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«Destroyer» (Zerstörer): Warum wurde er so schlecht aufgenommen?3 Leseminuten

von Hélène Lavoyer
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Die Mittwochsausgabe des Kino - Hélène Lavoyer

In den Augen von Erin Bell (Nicole Kidman), deren Blau kälter als das der arktischen Meere ist, ist wenig zu erkennen. Allenfalls ein Kater und Hilflosigkeit. Als sie aus ihrem Auto steigt und sich an den Tatort eines kürzlich begangenen Verbrechens schleppt, ist diese LAPD-Detektivin ein bemitleidenswerter Anblick. Über die Leiche eines Mannes mit einer Nackentätowierung gebeugt, scheint ihre Aufmerksamkeit weit entfernt von dem unbefestigten Weg entlang eines Kanals in Los Angeles zu sein. Mit einem tintenverschmierten Geldschein und den Kontakten eines vergangenen Lebens als einzigem Anhaltspunkt begibt sie sich auf die asphaltierten und kurvenreichen Straßen einer Vergangenheit mit weitreichenden Konsequenzen.

Accompagnée de sa voiture et de la fièvre propre aux vendettas, Erin, qui tente aussi d’amener sa fille de seize ans à la pardonner pour son absence et à être «meilleure qu’elle ne l’est», n’attend pas. Les images de son histoire, qui tourmentent son sommeil et ponctuent le récit, sont autant de clefs pour comprendre qu’elle n’est peut-être pas seulement la victime d’une mission sous couverture qui a mal tourné, mais l’agent d’exécution d’un drame qui déchira chez plusieurs personnes la fragile membrane d’espoir entourant le cœur. Pour elle, sans espoir de rémission.

Qu’un thriller nous tiennent en haleine, des premiers aux derniers plans, voilà une attente bien minimale mais que nombre des films du genre ne parviennent pas à remplir tant ils s’articulent autour d’énigmes classiques et de rôles stéréotypés. Qu’il nous fasse vivre une expérience auditive, visuelle et émotionnelle tient donc de l’inespéré. Destroyer, de Karyn Kusama, répond pourtant à ces désirs que l’on n’ose s’avouer (de peur d’être déçu) avec subtilité. Malgré quelques maladresses qui ne justifient pas l’accueil mitigé reçu par le film auprès de critiques internationaux.

Non, le film ne tient pas uniquement à la prestation de Nicole Kidman, acclamée par nombre de critiques. Certes son interprétation d’Erin Bell est remarquable : elle parvient à nous transmettre la torture du regret et le poids de la culpabilité. Elle nous apprend à connaître son personnage qui évolue entre présent et passé, au gré de Rückblenden, en n’abusant pas sur l’interprétation de ses côtés névrosés ni en annihilant son humanité. Mais, outre la transformation physique qui la rend méconnaissable et un rôle principal sur lequel réside l’histoire, le long-métrage a d’autres finesses.

Prenez le traitement de l’image et du son par exemple: ils forment un tandem bien ficelé, cohérent. C’est par touches subtiles que l’on intègre l’histoire, comme lorsque des musiques débutent dans l’une ou l’autre des temporalités  accompagnent l’arrivée dans l’autre temporalité. Comme pour illustrer à quel point le passé reste intrinsèquement lié au présent de l’inspectrice (et, en extrapolant, à celui de beaucoup, en dehors ou dans la salle de cinéma). Echos discrets mais bien lancés également lorsque les lumières de phares ou de feux de signalisations, floutés et très présentes à l’écran, font écho à des éléments naturels à la clôture du récit.

Si l’on peut reprocher quelque chose à Destroyer (à part son titre, qui creuse l’attente de spectaculaire et d’une action bien plus brutale), ce sont les gros plans sur le visage de l’actrice principale. La réalisatrice, peut-être consciente de l’effet étonnant qu’a la métamorphose de Nicole Kidman sur le spectateur, y va un peu fort. La relation d’Erin avec sa fille, également, semble trop effacée du récit et fait malheureusement un peu superficielle, quand leurs liens auraient pu dénouer encore certaines facettes émotionnelles du personnage.

Mais énigme, suspens ainsi que de belles prises sont au rendez-vous, sans compter la bande originale de Theodore Shapiro qui mélange bruits naturels, métalliques et basses avec beaucoup d’effets. Il faut également noter que le rôle du flic blessé et vengeur a par le passé plutôt été donné à des hommes et que dans ce scénario où il est endossé par une femme le genre ne compte finalement pas tant que cela, ce qui est plaisant. La femme à l’écran n’est pas utilisée comme objet marketing mais raconte une histoire, la sienne. Et finalement le dénouement, tout particulièrement, renverse ce que l’on avait cru comprendre…

Schreiben Sie dem Autor: helene.lavoyer@leregardlibre.com

Bildnachweis: © Ascot Elite Entertainment

DESTROYER
VEREINIGTE STAATEN, 2018
Regie: Karin Kusama
Drehbuch: Phil Hayet, Matt Manfredi
Dolmetschen: Nicole Kidman, Tatiana Maslany, Sebastian Stan, Toby Kebbell
Produktion: 30West, Automatik Entertainment
Verteilung: Ascot Elite Entertainment
Dauer: 2h03
Ausgehen: 6. März 2019

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