At Paléo, Hubert-Félix Thiéfaine celebrated his musical birthday in style
L’auteur-compositeur-interprète a assuré un spectacle à la hauteur de ses quarante ans de carrière à Nyon. Une prestation hic et nunc featuring stunning musicians and a beautiful setlist. Admired by newcomers and fans alike.
It had to be done: start his anniversary concert with the famous May 22 qui s’avère être une blague dans sa discographie. Mais Thiéfaine avait effectivement deux raisons d’ouvrir son nouveau spectacle avec ce titre: il s’agit de la chanson la plus monstrueusement ironique, absurde et drôle jamais écrite; quant à sa musique, elle a de quoi séduire tout mélomane. Un chef-d’œuvre bien trop méconnu qui exprime à quel point Mai 68 – en tout cas pour l’artiste – fut vécu comme un non-événement. De ce mouvement de société, on en fait tout un plat. Alors autant faire un plat de ce morceau! Messieurs dames, à vos écouteurs:
Et avant de continuer cet article, je ne résiste pas au plaisir de vous partager intégralement les paroles de cette bombe musicale sortie dix ans après les (non-)événements dans le premier album de l’artiste, Tout corps vivant branché sur le secteur étant appelé à s’émouvoir (1978):
May 22
«May 22, 1968
Trois heures de l’après-midi
Spring blossoms again
Makes the tarmac sweat
Sur l’autoroute de l’Ouest
A seminarian on a motorcycle
J’ai bien dit à moto
Speeding towards an undefined point
On the luggage rack
The Holy Spirit, who until then
Had remained quietly seated
Se coince soudain l’aile gauche
In the spokes of the rear wheel
Ah! Ah! Ah! (Three times)
Seminarian loses control of his motorcycle
And hits you head-on
A pylon parked illegally
Sur le bas-côté de l’autoroute
At the same time, a Chinese man from Hamburg
Disguised as an American tourist
Au volant d’un cabriolet de 22 chevaux
Registered in Spain
Se dit qu’il lui faut porter secours à ce séminariste
But soon the idea seemed ridiculous
Given:
Petit a: qu’il ne roule pas sur la même autoroute
Petit b: qu’il n’est pas au courant de cet accident
And it was undoubtedly
L’événement le plus important de ce mois de mai!»
Et l’événement le plus important de ce Paléo, j’aimerais tant écrire que c’est ce concert qu’a donné Thiéfaine ce vendredi 26 juillet 2019. Mais, petit a: le festival dure encore jusqu’à dimanche – et nous allons continuer à le couvrir jusqu’au bout des ongles. Petit b: je n’ai de loin pas assisté à tous les concerts (étant donné que c’est impossible). Et, petit c: je dois avouer mon péché de subjectivité.
Que cela soit dit une bonne fois pour toutes: aujourd’hui, chaque journaliste se permettant un jugement de valeur est aussitôt taxé de prêcheur d’opinions, voire de blogueur. Or, tout être humain juge en permanence. Heureusement, ces insultes atteignent rarement leurs cibles, elles seraient plutôt presque à les honorer. Pour autant, prétendre détenir non pas la vérité mais un jugement appuyé sur la question du meilleur concert du festival ne saurait trouver écho parmi vous. Je m’en abstiens donc. Surtout que j’ai adoré découvrir The Bears of Legend grâce à une belle âme de la rédaction.
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Alors, que dire? Tout d’abord, que le Jurassien français Hubert-Félix Thiéfaine s’est imposé en quarante ans de carrière comme le plus grand rockeur-poète francophone et que ce concert l’a démontré. Les fins connaisseurs savent à quel point il est difficile d’allier le rock fourni à la poésie française étoffée, déjà rien qu’au niveau technique: faire ressortir une voix qui manie allitérations et assonances sur fond de guitares électriques saturées, c’est tout un programme. Puisque ça m’arrive d’essayer, je peux vous confirmer que c’est encore plus difficile en live qu’en studio. Ensuite, élément sur lequel le public est unanime: le groupe accompagnant Thiéfaine était rodé à la perfection. On retiendra en particulier l’originalité du saxophoniste basse, à l’aise Blaise, qui faisait l’exploit de donner un air de fête à un univers pourtant baudelairo-dépressif.
Aussi, la scénographie fut remarquée. Les musiciens étaient à leur poste au sein d’une mise en scène basée sur la symétrie et l’élégance. A l’orgue côté cour répondait le piano côté jardin. A la guitare électrique côté jardin, la guitare électrique côté cour. Aux deux violoncellistes qui se lançaient des sourires complices, correspondaient l’homme à la basse bleue et un gratteux qui avait tout l’air d’être le joint cutter wires. Au centre, surélevée, la batterie, au son magique. Et devant, bien sûr, l’auteur-compositeur-interprète. Du méticuleux et du sobre, au service de la musique et des textes. Thiéfaine tout craché.
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Et puis, nous finirons comme le concert a commencé: les titres surprenants. L’artiste nous en a fourgués à souhait. Deux ou trois, cela suffit. C’est même déjà beaucoup pour un concert strictement limité à 1h15 et qui célèbre quarante ans de chansons. Alors, outre le susdit May 22, nous avons pu (re)découvrir l’électrisant Stalag-tilt - God, it works so well to get the audience swaying - and this very funny ditty Locked in cabinets (with the underage daughter of 80 hunters) célébrant l’amour dans les cabinets avec des filles mineures – bonjour le politiquement incorrect – et encore mieux interprétée par un homme qui a pris de la bouteille. Et qui est désormais bien majeur, dans tous les sens du terme.
Jonas Follonier is the founder and editor-in-chief of the Regard Libre. Write to the author: [email protected]
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