Storytelling disorders

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écrit par Loris S. Musumeci · May 15, 2016 · 0 commentaire

Theatrical walks (3/6)

Le Regard Libre N° 16 - Loris S. Musumeci

«THE BARD. If I agree with Javotte, some of you want the tales to change and some of you don't?»

[...]

«THE BARD. We could combine the two. We keep the stories the same, so that the tradition is maintained. And in return, you swap costumes and roles. That way, those who want to change will be able to experience adventures that aren't their own, and those who don't want to change will end up with stories that perpetuate tradition. And generations to come will continue to read the fairy tales we've always read!»

Far from the vital and serious stakes of a tragedy, we move on to the lightness of an original comedy: Fairy Tales in Pergrimland. The play was recently written by Cédric Jossen, a Valaisan with a passion for theater, who is gradually becoming a true professional. Four performances criss-crossed the Valais between February and March of this year, much to the delight of the audience, who enjoyed a great deal of laughter and entertainment.

La pièce, comme son titre l’indique, dérègle des contes en réglant les comptes de la sacro-sainte tradition des intouchables histoires à raconter sans jamais changer une virgule. Monsieur Jossen nous emmène dans un délire de parodies virant aux caricatures de société, qui illustrent combien les contes peuvent être tout à fait d’actualité.

Le rideau s’ouvre sur un salon où le lecteur, désirant savourer de doux et envoûtants contes éternels, pose un grand livre sur ses genoux. Il se trouvera cependant, toute la pièce durant, bien confus de l’attitude des personnages se révoltant contre leur propre histoire; ceux-ci se disputent également dans une lutte entre les progressistes qui veulent rejeter leur tradition et les conservateurs qui sont prêts à tout pour garder leur conte tel quel. Ainsi, les différentes trames s’entremêlent et se dégradent au plus grand désespoir du barde, ce fidèle conteur qui cherche à les livrer dignement.

Pour en connaître davantage sur l’auteur ainsi que sur sa pièce, nous l’avons rencontré le mois dernier. Cédric Jossen se présente et nous livre ses pensées.

Le Regard Libre: Vous êtes père de famille, guide au Musée d’Histoire du Valais à Sion, mais également homme de théâtre depuis quelque temps. Qu’est-ce qui vous a poussé à pénétrer le monde de l’art dramatique et aller jusqu’à écrire des pièces?

Cédric Jossen: Depuis mon plus jeune âge, j’amusais la galerie dans ma famille ainsi qu’à l’école. Un jour, je me suis dit qu’il fallait que je me lance. C’était en 1993, à Courtelary, dans le Jura bernois, où j’habitais à l’époque. J’ai joué avec le groupe du Clos-Bernon. Mais c’est en 2007 que le virus m’a pris. Je jouai avec la troupe Malacuria l’adaptation de Carmen à Sion. Ce fut très intense comme expérience. Dès lors, tout est allé très vite. La mise en scène commença à m’intéresser. C’est d’abord la troupe de Salins qui m’a demandé; puis celle de Lens, les Toc’Art, ensuite celle de St.-Léonard, les Arlequins, et enfin celle du Val d’Anniviers, Les Compagnons de la Navizence. Aujourd’hui, je continue à mettre en scène les pièces des trois premières troupes. J’ai également moi-même créé une compagnie, la Compagnie Catharsis. Sinon, j’ai suivi une formation en dramaturgie à l’Université de Lausanne et à La Manufacture. C’est en faisant tout cela que je me suis senti toujours plus poussé vers le théâtre; toutes ces expériences, mais également la rencontre de personnes motivées à jouer du théâtre, à se produire sur scène. Mon envie est de leur donner la possibilité de le faire, de prendre du plaisir et d’en donner.

Fairy Tales in Pergrimland semble émerger d’une profonde réflexion quant au sens des contes pour enfants. Quels furent l’élan ainsi que la principale source d’inspiration pour l’écriture de cette comédie?

Lors de ma formation en dramaturgie, justement, nous avions beaucoup travaillé sur les contes, et surtout sur la façon de les aborder autrement. J’ai eu beaucoup de plaisir à le faire. Ensuite, c’est parce que cette année, il y avait beaucoup de personnes dans la troupe de Salins qui voulaient jouer. Je ne suis pas très emballé par les comédies contemporaines où il y a beaucoup de comédiens ; donc, comme rien ne m’inspirait, je me suis dit qu’il fallait écrire quelque chose. J’ai alors demandé à tout le monde quels étaient leurs contes préférés. En fonction des retours, j’en ai choisis six. Puis, durant plusieurs semaines nous nous sommes retrouvés pour échanger des idées, tout en suivant une ligne directrice. Ensuite, pendant deux mois, je me suis inspiré de ces idées pour écrire la pièce. J’avais envie, par ce biais, de montrer et aux comédiens et aux spectateurs que l’on peut modifier les contes comme on en a envie. De plus, je suis également conteur: forcément, les contes me parlent particulièrement. Mais ce qui m’intéresse avant tout c’est de casser l’idée reçue que les contes sont exclusivement pour les enfants. En fait, je ne raconte pratiquement jamais pour des enfants, plutôt uniquement pour des adultes. Et j’aimerais vraiment que cette notion disparaisse afin que les adultes se laissent à nouveau prendre au jeu. Fairy Tales in Pergrimland, c’était un moyen d’aller dans cette direction.

Le cœur de cette comédie paraît toucher à la question de la tradition; «parce que la tradition, c’est la tradition» proclame l’un des personnages. Doit-on modifier et adapter les contes selon les époques? Ou ne vaudrait-il pas mieux maintenir l’histoire telle qu’elle fut et la transmettre fidèlement? En somme, défendez-vous plutôt une conservation ou une progression dans le domaine littéraire et artistique?

Dans la pièce, il y a les deux points de vue. C’est aussi un peu ma vision des choses. Pour un enfant, il faut raconter l’histoire et toujours la même! Parce que sans cela, on se fait réprimander… Et c’est normal, il faut avoir un monde régulier et rassurant qui vous entoure. Quand on grandit, on peut laisser plus libre cours à son imagination. Par exemple: pourquoi la mère du petit chaperon rouge envoie-t-elle sa fille dans la forêt sachant qu’elle va sûrement rencontrer le loup? Et là, cela devient intéressant… D’ailleurs, j’ai eu plusieurs retours de spectateurs adultes qui me disaient: «J’ai aimé retrouver le monde des contes et là, je les ai vus autrement que quand j’étais enfant. J’ai remarqué qu’on pouvait imaginer plein de choses en fait!» Du coup, je pense avoir réussi ma mission.

Quels sont vos projets pour vos futures réalisations théâtrales?

J’en ai plein pour cette année et déjà aussi pour 2017. D’abord avec la troupe des Toc’Art de Lens, j’ai mis en scène une pièce qui s’intitule Les macarons à la neige, une pièce de Frédéric Crettaz, ce sera pour tout le mois de mai. Ensuite, dans la même idée, avec les jeunes de l’Art Bacouni de Vex, une adaptation de Deux Persans à Paris de Montesquieu, pour début juin. En septembre, je mettrai en scène Cuisine et dépendance, une pièce de Pierre Dacri et Agnès Jaoui, avec ma compagnie, la Compagnie Catharsis. Au mois d’octobre, il y aura la prochaine pièce des Arlequins de St.-Léonard. Je mettrai en scène Sexe et jalousie, une comédie de Marc Camoletti, un maître en ce genre. En novembre, à nouveau avec la Compagnie Catharsis, je mettrai en scène et je jouerai une très belle pièce qui s’intitule Pierre et fils, une comédie touchante et drôle, jouée à deux avec mon ami Patrick Goethier. Donc, mon agenda 2016 est bien chargé. Et pour l’été 2017, j’ai un très gros projet, une grande production à la Belle Usine de Fully. Il s’agit des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos. Mais de cela, vous en saurez plus dans quelque temps!

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Crédit photo: © Limonata Convention

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