La saga de la littérature islandaise

Le Regard Libre N° 55 – Clément Guntern

Introduction au dossier «Les lettres islandaises»

La terre de glace et de feu: telle est la formule consacrée pour parler de ce pays aux confins de l’Europe, longtemps relégué à la place peu envieuse de terre inhospitalière en marge du monde. Depuis quelques années, on ne compte plus sur Instagram les photographies des hauts lieux naturels de l’Islande; ses cascades, ses glaciers, ses plages de sable noir et ses volcans, mais aussi sa lande inhabitée, tantôt verdoyante, tantôt nue et désolée. Pourtant, cette définition romantique d’un pays où les éléments opposés se livrent à une lutte sans fin pour créer une nature originale ne saurait réellement saisir ce qui fait de l’Islande un véritable joyau de la culture européenne. Européenne, oui, car malgré une certaine proximité avec le continent nord-américain, ce pays n’a cessé d’être par toutes ses racines une terre de la vieille Europe.

Commençons par des hommages. Ce que nous pouvons lire, nous lecteurs francophones, de tout ce que ce pays a pu produire de mieux, nous le devons en grande partie à Régis Boyer. Professeur de langues et civilisations scandinaves à la Sorbonne durant de longues années, Régis Boyer fut également un prolifique traducteur de la littérature nordique, surtout islandaise. Il s’est notamment attaché durant toute sa carrière à démythifier le Nord et ses brumes, ses barbares vikings et ses drakkars. Décédé en 2017 à l’âge de huitante-cinq ans, il est parvenu à nous rendre ce monde un peu plus familier et à nous donner le goût des lettres de toute la Scandinavie, en particulier de l’Islande.

Mais en quoi ce pays d’à peine 340’000 habitants actuellement peut attirer une plus grande attention que des pays comme la Suède ou le Danemark, sensiblement plus grands? Sur cette île au milieu de l’Atlantique eut lieu ce qu’il convient d’appeler un miracle littéraire et intellectuel. Loin, au bout du monde et à plusieurs jours de navigation de la Norvège, une petite communauté de 30’000 âmes à peine a su apporter une pierre splendide et originale à la littérature occidentale. Ce miracle prend place entre les XIIe et XIVe siècles et ses joyaux sont les sagas.

Au XXe et XXIe siècles encore, l’Islande est restée une terre d’écriture et d’écrivains. Nous pouvons citer notamment Halldór Kiljan Laxness, prix Nobel de littérature en 1955 pour son livre La Cloche d’Islande qui a su témoigner de la misère sociale à travers ses romans historiques et a contribué à l’indépendance de son pays en 1944 seulement. Indépendance arrachée progressivement durant les XIXe – XXe siècle, sans violence et en grande partie grâce à Jón Sigurdsson qui, à coup de stylo depuis son bureau de Copenhague, a poussé son pays à rejeter la domination séculaire des Danois.

Le miracle islandais est donc celui de la littérature. Et s’il avait dû se produire en France, en Allemagne ou au Royaume-Uni, il aurait fait émerger les auteurs des sagas à l’égal des plus grands. Pour vous prouver mes dires, chers lecteurs, je vous propose une plongée dans l’âge des sagas, dans le pays non pas du feu et de la glace, mais de la poésie et des mots.

Découvrez «Le miracle islandais», le premier épisode du feuilleton «Les lettres islandaises», dans Le Regard Libre N° 55.

Ecrire à l’auteur: clement.guntern@leregardlibre.com

Crédit photo: © Laura Fournier pour Le Regard Libre

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