Non-specialists have interesting things to tell us

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written by Jonas Follonier · July 30, 2021 · 0 comment

Le Regard Libre N° 76 - Jonas Follonier

We journalists have a bad habit of interviewing THE specialist in a field, believing this to be an assurance of quality. This shortcoming, like all shortcomings, is the flip side of a quality: that of shedding light on a theme with the help of individuals who have something to say about it, since their discourse on the subject is recognized. And yet, experts are often not the only ones who can - and want to - shed relevant light on a theme. The interestingness of a statement is not measured solely, and not always, by how «recognized» it is. In fact, the opposite is sometimes true: some experts are so flat or so obscure that their words are of absolutely no value to the public. And there are cases where their words are so well known that they become, for all intents and purposes, «re-recognized».

S’entretenir avec un non-spécialiste, c’est se donner des chances de dénicher un point de vue original. A condition bien sûr que le point de vue en question soit fondé sur des faits. Mais il suffit quelquefois d’aller chercher un esprit curieux, poétique ou philosophe, capable de tisser des liens, de faire des déductions, de dénoncer des contradictions ou encore de mettre de l’ordre dans une discussion, pour que la magie opère. L’auteur-compositeur-interprète William Sheller livrant son regard sur l’époque actuelle à l’aune des libertés perdues, voilà qui a réjoui de nombreux lecteurs suite à son interview publiée dans notre précédente édition. Ce fut le cas aussi dans des numéros précédents avec l’écrivain Jonathan Coe sur la politique britannique ou son confrère Frédéric Beigbeder sur ce qu’il nomme le «comico-populisme» ou «impératif humoristique».

Cela ne concerne pas seulement les interviews de personnalités s’exprimant sur un autre rayon que le «leur»: les gens de tous les jours sont autant de moteurs d’inspiration potentiels pour l’écriture d’un article ou la naissance d’une réflexion. Il nous revient, toujours et encore, de faire vivre cet humanisme des origines qui consiste, d’une part, à envisager la vérité et la culture dans une optique générale, mêlant les différents arts et compétences, et, d’autre part, à considérer que tout être humain peut contribuer à cette découverte continuelle du monde. Sans quoi la mécompréhension mutuelle des réputés sachants et des réputés ignorants se creusera jusqu’en une tombe. Et la haine et l’indifférence, poisons des peuples, finiront par gagner.

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A la dernière séance de rédaction du Regard Libre, un collègue m’a glissé que la NASA n’avait pas été convaincue par l’idée d’un voyage vers la Lune par un spécialiste, à l’interne, mais par un non-spécialiste. Cela ne serait pas étonnant. Les non-spécialistes amènent du rêve. Personne ne tenterait une action ou réflexion qu’il sait – ou croit être – vouée à l’échec.

Write to the author: jonas.follonier@leregardlibre.com

Drawing: © Nathanaël Schmid for Le Regard Libre

Jonas Follonier
Jonas Follonier

Federal Palace correspondent for «L'Agefi», singer-songwriter Jonas Follonier is the founder and editor-in-chief of «Regard Libre».

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