«A son image»: a funeral novel
OLYMPUS DIGITAL CAMERA
Tuesday books - Loris S. Musumeci
«Of all the songs in the funeral Mass, the Sanctus is the only one whose words remain unchanged, because it is not about men, their birth and death, but only about the Lord, the God of Hosts. Heaven and earth are full of Your glory- the caress of his fingertips on her eyelids, the pulp of his forefinger. Simon watches the candle flame dance, always on the lookout for Antonia's smile, and closes his eyes. In the mass sung today, as it has been elaborated over the centuries in a tiny village in central Corsica, it's not just the words of the Mass that are important. Sanctus which are unchanging, but also its melody, so that when you listen to it with your eyes closed, it's impossible to know whether the service you're attending is that of the dead or that of the living.»
Corsica, 2003: Antonia is found at the bottom of a ravine. On the Ostriconi road, dazzled by the rays of a mild August sun, her car had let itself fall into the void. The family heard the news and were devastated. Especially his uncle and godfather, who, in addition to the sadness that overwhelms him, has to face the ordeal of celebrating the funeral. He is a priest, in spite of himself. It's too hard to recount the young woman's life. He wants to stick to simple, strict liturgy. Nevertheless, we learn that Antonia was a passionate but bitter photographer. All her life, she dreamed of covering the world's major events, such as wars. She did it, in Yugoslavia. To no avail. For the rest, her photos consisted in telling the story of local life; covering weddings with her lens.
Jérôme Ferrari ne nous emmène pas bien loin, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Il évoque la guerre de Yougoslavie, sans en faire son thème central. Il rappelle la guerre italo-turque en Lybie au début du siècle dernier, sous forme d’anecdote. L’écrivain, lauréat du Goncourt en 2012, manie ses références avec talent. Parce qu’il ancre son récit dans la profondeur de la Corse, durant ses années les plus chaudes politiquement; dans la profondeur des mélodies tragiques des cultures méditerranéennes; dans la profondeur de la foi catholique et de ses rites; dans la profondeur des rêves d’une jeune femme; dans la profondeur de la terre où on l’enterre.
A son image n’est pas le roman le plus facile d’accès. Il n’en demeure pas moins un récit fort de questions philosophiques, de réflexions historiques et d’un intérêt saisissant. Quel est notre rapport à l’image? Que dit la photographie? Traite-t-elle du réel? Est-elle obscène? Surtout quand elle montre la guerre, des hommes humiliés, des humbles décombres, des cadavres sans humilité? Ou quand le sujet n’est que supercherie, comme lorsqu’Antonia se rend à une conférence du FLNC (Front de libération nationale corse) et y reconnaît tous ses copains d’enfance derrière leurs vulgaires cagoules? Ou quand le sujet semble être bien trop grave pour s’exprimer à travers une image? La photographie est-elle une idole, insulte à Celui qui nous a créés à Son image?
Du côté du style, même s’il aurait mérité plus de sobriété, en livrant des phrases plus courtes et plus sèches, il faut reconnaître que sa beauté est véritable. Il en va de même pour la structure du roman: un peu plus de simplicité n’aurait pas fait de mal aux titres des chapitres. Si l’idée de les nommer par les différentes étapes successives de la liturgie funéraire est excellente, les titres de photos qui les accompagnent entre parenthèses sont, à mon sens, de trop. Néanmoins, Jérôme Ferrari réussit à fournir son chapitrage d’une authentique construction, sans paraître scolaire ni futile. Aussi, le côté compulsif et de l’écriture et de la coupure des chapitres entre dans un contraste stupéfiant avec la lourdeur et la lenteur qui siéent à un enterrement.
Enfin, c’est une ambiance toute particulière qui nous est offerte avec A son image. Alors que le roman ne fait que de brèves allusions à la musique, celle-ci est sous-entendue par un texte qui donne à la Corse toute la fascination qu’elle suscite et le désespoir qu’elle laisse entendre. Comme toutes les îles, confinées à leurs propres côtes, si étroites. On entend en effet les voix tremblotantes et graves des chants corses. Les chants religieux rendent un hommage quelque peu maladroit à la mémoire d’Antonia. Mais pas ce roman, qui dresse un portrait de la photographe à son image, et cela suffit.
Jérôme Ferrari
A son image
Editions Actes Sud
2018
219 pages
Write to the author: loris.musumeci@leregardlibre.com
Photo credit: © Loris S. Musumeci for Le Regard Libre

Leave a comment