Scandale Facebook : et maintenant ?

Les lundis de l’actualité –  Diego Taboada

Après les révélations sur l’affaire désormais connue sous le nom de « Facebook-Cambridge Analytica », Mark Zuckerberg s’est soumis cette semaine à dix heures d’audition par le Congrès américain. Pour rappel, le réseau social est accusé d’avoir permis la récupération de données personnelles de plus de 87 millions d’utilisateurs par la société d’analyse de données Cambridge Analytica. Ces informations sont suspectées d’avoir été utilisées pour influencer les dernières élections américaines. Facebook se trouve désormais dans une situation critique, révélatrice du malaise ambiant autour du numérique et des réseaux sociaux.

« Dans quel hôtel avez-vous dormi hier ? »

D’abord le Sénat, puis la Chambre des Représentants. Mark Zuckerberg semblait tendu, mal à l’aise. Bien loin de son assurance affichée lors de ses apparitions publiques. Loin aussi de l’image d’un potentiel candidat démocrate à la présidence des États-Unis comme pouvaient le fantasmer certains médias il y a moins d’une année.

Un oral lors duquel les élus se sont distingués par certaines remarques incisives. Des répliques cinglantes, sans nuances, qui pouvaient parfois surprendre comme : « vos conditions générales sont nulles ! ».Moment gênant, quand, défendant le droit à une vie privée, un sénateur demande à un Mark Zuckerberg nerveux dans quel hôtel il avait dormi la veille. La victime du jour, elle, répondait aux questions profil bas, reconnaissant ses erreurs.

Mais ce « procès politique » du dirigeant et fondateur de Facebook a plus servi comme mise en scène de la toute-puissance de l’Etat américain plutôt qu’à une réelle avancée sur les problèmes soulevés. Les vagues mesures annoncées pour sauver ce qui pouvait encore l’être ne sont pas suffisantes. Les Etats et l’opinion publique attendent de vrais engagements. Cette audition n’a donc pas permis de répondre à la question qui taraude : et maintenant, que fait-on ?

Les difficultés d’une réglementation

 La protection des données personnelles est une question majeure de ces prochaines années. La préservation d’un droit à la vie privée l’est tout autant. Zuckerberg reconnaît lui-même que la réglementation du secteur semble « inévitable » afin de prévenir ce genre de dérive.

Réglementer, mais par qui ? Certaines questions d’élus américains ont parfois révélé un illettrisme numérique affligeant. Le Congrès a montré encore une fois les limites du législateur, qui peine à concevoir les enjeux de thématiques si techniques.

Réglementer, mais comment ? La technologie et le numérique sont des domaines qui évoluent constamment et de manière exponentielle. Etant donné l’obsolescence rapide des lois, une contrainte étatique inadaptée serait contre-productive et risquerait de prétériter l’essor de l’industrie du numérique.

Quoi qu’il en soit, une remise en question est essentielle pour ces géants du numérique. Zuckerberg et consorts doivent réaliser qu’une prise de conscience globale a lieu. La protection des données, plus qu’une demande étatique, se doit d’être une exigence des individus, raisonnable et légitime. Les différents acteurs – publiques ou privés – ont l’obligation de garantir la liberté et la vie privée des citoyens.

Car comme vous, M. Zuckerberg, je ne voudrais pas que l’on sache dans quel hôtel j’ai dormi hier soir…

Ecrire à l’auteur : diego.taboada@leregardlibre.com

Crédit photo : Official White House Photo by Pete Souza

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