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Alles über Hitchcock

«Fenster zum Hof», Fenster zur Gesellschaft6 Leseminuten

von Loris S. Musumeci
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Fenster zum Hof © Archives du Septième Art

Jeff Jefferies (James Stewart) ist eingesperrt. Kein Virus in der Luft, aber ein gebrochenes Bein. Der Fotoreporter ist es nicht gewohnt, zu Hause zu bleiben. Hier hat er keine Wahl. Also langweilt er sich. Er verbringt den ganzen Tag damit, aus dem Fenster seiner Wohnung zu schauen, das auf einen Innenhof hinausgeht. Er beobachtet täglich, was seine Nachbarn tun. Es gibt angenehme Anblicke, wie den, den ihm die junge, bezaubernde Tänzerin Miss Torso - ohne sein Wissen - bietet, wenn sie sich sinnlich mit den Beinen in der Luft streckt oder wenn sie sich anzieht, während der Rest in der Luft hängt. Lustige Darbietungen, wie die Haushaltsszenen eines alten Paares oder die frühe Ermüdung eines jungen Paares. Eine traurige Vorstellung ist die von Miss Lonely Heart, die von einer Liebe träumt, die nicht kommt, aber den Empfang eines imaginären Liebhabers simuliert, der ihr einen Drink serviert, der nie getrunken wird.

Et il y a le spectacle central du film: un autre couple. Madame Thorwald est grippée au lit. Monsieur Thorwald fait des allers-retours toute la journée. Jeff, qui peine à trouver le sommeil, remarque que les allers-retours de Monsieur continuent la nuit. Etrange. Il observe, toujours discret, la situation avec son téléobjectif de photographe. En plus des allers-retours, Monsieur Thorwald transporte tantôt une malle, tantôt une scie, tantôt une corde, tantôt un couteau. Il a l’air angoissé et tendu. Et Madame Thorwald, pourtant alitée, a disparu. Jeff veut en savoir plus. Trop d’éléments suspects. Et s’il s’agissait d’un meurtre conjugal? L’infirmière de Jeff, qui lui rend visite au quotidien, finit par s’intéresser aussi à l’affaire. Tout comme sa compagne, Lisa (interprétée par la sublimissimissimissime Grace Kelly!) qui, agacée en première instance du manque d’attention envers elle de son compagnon, tourne elle aussi le regard sur la cour. Bon sang! Les trois détectives en herbe en sont convaincus. Il doit bien s’agir d’un meurtre!

© Archives du Septième Art

Champ et hors-champ

Fenêtre sur cour n’est peut-être pas le meilleur film de Hitchcock, mais c’est sans conteste son plus grand coup de génie. En tout cas du point de vue technique. Jeff est en huis clos. Il peut observer, s’émouvoir, se rincer l’œil, s’inquiéter, mais sans possibilité d’intervention. Comme le spectateur. Qui observe depuis son fauteuil les actions à l’écran, mais n’a aucune possibilité d’intervenir dans le film. Le regard du spectateur, c’est d’ailleurs celui de Jeff. Depuis sa fenêtre, il voit tout, sans tout voir. N’est disponible dans son champ de vision que ce qui se passe à la fenêtre de ses voisins. Il a néanmoins une bonne vue d’ensemble, puisque c’est l’été, il fait très chaud, les fenêtres sont ouvertes et les gens vivent quasiment à leurs fenêtres.

Cette vue d’ensemble, c’est la vue du spectateur qui voit tout ce qui est filmé en champ, c’est-à-dire à l’intérieur des plans filmés par la caméra. Les parois des appartements n’étant pas que des fenêtres, il y a des intermédiaires, d’une pièce à l’autre, que Jeff et le spectateur ne voient pas. C’est le hors-champ. Permettant d’ailleurs toute l’intrigue du film. Jeff, sans être vu, en a vu assez, même plus qu’assez, mais n’a pas tout vu. Il n’a pas vu l’assassinat présumé, ni le sang, ni le cadavre, mais il a vu tout le reste. Comme le spectateur, dont la pensée, les suppositions et les inquiétudes avancent en parallèle avec celles du personnage principal.

© Archives du Septième Art

Split screen

La construction du champ, ce que l’on voit, s’opère pour la plus grande partie du film en split screen. Les seuls moments où cette scénographie n’intervient pas sont les plans à l’intérieur de l’appartement de Jeff. Les moments où il tâche d’être présent à lui-même ou à l’intimité avec sa compagne. Mais Jeff est obsédé par l’extérieur, surtout qu’il y a peut-être, même certainement, un meurtre en jeu. Et il y a évidemment toujours plus intéressant à observer à l’extérieur: que ce soit avec la danseuse, le pianiste, les couples, une sculpture très originale, un petit chien qui va mal finir.

Alors qu’au début, c’est le spectateur qui rejoint le regard de Jeff, c’est Jeff qui, au fil du film, adopte celui d’un spectateur condamné à s’oublier le temps d’une séance de cinéma, pour ne voir que ce que les plans veulent bien lui montrer. Les plans sont établis par le metteur en scène, donc Hitchcock, qui apparaît en caméo un court instant dans un appartement en train de régler les aiguilles d’une horloge. Il est maître du temps. Il nous prend en charge le temps d’un film qu’il a lui-même déterminé.

L’enfer, le paradis et les autres

Die split screen induit aussi que les séparations entre les fenêtres séparent les pièces, les appartement et ceux qui y vivent. Dans l’ensemble qui est l’écran, c’est-à-dire le point de vue depuis la fenêtre de Jeff, il y a une multitude de scènes de la vie quotidienne de différentes personnes. L’écran dans son ensemble, c’est la société; les fenêtres, des portraits. Fenêtre sur cour devient à ce point totalement social. Il présente des portraits de la vie moderne des années cinquante. Sans ne rien dénoncer ou louer, ces portraits poussent à la dimension philosophique du film en questionnant Jeff et le spectateur sur le mariage et ses conséquences, sur la vie de couple tout simplement, sur la solitude, sur l’individualisme, sur la création artistique dans cette solitude ou plus généralement sur le rapport de chacun à l’altérité.

«L’enfer, c’est les autres», dit-on chez Sartre, dans Huis Clos justement. Enfer ou pas, ces autres sont une nécessité. Jeff l’incarne dans sa dépendance à l’infirmière qui vient prendre soin de lui tous les jours. Dans son attachement à Lisa envers laquelle il n’arrive pas à s’engager pour la demander en mariage, mais dont il ne peut pas se séparer. Dans l’obsession qu’il a à regarder par la fenêtre. Alors qu’il pourrait ignorer le présumé meurtre, il se sent responsable d’enquêter. C’est d’une part du voyeurisme, d’autre part de la responsabilité envers le prochain. L’enfer, c’est les autres. Le paradis, c’est les autres aussi. Parce que heureux ou malheureux, on ne peut pas se passer de regarder les autres. Ce qui change, c’est la malveillance ou la bienveillance dans le regard. Jeff oscille entre les deux. Comme le spectateur. Nous sommes des êtres en split screen. C’est plus fort que nous.

Vous venez de lire un article tiré de notre opération spéciale «Tout savoir sur Hitchcock».
© Archives du Septième Art

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