Marquesas Islands with Brel, Gauguin... and Joseph Deiss
Tuesday's books - Jonas Follonier
In his new book Pacific fascination, former Federal Councillor Joseph Deiss offers us a stopover in the Marquesas Islands, alongside eight other destinations which he narrates. The Marquesas, an ethereal land that meant so much to Jacques Brel, and which gave the name to his latest album. The Marquesas, subtle islands sublimated by the painter Paul Gauguin. The Marquesas, a beautiful archipelago that former statesman and now accomplished writer Joseph Deiss takes us on a voyage of discovery. Set course for this corner of the Pacific Ocean through the arts, the senses and the imagination.
Comment, dans les récits de voyage, ne pas tomber dans les commentaires convenus du touriste, tout lettré qu’il soit? Sans doute en étant sincère. On accède ainsi à quelques bribes de vérité, qui s’ajoutent à d’autres bribes d’autres voyageurs, d’autres écrivains-touristes. Cela crée un début de connaissance, une intimité, un instant. Et c’est déjà beaucoup. C’est déjà un tout. Joseph Deiss signe un nouvel ouvrage, son troisième, toujours aux Editions de l’Aire, un ouvrage que l’on reçoit en s’inscrivant pleinement dans ce constat. Pacific fascination est un recueil de notes de voyage organisées en neuf chapitres. Chacun d’eux correspondant à une escale de l’ancien conseiller d’Etat fribourgeois dans une destination de l’océan Pacifique.
Le huitième, celui qui nous intéresse pour cette chronique, est consacré aux îles Marquises, «l’archipel le plus éloigné de tout continent qui soit, à l’échelle planétaire.» Si l’on y apprend beaucoup de choses sur l’histoire de cette «Terre des Hommes» (Fenua Enata en marquisien), ce récit se démarque par le fait qu’il en offre une redécouverte au moyen de la littérature. Pour le grand public, en effet, c’est surtout la musique et la peinture qui y sont associées. La sublime chanson Les Marquises de Brel, dans l’album éponyme qui fut aussi son dernier, écrit et composé quand il y était installé, au soir de sa vie, et les nombreuses toiles de Gauguin, qui s’y exila également à la fin de son destin, nous livrent l’essentiel de ce que nous nous représentons de ces îles. Joseph Deiss a le mérite de coucher sur papier sa propre expérience des Marquises, intéressante en soi, mais aussi d’y convoquer Blaise Hofmann.
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Hofmann, brillant écrivain suisse, qui a consacré un ouvrage entier aux îles, un livre important: Marquises, paru en 2014 aux Editions Zoé. C’est enivré par la lecture de ce livre, qui donne à goûter au spleen identitaire des Marquisiens, le fiu, et fatigué par son vol – la plus longue ligne qu’on puisse faire en avion – que Joseph Deiss débarque en Polynésie. De son séjour aux Marquises, il nous livre un aperçu à fleur de peau, au gré de ses sensations et petites aventures du quotidien. Le récit de Deiss est sobre et élégant. Il est aussi drôle: on y côtoie des coqs qui se trompent d’heure le matin pour annoncer le lever du jour, on entend un sculpteur, Thierry, dire à notre protagoniste que les coqs, «c’est très bon, grillé, sur le feu de bois», on assiste à absolument tous les repas de l’ancien homme politique, qui semble avoir bon appétit – et nous le comprenons:
«Le menu est d’une qualité surprenante, compte tenu de l’isolement du lieu: jus de carambole, banane plantain (bananes à cuire) au lait de coco, poisson cru au lait de coco, chèvre sauvage au lait de coco, cochon sauvage et légumes frits, fruits à pain en frites (arbres à pain), banane au lait de coco, gâteau à base de manioc. Quel beau dépaysement gastronomique!»
Aux Marquises, senteurs et fleurs sont autant de bonheurs. Les fruits riment avec les nuits, avec l’ennui dans son versant positif, celui de l’inspiration et de l’expiration à la fois, de l’oisiveté joyeuse et reposante. Bref, du contexte idéal pour créer, justement. Créer, certes, mais pas n’importe quoi: si une croisière sur le Nil, lassante à mourir, a inspiré à Flaubert l’idée de Madame Bovary, le contexte des Marquisiennes, belles à leur façon, amène l’artiste vers une autre direction. L’apaisement, voilà comment nous pourrions décrire le sentiment qui nous étreint en tant qu’auditeurs de Brel, lecteurs d’Hofmann et de Deiss. Un certain Deiss pour qui la paix n’est pas un vain mot, lui qui en tant que ministre des affaires étrangères a vu la Suisse entrer dans l’ONU et qui a dirigé la soixante-cinquième session de l’Assemblée générale des mêmes Nations unies. Un auteur-voyageur qui du monde voit, nous fait voir, la dimension pacifique, justement; acquise, et naturelle en certains endroits.
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«Merci, de nous donner ainsi la chance d’être des intimes de Jacques Brel, ici, au départ de l’infini de l’horizon», a écrit Joseph Deiss dans le livre d’or du hangar où plane «Jojo», l’avion de Brel. Merci à vous également, Joseph Deiss, de nous donner ainsi la chance d’être encore plus intimes des Marquises. Un de ces lieux que nous serons nombreux peut-être à ne toujours connaître que par les arts. Par l’imagination. Car c’est là aussi que se trouvent les voyages.
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Image de couverture: Paul Gauguin, Cavaliers sur la plage (II), 1902, huile sur toile, dernière œuvre du peintre (Source: Wikimedia)
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Crédit photo: Michelle Maria / Pixabay

Joseph Deiss
Pacific fascination
Editions de l'Aire
2020
226 pages
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