«Das Blut», Auszug Nr. 12
Le Regard Libre Sonderausgabe «Ökologie - Für eine ganzheitliche Umkehr» - Sébastien Oreiller
Kapitel III: Abreise der Mutter (Fortsetzung und Ende)
Rährend der Arzt mit dem Auto an ihm vorbeigefahren war, ging er zu Fuß von der Kirche zum Markt, wo er mit langsamen Schritten aus dem eisigen Land seiner Vorfahren kam, bereitete den Kaffee und das Abendbrot vor, brachte die Geschwister ins Bett und legte sich schlafen. Es war kalt und er dachte nach. Er dachte daran, wie sein zukünftiges Leben aussehen würde, jetzt, da die Mutter tot war, und wie das Leben seiner Kinder und der Kinder seiner Kinder aussehen würde. Er sah das Heu und die Ernte, den Weinberg und die Holzhocker. Er spürte den Geschmack von schlechtem Wein auf seiner Zunge, er roch den Geruch von schmutzigen Körpern, die Sekrete der Tiere im Stall und die der Menschen in einem Loch draußen hinter dem Haus. Er sah die Geburt der Reichen und die Schweißtücher der Armen. Er sah die Mühen der Alten und die Esel, die sich an der Last der Bündel krepierten, er sah die Rücken seiner Kinder, wenn das Alter auch sie ergriffen hätte, gebeugt und schmerzhaft und die Schuhe mit Nägeln besetzt, und er wandte seinen Blick zur Ebene. Der Fluss rauchte in der Hitze und vermischte sich mit dem Dampf des Zuges, der den braunen, bedürftigen Boden wie ein Blitz zerteilte, leuchtend und ungreifbar.
Le rêve était sans forme et sans logique, tant les nouveautés lui étaient étrangères, et le train serpentait le long du coteau, se répandait en routes, en goudron, amenait des gares et des arrêts, sur lesquelles s’éparpillaient, comme une fourmilière, les voitures du docteur qu’il avait croisé tantôt. Quand elles se furent dissipées, incompréhensibles, et arrivées vagues jusqu’à sa hauteur, les voitures n’étaient plus remplies que de docteurs, mais d’hommes et de femmes qu’il connaissait. Dans certains de ces visages, il reconnut les traits de sa mère et peut-être les siens, son sourire. Mais ses enfants n’étaient pas devenus docteurs, ils n’étaient pas non plus chauffeurs, et pourtant ils faisaient route vers chez eux, vers des demeures sorties de nulle part, telle qu’il n’en avait jamais vu. Pas même chez la L****. De véritables palais, disséminés dans la plaine et dans les forêts, partout, illuminés des feux de l’industrie. Aux fenêtres, les ombres dansaient et se réjouissaient. On mangeait à sa fin, enfin ne manquait-on plus de rien. Il crut que Dieu s’était réconcilié et qu’ayant rétabli ses bien-aimés dans leur condition première, il leur avait donné l’eau et les fruits, une nudité pleine d’apparats, et une nature domptée. Il vit les changements, et il les aima, comme le bateau aime la tempête, et il se moqua de ces vieilles faces ridées qui gémissaient sur les trottoirs et regrettaient la souffrance. Oh que l’air était devenu doux ! Qu’il était devenu facile de vivre ! Pourquoi ? N’étions-nous pas mieux quand il fallait souffrir ?
Il se moqua tant qu’il se réveilla, mais ses rires n’étaient que la tempête qui frappait contre les murs. La neige était là. Il grelotait. Il dut se lever et chercher le bois qu’il avait mis au sec, pour allumer le fourneau. Il dut moudre le café, et couper le pain avec une scie. Les frères et sœurs étaient tombés malades, ils avaient eu froid. Il allait passer l’hiver devant le feu, à tailler les outils, ou à raconter les contes à haute voix. Il ne savait pas lire. Tant mieux. Il n’aurait pas à instruire les enfants. Sauf le dernier peut-être, mais ce serait le curé qui le ferait ; et il ferait curé lui-même, d’ailleurs. Une bouche de moins à nourrir. Il en restait quatre. Ce n’était pas un rêve. Ici, nulle machine pour les moissons, nul remède contre les maladies. Les hommes étaient forts, mais les enfants solitaires, et les relations distantes. Au moins, l’air était pur, et les hivers étaient des hivers, et les étés des étés. Qu’importe de mourir, quand on meurt au grand ciel ?
FIN.
Schreiben Sie dem Autor : sebastien.oreiller@netplus.ch
Crédit photo : © valais.ch
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