The last summer in town is a forgotten masterpiece. Published in Italy in the '70s, the novel was a quick success, but immediately went out of print and remained unobtainable for a long time on transalpine bookstore shelves, being snatched up like a lost treasure at secondhand bookshops. Then suddenly, in February 2021, it resurfaces in France, under Gallimard's cream-colored dust jacket! In fact, it has just been published in paperback. So there's no excuse not to buy it, read it and re-read it.
«Quand je sortis, un vent glacial, à vous couper les mains, lustrait la ville sous un ciel resplendissant, à vous briser le cœur.»
Ce roman raconte l’arrivée à Rome d’un jeune Milanais venu essayer de faire carrière dans le journalisme. Aux journées qui se ressemblent toutes atrocement, Leo Gazzarra préfère les déambulations nocturnes et les égarements alcoolisés aux côtés de la bourgeoisie romaine, où jamais l’univers vacillant ne semble se cogner contre les reflets de la lune endormie. Leo Gazzarra erre dans un monde qui ne lui appartient pas et ne cherche nullement à s’y soustraire; il flotte simplement dans la ville comme un éther, ses rêves de gloire s’évanouissant à la vapeur du petit matin, ne laissant aucune traînée dans cette capitale alanguie par la touffeur d’un été de plomb.
«– Elle est imprévisible.
– Elle est belle, très cher, et les gens beaux sont toujours imprévisibles. Ils savent que quoi qu’ils fassent ils seront pardonnés.»
Le fil d’Arianna
Toutefois, lorsque les désillusions drapent le quotidien, il reste l’amour pour tout dynamiter: la nuit de ses trente ans, lors d’une soirée aussi raffinée qu’avinée, son regard croise la silhouette d’Arianna, une jeune femme irradiante de beauté, exubérante de séduction, mais à la fragilité dévoilée. A la fulgurance du coup de foudre succèdent bien vite les ténèbres d’un inlassable chassé-croisé. Arianna apparaît puis se dérobe, comète de feu et de glace. Hagard, Leo peine à se remettre de cette collision avec la douleur de la beauté et se laisse dériver dans le sillage de cette créature évanescente. Un tango existentiel sous les traits d’une hypnose crépusculaire.
The last summer in town est le portrait d’un héros mélancolique dans la Rome de la dolce vita. La peinture des grandeurs qui s’effritent, pour joncher le sol comme les paillettes après la fête. Mais c’est surtout le magnétisme de l’écriture de Calligarich. Elle a l’élégance désinvolte des silhouettes vêtues de lin et flânant le long des bords de mer; elle se fait esthète des douleurs, amertume des silences et brûlure de l’inachevé. Son style est la politesse du désespoir, la douceur des négations radicales. The last summer in town est la flamboyance des larmes au soleil.
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Photo credit: © Quentin Perissinotto for Le Regard Libre

Gianfranco Calligarich
The last summer in town
Trad. française de Laura Brignon
Gallimard
2021 [1973]
212 pages
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