Nick Cave and the Bad Seeds in Montreux: the Gospel of rock

4 reading minutes
écrit par Fanny Agostino · 03 July 2022 · 0 commentaire

Four years after his last concert at the Stravinsky Auditorium, the slender profile and three-piece suit are identical. On this Saturday, July 2, 2022, I am once again witness to an epiphany. Nick Cave and his Bad Seeds perform their liturgy for over two hours. I recognize the demons, but above all the Australian's journey into remission. An organic and spiritual experience. Story.

Longtemps, il a fallu appréhender l’écriture de cet article. Oui, lorsque j’ai découvert Nick Cave sur cette même scène en 2018, ce fut la sidération. Oui, pendant les mois qui ont suivi, j’ai plongé dans une quête d’absolu. Naviguant dans une mine d’or inexploitée, je sondais l’origine de ce choc frontal, de cette collision qui m’avait laissée hébétée au beau milieu d’une nuit d’été. Alors, remettre en jeu cette anamnèse était à double risque: la déception d’une seconde rencontre? Le risque de défaillir à cette nouvelle messe du rock?

Une scène incantatoire

A 22h15 précises, Get Ready for Love signe un démarrage en trombe. Une ambiance humide et lourde sature la salle. Je constate que l’absence de climatisation et la proscription de tout rafraîchissement dans l’enceinte du Strav’ participeront à me transporter loin de Montreux, là où le temps n’a plus lieu d’être. Comme lors de tous les concerts du crooner, une planche parallèle au public est installée sur la longueur de la scène à hauteur du premier rang. Le leader des Bad Seeds y prêchera ses psaumes. De long en large, il parcourt son estrade, l’œil inquisiteur. Nonchalamment, après chaque titre, il crache sa glaire.

nick cave montreux 2022
Nick Cave au Montreux Jazz Festival 2022 © Lionel Flusin

Les incontournables ne manquent pas. L’avènement du «King of Rock’n’roll» dans la tempête de Tupelo, la réincarnation jouissive de Jubilee Street et le pacte diabolique de Robert Johnson, aux abords de Genève dans Higgs Boson Blues. Les titres se prolongent, les Bad Seeds se calent sur les pauses et les emprunts du maître de cérémonie. En face de moi, juste derrière Georges Vjestica, une veine saillante traverse le cou du batteur Jim Sclavunos. Warren Ellis, au violon, se propulse sur le plat de sa chaise.

Voir au-delà de la main rouge

L’album Carnage, issu du projet entre le chanteur et Warren Ellis – qui co-écrit quasiment l’intégralité des nouveaux titres du groupe – est présenté par l’intermédiaire de deux titres dont White Elephant, s’élevant crescendo et profitant de la présence de choristes. L’ensemble rend presque anecdotique Red Right Hand, popularisé par la série Peaky Blinders. C’est que Nick Cave n’est plus cette fiction magnifique du démon.

nick cave 2022
Nick Cave au Montreux Jazz Festival 2022 © Lionel Flusin

Au piano, l’émotion le submerge lors de l’interprétation de I Need You, seul titre de Skeleton Tree joué. Les paroles «just breath» seront répétées comme un leitmotiv durant tout le concert. Au milieu de la nuit, le poème de Ghosteen Speaks signe l’aboutissement de cette parenthèse magique. L’assistance ondule, comme une dernière communion dédiée aux invisibles et à la fragilité de l’existence.

NEWSLETTER DU REGARD LIBRE

Receive our articles every Sunday.

Me voilà rassurée: l’ensorcellement a donc bien eu lieu. La grande découverte a laissé place à l’émerveillement. Croiser le regard de Cave, à travers la lumière crue des projecteurs, c’est détenir la certitude d’avoir assisté à un événement éternel.

Write to the author: fanny.agostino@leregardlibre.com

Crédit photo: © Lionel Flusin

You've just read an open-access article. Debates, analysis, cultural news: subscribe to support us and get access to all our content!

Fanny Agostino
Fanny Agostino

Enseignante, Fanny Agostino écrit des critiques de film et des articles touchant à l'histoire et à la musique pour Le Regard Libre. Elle est aussi co-responsable la rubrique Cinéma.

Laisser un commentaire