Le déclin démographique, une récession relationnelle
Baptiste Detombe © Zeichnung von Nathanaël Schmid für „Le Regard Libre“
Et si le déclin démographique trouvait ses racines dans la solitude croissante et la fragilisation des relations humaines à l’ère des smartphones?
L’année 2025 marque un tournant: pour la première fois, le nombre de décès a été supérieur au nombre de naissances en France. Tous les commentateurs ont alors enchaîné les spéculations concernant les causes: prix du logement, problèmes de fertilité, moindre désir d’enfants, élévation du niveau de diplôme des femmes ou encore démocratisation de la contraception. Néanmoins, toutes ces explications se concentrent sur des causes marginales.
En réalité, le désir d’enfants reste élevé malgré les difficultés avancées. En 2024, les femmes françaises déclaraient souhaiter en moyenne 2,3 enfants, soit un niveau supérieur au seuil de renouvellement démographique, selon l’Institut national d’études démographiques (Ined). L’argument économique ne tient pas non plus lorsqu’on compare les situations internationales. Des pays comme la Finlande, qui offre une garde d’enfants universelle et des logements familiaux subventionnés par l’Etat, ou la Hongrie, qui propose des exonérations d’impôt à vie pour les femmes ayant au moins deux enfants, n’affichent en aucun cas des taux de fécondité plus encourageants.
Venons-en alors au cœur du problème démographique: le désert relationnel. Se focaliser sur les problèmes en aval, c’est refuser de voir le déclin à sa source. Plutôt que de regarder ce que les couples font, regardons si les couples se font. Or, les données sont sans équivoque: plus d’un ménage sur trois en France vit seul, contre un sur cinq dans les années 1960, selon les chiffres de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). De même, le Pew Research Center rapporte que 63% des hommes âgés de 18 à 29 ans sont célibataires en 2022 aux Etats-Unis, contre moins de 25% dans les années 1970. La crise démographique est avant tout une crise relationnelle: il faut être deux pour engendrer la vie et nous n’avons jamais été aussi seuls.
Si les causes de ce désert affectif sont multiples et étayées dans mon essai La Révolution affective (Éditions Albin Michel, 2026), une innovation technologique récente semble jouer un rôle prépondérant: le smartphone. Effondrement des interactions en face à face, recul de la sociabilité au profit d’un numérique récréatif, moindre investissement affectif dans les couples… Deux études récentes de l’université de Cincinnati, publiées en avril et juin 2026, pointent précisément les lourdes conséquences des smartphones sur nos relations et avancent même l’existence d’un lien de causalité entre leur généralisation et le déclin de la fécondité.
Derrière le smartphone se cache un monde du solitaire. Plus nous sommes connectés, moins nous sommes présents. Or, c’est dans la présence que grandit la relation. La tentation permanente que fait peser notre smartphone sur notre attention nous empêche tout bonnement d’être attentifs à notre prochain. L’altérité devient un frein à notre consommation quotidienne de dopamine numérique, tandis que les plateformes permettent d’entretenir un vaste réseau, donnant, quelques instants, l’impression d’un entourage pourtant toujours insatisfaisant. La confusion entre la relation et la connexion mène à une sociabilité dégradée.
Du monde de l’hyperconnexion et du village planétaire, nous sombrons vers celui de la déliaison et du désert global. Il n’y aura pas de rétablissement démographique sans restauration de l’écosystème relationnel. Cessons de plaquer sur cette situation nos alibis politiques et regardons le réel tel qu’il est, à la manière de Jean Jaurès, pour qui «le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire».
Von Haus aus Schriftsteller und Philosoph, Baptiste Detombe ist der Gründer des republikanischen Medienunternehmens Gavroche. Jeden Monat wirft er einen kritischen Blick auf die technologischen und gesellschaftlichen Veränderungen unserer Zeit.
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