Economie Récit

Métier de rêve: «employé»

4 minutes de lecture
écrit par Jonas Follonier · 16 mars 2026 · 0 commentaire

Tout le monde connaît Elon Musk, mais presque personne ne veut devenir entrepreneur. Pourtant, l’entrepreneuriat fascine quand même, comme le montrent nos microtrottoirs menés auprès de jeunes à Lausanne et à Zurich.

Dans l’imaginaire collectif, l’entrepreneur semble être une figure familière, mais vague. Les microtrottoirs menés par le Schweizer Monat et Le Regard Libre des deux côtés de la Sarine montrent à quel point cette notion est une fausse évidence. Lorsque les jeunes interrogés disent avoir une idée de ce qu’est un entrepreneur, leurs réponses sont souvent similaires, sans toutefois être très précises: il organise l’entreprise, la dirige et veille à ce que «l’argent rentre». L’entrepreneur semble être perçu avant tout comme un manager et les deux termes sont considérés comme synonymes par la grande majorité des jeunes.

Acceptation de l’échec

Certains participants soulignent toutefois une caractéristique centrale, plus représentative et liée à l’esprit d’entreprise: la prise de risques. Ainsi, «l’entrepreneur identifie les lacunes du marché et propose des produits ou des services qui les comblent», explique un jeune Allemand sur la promenade du lac de Zurich. «C’est toujours bien d’inventer des choses qui n’existent pas encore», estime un jeune du quartier du Flon à Lausanne. En bref, un entrepreneur «stimule l’économie en créant une entreprise». Et «dans l’idéal, il en tire des bénéfices».

Prendre des risques suppose aussi d’accepter l’échec. Interrogés sur leur dernier échec personnel, de nombreux participants citent des situations quotidiennes – souvent des examens ratés – qui sont toutefois interprétées comme des opportunités d’apprentissage. «J’échoue tous les jours, mais cela me permet de grandir et d’apprendre beaucoup», explique un passant en Suisse alémanique. Un Romand raconte sa première expérience entrepreneuriale: «Une fois, j’ai acheté des boissons avec des amis pour les revendre plus cher, mais cela n’a pas très bien fonctionné.»

Les risques sont présents dans la vie de chacun. Chaque jour, nous évaluons – souvent inconsciemment – d’innombrables risques avant de prendre des décisions. Que nous le voulions ou non, nous sommes tous des analystes de risques professionnels. En d’autres termes, nous avons tous en nous cette disposition qui caractérise notamment les entrepreneurs prospères. La jeune génération prend également des risques en toute conscience, mais généralement loin du monde des affaires et de l’entrepreneuriat, par exemple en partant étudier à l’étranger ou en s’adonnant à des loisirs risqués, comme ils le mentionnent. Une condition importante pour franchir le pas sans doute risqué vers l’indépendance est donc remplie.

Autorité et résistance

Sur la liste des qualités requises pour se lancer dans une aventure entrepreneuriale, nos interlocuteurs mentionnent régulièrement la détermination et l’autorité. A cela s’ajoutent l’aptitude à convaincre, ainsi que la capacité d’écoute. Il est remarquable de constater que, lorsqu’on y regarde de plus près, l’image autoritaire du chef cède la place à celle d’un chef d’orchestre, capable de donner une direction tout en tenant compte de son environnement.Le courage, la résistance au stress et l’optimisme sont également souvent cités comme des conditions préalables à un démarrage réussi en tant qu’entrepreneur. Il semble que, du point de vue des personnes interrogées, l’entrepreneuriat exige avant tout une disposition mentale à surmonter les revers.

En matière de figures entrepreneuriales, les grands noms mondialement connus des «super-riches» tels qu’Elon Musk ou Jeff Bezos viennent immédiatement à l’esprit. Un Suisse allemand cite quant à lui son père, «qui a fondé une start-up avec un collègue». Un autre mentionne Peter Spuhler, l’entrepreneur et homme politique thurgovien qui a fait de la petite entreprise Stadler Rail un constructeur de véhicules ferroviaires à succès international. Il estime en outre que les dirigeants des nombreuses PME, artisans, coiffeurs ou jardiniers constituent la véritable «colonne vertébrale de l’économie suisse».

Sécurité versus indépendance

Les jeunes que nous avons rencontrés souhaitent-ils devenir eux-mêmes entrepreneurs? La plupart d’entre eux ne le souhaitent pas, selon la conclusion claire de notre enquête, qui, espérons-le, n’est pas représentative à cet égard. «Je préfère être employé», telle est la réponse la plus fréquente. Certains sont également séduits par l’idée motivante et satisfaisante de pouvoir verser un salaire mensuel à leurs employés. «Je pourrais imaginer créer ma propre entreprise, mais le chemin pour y parvenir me semble assez difficile.»

Difficile? Certainement. Réalisable? Absolument. Les réponses de nombreux jeunes reflètent un profond respect – souvent même une admiration – pour les entrepreneurs et leurs réalisations. Tout commence par une bonne idée qui se démarque des autres et répond à un besoin du marché. Ensuite, il faut «un bon business plan», comme le dit un futur entrepreneur potentiel. Mais comment procéder concrètement par la suite?

Avec ce hors-série, nous souhaitons lever les obstacles, inspirer et informer. Nous voulons faciliter les premiers pas des jeunes vers l’indépendance, afin que le « métier de rêve d’employé » puisse se transformer en une vie de rêve en tant qu’entrepreneur.

Journaliste de profession, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du Regard Libre. Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com.

Vous venez de lire un article en libre accès, tiré de notre édition papier (Le Regard Libre hors-série N°7). Débats, analyses, actualités culturelles: abonnez-vous à notre média de réflexion pour nous soutenir et avoir accès à tous nos contenus.
Jonas Follonier
Jonas Follonier

Correspondant au Palais fédéral pour «L’Agefi», auteur-compositeur-interprète et essayiste, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du «Regard Libre».

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