pari réussi, donc, pour ce drame!
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Crédit photo : © AlloCiné
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