Poursuivre le combat pour le pluralisme
Dessin réalisé par Nathanaël Schmid pour Le Regard Libre
Si le peuple suisse a tranché – par deux fois – la question du montant de la redevance audiovisuelle, du moins pour un temps, la discussion sur l’offre fournie grâce à ce prélèvement obligatoire doit continuer. La même chose vaut pour la France.
Le 14 avril, sur la Radio Télévision Suisse (RTS): un sujet au 19h30 pour marquer le 40e anniversaire de la mort de Simone de Beauvoir. «L’occasion de se pencher sur l’héritage laissé par la philosophe, souvent considérée comme une des fondatrices du féminisme moderne, rappelle la présentatrice. Le Deuxième Sexe, l’œuvre qui l’a rendue célèbre, vient d’ailleurs d’entrer dans la Pléiade.»
Suivent alors les témoignages d’une professeure en «études genre» de l’Université de Lausanne – Simone de Beauvoir a «bouleversé le champ de comment les femmes pouvaient comprendre leur situation» (sic) – et d’une libraire citant «des autrices comme Mona Chollet ou Laure Adler» pour évoquer le champ qu’a ouvert Simone de Beauvoir aux «recherches féministes». Des recherches féministes? Quel tollé si l’on parlait de «recherches nationalistes», «libérales» ou encore «démocrates-chrétiennes» …
En fin de sujet, une lueur d’espoir pour le téléspectateur en quête de nuance: la «part d’ombre» de la compagne de Jean-Paul Sartre est évoquée, elle qui aurait «profité de ses influences pour lui livrer de jeunes étudiantes». Mais l’espoir retombe vite: si l’écrivaine française a fait cela, c’est parce qu’elle s’est «jusqu’à un certain point assimilée à ce milieu extrêmement masculin auquel elle appartenait» et qu’elle a «joué la carte de la domination masculine». Bref, le patriarcat est coupable de tout. Un refrain qui serait moins dérangeant s’il n’était pas fréquent au sein de cette maison.
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On se réjouit en effet du sujet que consacrera la RTS aux 40 ans de la mort de Roger Scruton, figure majeure du conservatisme du XXe siècle – et qui n’a pas écrit des centaines de pages à la gloire d’un dictateur. Au contraire de Simone de Beauvoir qui, dans son essai La longue marche, paru en 1957, s’extasiait de la Chine de Mao, qu’elle était allée visiter durant six semaines. Le service public n’a pas jugé utile de le rappeler.
La question de la redevance audiovisuelle a été tranchée par le peuple suisse. Deux fois. On doit donc considérer ce dossier comme clos. Du moins pour un temps – après tout, la population a dû voter plusieurs fois pour adopter certaines mesures… dont le droit de vote des femmes, justement. Mais si le financement de la Société suisse de radiodiffusion est une affaire classée, le débat sur l’offre fournie grâce à ce prélèvement obligatoire doit rester. Nous, contribuables, nous, citoyens, nous, Suisses attachés au travail bien fait, à la diversité des points de vue et au bon usage des deniers publics, sommes en droit d’attendre davantage de finesse de la part de la RTS.
Le constat vaut aussi en France, où, à défaut de pluralisme courtois, la bataille culturelle a au moins le mérite d’être assumée. Ainsi, le 15 avril, l’émission «C ce soir» de France TV réunissait six invités pour commenter la démission – réputée forcée – d’Olivier Nora à la tête de la prestigieuse maison d’édition parisienne Grasset, propriété de Vincent Bolloré. Six invités de gauche, six invités pour dénoncer l’emprise de l’homme d’affaires décrit comme étant «d’extrême droite».
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Pas un invité, pas un seul, pour dire que si la chaîne CNEWS – également propriété du groupe Bolloré – a rencontré du succès, c’est parce qu’une part de la population se sentait méprisée par les canaux officiels. Que si autant d’auteurs – il est vrai divers et pour certains talentueux, comme Metin Arditi ou Frédéric Beigbeder – ont choisi de quitter Grasset au lendemain du départ de son directeur, une autre maison pourra naître ou les accueillir. Que c’est le lecteur qui tranchera. Et que la peur face à une pensée unique imposée par le milliardaire breton a bon dos face à une forme de sectarisme de gauche bien plus problématique, car subventionné par les Français – et illustrée dans cette émission même.
Au Regard Libre, nous poursuivrons notre combat intellectuel pour le pluralisme. Merci de le mener avec nous.
Diplômé en philosophie et journaliste de profession, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du Regard Libre. Ecrire à l’auteur: jonas.follonier@leregardlibre.com.
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