Elections au Royaume-Uni: la guerre des leaders

Les lundis de l’actualité – Jérémie Bongiovanni

Le 12 décembre prochain, les Britanniques éliront un nouveau parlement. L’enjeu principal est évidemment le Brexit, mais d’autres enjeux tels que le système de santé jouent un rôle déterminant dans les débats. Ce qui semble cependant être le plus décisif pour l’issue de ce vote, ce sont bien les personnalités à la tête des partis principaux.

D’après les derniers sondages, les Tories (parti conservateur) menés par Boris sont crédités de 359 sièges sur 650, contre 317 lors des précédentes élections. De leur côté, les travaillistes avec à leur tête Jeremy Corbin remporteraient 211 sièges, contre 262 actuellement. La troisième force politique du pays, les libéraux-démocrates et leur cheffe Jo Swinson, devraient quant à eux jouer à l’arbitre en obtenant une trentaine de sièges.

Ce qui caractérise cette campagne jusqu’à maintenant, plus que le Brexit ou l’aide financière au système de santé, ce sont bien les leaders des trois partis principaux évoqués ci-dessus. Tout comme le vote de 2016 sur le Brexit a été en grande partie un vote sur le Premier ministre d’alors, David Cameron, cette élection semble se focaliser sur les personnalités clivantes que sont les dirigeants des grands partis.

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La question qui se pose pour de nombreux Anglais n’est pas de savoir quel personnage trouve grâce à leurs yeux, mais lequel ils abhorrent le plus. Les raisons qui peuvent conduire à cette aversion pour un candidat peuvent être divisées en deux catégories: d’une part, la politique qu’ils mènent; d’autre part, leur propre personnalité.

Boris Johnson, l’enfant terrible

Alors qu’il représente une élite anglaise transpirant l’insolence, l’actuel premier ministre se veut proche du peuple et soigne son image. Son activité sur les réseaux sociaux témoigne de ses efforts: entre les vidéos explicatives aux apparences spontanées ou une scène où il construit un mur de briques, équipé d’une truelle et de ciment, tout semble bon pour séduire les électeurs britanniques.

61% des Britanniques considèrent que Boris Johnson est incompétent et 55% le définissent comme n’étant pas digne de confiance. Toutefois, 54% le considèrent comme déterminé et 51% comme courageux. Ces sondages reflètent bien l’image de ce personnage haut en couleur, que l’on a envie de détester juste après l’avoir trouvé génial.

Les partis savent bien que la forte figure de proue du parti conservateur peut être son plus grand point faible. Alors que son image personnelle est meilleure que celle de Jeremy Corbin, les travaillistes ont commencé leur travail de sape dès la semaine dernière en s’attaquant personnellement à Boris Johnson et rappelant ses excès langagiers, notamment sexistes. Les libéraux-démocrates sont allés jusqu’à publier une liste des dérapages du Premier ministre sur le site. Si nous doutions que cette campagne fût basée sur des idées, nous avons désormais la réponse à cette question.

Jeremy Corbyn

De son côté, le chef des travaillistes est en bien pire position. Son parti, qui se battait autrefois pour gagner, se bat aujourd’hui pour éviter une déculottée. Il est probablement le meilleur argument du parti conservateur, qui concentre sa campagne sur le danger que représenterait le candidat travailliste s’il dirigeait le pays.

65% des Britanniques considèrent que Jeremy Corbyn est incompétent; seuls 15% le définissent comme étant déterminé. Et en faisant la somme nette des électeurs favorables à son élection, il obtient un résultat de -41% alors que Boris Johnson est à -6%.

Depuis l’élection de Corbyn à la tête des travaillistes, de nombreuses accusations d’antisémitisme ont été portées contre le parti. Cette face sombre du leader de gauche porte un énorme préjudice au parti et fait de l’homme une cible de choix pour ses adversaires politiques.

Le risque d’un parlement paralysé

Si ces élections auront lieu, cela est dû au fait que Boris Johnson ne disposait pas de la majorité nécessaire pour mettre à exécution son programme du Brexit. Le slogan du parti conservateur dans la campagne actuelle: «Get Brexit done». Les Tories proposent une autre option aux électeurs: celle d’un parlement à nouveau paralysé. Cette menace semble convaincre de nombreux Anglais, malgré la figure du Premier ministre qui les repousse.

Ceux qui souhaiteraient tenter de limiter la force d’un gouvernement conservateur sans paralyser le parlement voteront pour les libéraux-démocrates et leur ambitieuse meneuse, Jo Swinson, qui est malheureusement encore peu connue. Les deux dernières semaines de campagne seront donc marquées par d’autres attaques personnelles ayant pour but de renforcer ou fragiliser la majorité des conservateurs. De plus, les thèmes de l’immigration et de la criminalité, étrangement mis de côté dans la campagne jusqu’à présent, ont fait leur apparition après l’attaque terroriste de vendredi dernier à Londres.

Ecrire à l’auteur: jeremie.bongiovanni@leregardlibre.com

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