Une nouvelle histoire des chrétiens d’Orient
L’ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin. Dessin de Nathanaël Schmid
Dans sa chronique, l’ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin partage une lecture qui l’a marqué. Ce mois-ci, un essai de Joseph Yacoub sur l’histoire méconnue des chrétiens d’Orient.
Quelquefois, en marge de récits des grands conflits qui déchirent le Moyen-Orient, on évoque le sort souvent tragique de communautés chrétiennes qui vivent là depuis toujours. On évoque les conditions dans lesquelles ces Eglises tentent de survivre. C’est en effet par centaines de milliers que les chrétiens d’Orient émigrent. Ils quittent l’Irak, la Syrie, le Liban, dans une moindre mesure l’Egypte, pour s’installer aux Etats-Unis, au Brésil, en France, en Suède…
Avant ces vagues d’émigration, que les responsables de ces communautés tentent difficilement de freiner, elles avaient connu des périodes de coexistence pacifique ou de meurtres collectifs. Les Assyro-Chaldéens ont été massacrés en 1915, peu de temps avant le génocide du peuple arménien.
Faut-il tirer un trait sur ces «restes» datant du début du christianisme? Bien sûr que non! Ce serait faire injure à leurs souffrances, mais aussi se priver de leurs réflexions, de leurs textes, de la connaissance de leurs débats qui nous permettent de comprendre les temps fondateurs de notre propre culture.
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Joseph Yacoub, l’auteur de cet essai, est professeur d’université, spécialiste des Assyro-Chaldéens et vigoureux défenseur de ces chrétiens minoritaires. A la lecture de son ouvrage, foisonnant de citations, évoquant de multiples poètes, théologiens, militants de causes politiques, on a un peu le vertige. Est-ce possible de rendre justice dans quelques centaines de pages à une histoire qui concerne tant de peuples différents, vivant sur des espaces qui dépassent largement le Moyen-Orient actuel? Le pari me semble tenu, confirmé par le choix d’un éditeur reconnu pour son sérieux dans ces domaines.
On ignore souvent le rôle des nestoriens dans l’extension du christianisme. Plus tôt encore, l’apôtre Thomas aurait été actif dans le sud de l’Inde, le Kerala actuel, fondant une communauté qui compte aujourd’hui encore des millions de fidèles. Yacoub évoque les difficultés de ces chrétiens des premiers temps avec les jésuites missionnaires, au XVIe siècle, déterminés à les soumettre à l’Eglise latine.
Les nestoriens, quant à eux, avaient pénétré en Chine et au Tibet. En Chine, on a découvert une stèle datant de 781 qui évoque la fondation d’un monastère en 638. L’auteur de l’inscription ornant cette stèle est un moine savant qui traduisit des ouvrages du syriaque en chinois. Ce prêtre maîtrisait les langues chinoise, ouighoure et sogdienne Il connaissait le bouddhisme, le taoïsme et le confucianisme. En 786, il apprit le sanskrit et traduisit les sutras de Bouddha. La stèle de Xi’an, unique dans son genre, utilise aussi des expressions adaptées à la culture chinoise pour expliquer des dogmes chrétiens comme la Trinité.
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Dans le Proche-Orient, l’influence de Byzance qui survécut mille ans à la fin de l’Empire romain d’Occident, fut souvent déterminante, en positif et en négatif. Comment expliquer la chute rapide de l’Egypte face aux Arabes, sinon en mentionnant l’animosité latente des habitants de ce pays à l’égard de Byzance, de son intolérance dogmatique, mais peut-être encore davantage, de son avidité fiscale!
Les chrétiens d’Orient furent importants dans la vague d’orientalisme du XVIe siècle. De tout temps, avant et après les croisades, des pèlerins firent le voyage de Jérusalem. Au XIXe siècle, Lamartine, Nerval et d’autres visitèrent les lieux saints. N’oublions pas le grand Renan qui contribua à une meilleure connaissance des racines orientales de notre culture, même si Ernest Renan a encore une odeur de soufre dans certains milieux.
Que reste-t-il après la lecture de cet ouvrage? Beaucoup de respect pour l’érudition de Yacoub, mais surtout un sentiment d’humilité face à notre quasi-ignorance de l’histoire de nos cousins orientaux et de leurs ancêtres.
Pascal Couchepin, ancien conseiller fédéral, partage chaque mois une lecture qui l’a marqué. Vers ses précédentes chroniques.

Joseph Yacoub
Nouvelle histoire des chrétiens d’Orient
Perrin
Mars 2026
400 pages
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