Angesichts von «Charlie Hebdo» oder Jacques Baud: eine illiberale Schweiz
Zeichnung von Nathanaël Schmid für Le Regard Libre
Die Alpenrepublik hält sich gerne für ein Modell des Liberalismus. Doch zwischen der Klage gegen einem französischen Satireblatt und dem Schweigen der Regierung angesichts der EU-Sanktionen gegen Jacques Baud versagt das Land im Test der Verteidigung der Freiheit.
Il est un sport qui se pratique couramment dans la République alpine: celui de l’autocongratulation. Ah, qu’il est bon de rappeler que la Suisse compte le meilleur ou le seul système de démocratie directe au monde, qu’elle cultive un sens inégalé du consensus… Ou encore qu’elle est si libérale en comparaison de toutes les formes plus ou moins avancées de collectivisme présents sur le globe. Certes, le chauvinisme est universel, nos voisins français en sont peut-être la démonstration la plus évidente. Mais la Suisse aurait tort de s’estimer épargnée par cette tentation – ce serait encore une arrogance que de ne pas se trouver arrogant.
Diese menschliche und nationale Eigenschaft wird zu einer Gefahr, wenn sie dazu führt, dass ihre ewigen Qualitäten beurteilt werden. Die Eidgenossenschaft ist nur relativ liberal, und es ist kein Stolz für sie, immer den gleichen Abstand zu anderen Ländern zu halten, wenn diese Länder auch erleben, dass ihr Staat ständig wächst, die Meinungsfreiheit eingeschränkt wird oder die Emotionen über die Vernunft siegen.
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Deux événements récents permettent de se rendre compte à quel point des cas flagrants d’illibéralisme ne provoquent au mieux que des haussements de sourcils en Suisse.
Als beispielsweise die französische satirische Wochenzeitung Charlie Hebdo im Januar seine Zeichnung «Die Verbrannten fahren Ski» in Anspielung auf die Tragödie in Crans-Montana veröffentlichte, waren viele Schweizer Bürger nicht nur der Meinung, dass diese Illustration geschmacklos sei, sondern fügten hinzu, dass eine Karikatur «immer auf die Mächtigen abzielen sollte». Dass eine «solche Zeichnung nicht erlaubt sein sollte». Oder sogar, dass die Redaktion dieser für ihren schwarzen Humor bekannten Zeitung «es im Grunde genommen mit den Mohammed-Karikaturen gut gemeint hat». Das bedeutet, dass die Kunst moralischen Regeln gehorchen muss, dass der Staat dafür sorgt, dass diese Regeln eingehalten werden, und dass im schlimmsten Fall Fanatiker diese Freigeister ausrotten werden.
Un couple valaisan a même déposé une plainte contre le journal. Il est peu probable qu’elle aboutisse, d’autant plus au paradis du blasphème. Néanmoins, avec cette dénonciation pénale, la Suisse renvoie une image de personne fragile réclamant aux autorités de reconnaître son offense. Rappelons que le libéralisme n’a pas seulement théorisé la séparation entre les pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire, mais aussi entre le politique lui-même et le religieux, et entre le public et le privé. De la même manière, «être Charlie» n’a jamais signifié se reconnaître dans son lectorat, mais accepter qu’une telle niche puisse exister, qu’on en fasse partie ou non.
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Dans un autre registre, ce qui est arrivé à l’ex-colonel suisse Jacques Baud est encore plus alarmant, car la restriction de sa liberté n’a pas été simplement souhaitée, mais appliquée. En décembre, l’Union européenne a sanctionné cet ancien collaborateur du Service de renseignement de la Confédération pour «propagande pro-russe», ainsi que dix autres personnes. On ne sait toujours pas sur quels motifs précis se fondent ces mesures impliquant le gel de leurs avoirs et une interdiction de faire des affaires et d’entrer sur le sol européen. Bruxelles affirme que les actes concernés ont atteint un niveau susceptible de menacer la démocratie, l’Etat de droit, la stabilité ou la sécurité de l’UE ou d’un Etat membre.
Le fait que la Suisse officielle ne soit pas montée au créneau publiquement pour défendre les droits de son citoyen face à cette défense si vague d’une décision purement administrative est préoccupant. Il ne s’agit pas de soutenir les idées véhiculées par Jacques Baud, mais de lui reconnaître la liberté de les exprimer. Du reste, quels pourraient être les prochains pas? Le rire du conseiller fédéral Beat Jans en fin d’année quand un journaliste lui a posé une question sur ce thème – que le gouvernement n’avait même pas pris la peine de traiter en séance – est à lui seul un aveu d’échec de la Suisse au test du libéralisme.
Abschluss in Philosophie und von Beruf Journalist, Jonas Follonier ist Gründer und Chefredakteur des Regard Libre. Schreiben Sie dem Autor: jonas.follonier@leregardlibre.com.
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