Archives par mot-clé : christianisme

Père, pain, pardon: la visite du pape François à Genève

Le Regard Libre N° 41 – Loris S. Musumeci

Le pape François était attendu depuis peu, mais il était très attendu. Sa visite à Genève du 21 juin dernier a été marquée par une forte valeur symbolique au niveau politique et œcuménique ; par une forte valeur émotionnelle pour la population. Outre le discours central prononcé au COE (Conseil œcuménique des Eglises), il y avait l’homélie qui suscitait l’impatience. Qu’aurait-il bien pu dire, ce brave homme, aux bons Suisses ? Une fois le prêche accompli, l’ardeur est passée ; le message, lui, a demeuré.

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Qu’est-ce que le mal ?

Le Regard Libre N° 36 – Loris S. Musumeci

La question est grave. Les philosophes s’y sont écorchés. Ce qui pose la difficulté majeure pour une interrogation d’une telle ampleur, c’est son mystère inépuisable, le sentiment de frustration qu’elle provoque à ne jamais pouvoir y apporter une réponse satisfaisante. L’article se limitera donc à quelques réflexions, inspirées de maîtres.

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Fabrice Hadjadj, un penseur du sexe et de l’écologie intégrale

Le Regard Libre N° spécial « Ecologie : pour un revirement intégral » – Loris S. Musumeci

Fabrice Hadjadj est connu comme le philosophe juif au nom arabe et de confession catholique. Auteur de nombreux essais et œuvres littéraires, le penseur dirige également l’Institut Philanthropos à Fribourg. Il s’intéresse depuis quelques années à l’écologie, thème auquel il est parvenu par le biais de réflexions sur la chair, la sexualité et la famille. Rencontre. Continuer la lecture de Fabrice Hadjadj, un penseur du sexe et de l’écologie intégrale

Hommage à Jean-Philippe Smet

Les lundis de l’actualité – Jonas Follonier

Johnny Hallyday décédé, c’est comme un cercle carré, ça n’existe pas. Et pourtant, même si Laetitia ne croyait pas elle-même à ce qu’elle écrivit cette nuit-là, ces mots annoncèrent la nouvelle au monde entier : « Mon homme n’est plus. » Au matin du 6 décembre, l’humanité sembla découvrir pour la première fois la réalité irrévocable de la mort, à l’occasion de celle du plus grand chanteur que la France ait jamais connu.

Johnny Hallyday évoque en chacun de nous au moins quelques souvenirs, parce qu’il faisait partie de nos vies, comme un membre de la famille que l’on ne rencontre pas souvent mais dont nous savons en permanence qu’il existe. Sa mort m’a d’abord renvoyé aux années de l’école primaire, où, avec un ami, nous avions reproduit à notre façon le clip de la chanson Marie. Je découvrais Johnny, qui n’allait plus jamais me quitter. Continuer la lecture de Hommage à Jean-Philippe Smet

L’amour comme ciment du religieux

Le Regard Libre N° 26 – Léa Farine

« L’âme du philosophe veille dans sa tête. L’âme du poète vole dans son cœur. L’âme du chanteur vibre dans sa gorge. Mais l’âme de la danseuse vit dans son corps tout entier », écrit Khalil Gibran dans son poème « La Danseuse ».

Nombreux sont les courants de pensée, ou religieux, qui reconnaissent le corps comme un véhicule où, véritablement, l’âme peut se déployer pour entrer en contact avec Dieu. Le salut, alors, passe par l’incarnation : aucune libération n’est possible après la mort puisque cette libération a besoin du corps pour s’opérer, par l’ascèse, par la danse, par l’érotisme peut-être.

Créatures et créateur

Bien loin de cette conception, l’islam et le christianisme perçoivent le corps de manière différente, pour des raisons théologiques et historiques incontournables. Dans chacun de ces deux grands monothéismes, la rédemption intervient seulement après la mort. Si le contact avec Dieu peut toutefois s’établir, c’est à travers une distance immense car Dieu est souffle, verbe, mais jamais chair. Corps et âme ne peuvent se rejoindre car, par définition, Dieu est « tout ce qui n’est pas le corps » et la matière est « tout ce qui n’est pas Dieu », puisque la création ne peut se confondre avec le créateur. Dieu ou une parcelle de Dieu peut habiter un corps, ou le visiter durant l’existence physique d’un être, mais l’être ne peut pleinement retourner à Dieu tant que ce corps existe. Continuer la lecture de L’amour comme ciment du religieux

« Silence »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Crachez sur cette croix et dites que votre soi-disant Vierge Marie est une putain. »

1633. Pax Christi. Le Père Ferreira (Liam Neeson) a apostasié, dit-on. Les jeunes jésuites, Rodrigues (Andrew Garfield) et Garupe (Adam Driver), ne peuvent l’accepter. Comment leur mentor, parti évangéliser le Japon, a-t-il pu renier sa foi ? Il faut s’embarquer à sa rescousse.

Les deux néo-missionnaires partent pour l’Extrême Orient. Dans une terre inconnue, mystérieuse, hostile. La réalité sur le lieu est pire qu’imaginée. Rodrigues et Garupe sont accueillis sur l’île par une petite communauté chrétienne clandestine. Ils doivent se cacher. Le Grand Inquisiteur crucifie tous les dénommés « kiristan » qui ne renient pas leur religion par un geste blasphématoire. Pis encore pour les prêtres, à la fois porteurs de mensonge et de colonisation. Continuer la lecture de « Silence »

Rwanda, la terre du silence

Le Regard Libre N° 20 – Justine Aymon (notre invitée du mois)

Les jeunes de l’Association Tête au Cœur, établie à Sion en Valais, sont partis découvrir le Rwanda avec ses tragédies et ses beautés. Ils ont été accueillis par le Foyer de charité de Remera, situé au nord du pays. Le groupe a pleuré, ri, chanté, dansé, vécu trois semaines durant avec les membres de la communauté.

Une paix. C’est le premier ressenti que j’exprimerais en parlant de ce voyage, de ce pays. La paix des silences.

Il y a le silence des paysages. Ce pays aux mille collines, ces sentiers en terre rouge, ce lac aux îles innombrables, ces volcans aux flancs luxurieux, cette savane vivante d’animaux sauvages, ces champs interminables, ces couchers de soleil rouges.

Il y a le silence de la vie, une vie sans complication quotidienne ni pensée futile, une vie que l’on ne s’imagine pas, que l’on ne théorise pas, une vie que l’on accueille. Cette population si réjouie par l’étranger et la nouveauté, si généreuse et pleine d’amour envers celui qui se présente, dans les repas offerts, les chants d’accueil, les cadeaux de départ. De la danse, beaucoup de danse, et du chant, des messes animées par le djembé, des journées ponctuées par le travail de la terre dans les villages et par des services au foyer, la cuisine, le repassage, la vaisselle, les cours de français. Des femmes et des hommes pieds nus, la tête surplombée par de grandes charges, des bébés accrochés au dos de femmes, d’enfants. Il y a là une vie simplement vécue, sans pourquoi et sans demain. Et une passion, une passion indicible pour la vie. Continuer la lecture de Rwanda, la terre du silence

Libéralisme et christianisme

Le Regard Libre N° 16 – Sébastien Oreiller

Libéralisme et christianisme. Le lien peut de prime abord paraître étonnant. Cette doctrine, d’abord philosophique puis politique et économique, est intrinsèquement liée dans l’inconscient collectif à l’idée même de recherche du bien-être économique, si ce n’est, plus récemment, à celle même de prédation économique à l’encontre des plus faibles. Comment le libéralisme donc, pourrait-il s’apparenter au christianisme, alors qu’il est plus difficile à un riche d’entrer au royaume des cieux qu’à un chameau de passer par le trou d’une aiguille ? Si les deux courants sont apparentés, c’est parce qu’ils trouvent tous deux leur fondement dans l’individu, avec certaines limites toutefois.

L’individu face à Dieu. Le chrétien est fils de Dieu ; en tant que tel, le Seigneur l’appelle et l’aime d’une relation particulière. On sort donc de l’idée païenne, et spécialement romaine, d’une religion de la place publique, où seuls comptent les sacrifices rendus aux autels et où la foi n’a aucune importance. Le christianisme est une religion du cœur. En ce qui concerne l’individu face à la communauté, la relation est plus trouble. D’un côté, le Christ, comme Socrate, est victime d’un tribunal légitime ; il remet en question la loi de Moïse. Mais il rejette ceux qui le voient comme le roi des Juifs, refuse la révolte et recommande de payer l’impôt à l’empereur. « Rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. » Une doctrine du respect des autorités qui tranche avec le libéralisme. De même Saint Paul prêchant aux esclaves l’obéissance à leur maître. Continuer la lecture de Libéralisme et christianisme

Une polyvalence au service de l’humain (Rencontre avec François-Xavier Amherdt)

Le Regard Libre N° 15 – Loris S. Musumeci

Pour cette édition, Le Regard Libre vous propose un long entretien avec une personnalité valaisanne, l’abbé François-Xavier Amherdt. Par où commencer pour le présenter ? Laissez-vous simplement guider par cette longue entrevue réalisée au début de ce mois.

Loris S. Musumeci : Vous êtes un de ces hommes que l’on peut vraiment désigner de polyvalent. Vos activités, en effet, sont aussi nombreuses que diverses, mais vous demeurez avant tout prêtre, cela depuis le 17 juin 1984, jour de votre ordination par le Pape Jean-Paul II à Sion. Dès votre plus tendre jeunesse, quelles raisons et circonstances vous ont-elles poussé à le devenir ?

François-Xavier Amherdt : J’ai toujours nourri une quête d’absolu et très vite j’ai eu la conviction intime que seul Dieu pouvait la combler. Depuis ma tendre enfance – ma vocation est née dès l’âge de cinq ans – je me suis senti appelé à tout donner pour celui qui seul était à même de remplir mon cœur et mon âme. Et devenir prêtre, c’était pour moi la possibilité de « donner Dieu » aux hommes et aux femmes de ce temps.

Jamais à aucun instant je n’ai été déçu de ce choix, car le Seigneur des Écritures bibliques, sous le regard duquel j’ai grandi et dans le message d’amour duquel j’ai baigné, n’a cessé de veiller sur moi et de me donner la force d’exercer mon ministère pour mes frères et sœurs. De plus, l’Église catholique-romaine qui m’a offert le cadeau du baptême et à qui je dois tout est la seule institution ecclésiale et religieuse au monde à offrir un réseau unifié et universel, « catholique » voulant d’ailleurs signifier « universel ». Toutes les autres Églises et traditions religieuses sont en réalité morcelées en une multitude de groupes ou d’identités autonomes, alors que le pape, l’évêque de Rome, est le serviteur de la communion de l’ensemble des Églises catholiques locales, qui ainsi ne forment qu’une seule Église.

Enfin, elle s’enracine dans une tradition bimillénaire ininterrompue qui, malgré les erreurs commises par le passé, m’inscrit dans une lignée susceptible de donner sens au présent et de garder confiance pour l’avenir. Elle bénéficie également des richesses de la tradition juive, puisque le Canon des Écritures catholiques partage avec nos frères et sœurs juifs ce que nous appelons le Premier ou Ancien Testament. Continuer la lecture de Une polyvalence au service de l’humain (Rencontre avec François-Xavier Amherdt)

Tous à table !

Le Regard Libre N° 15 – Jonas Follonier

Cela fait des millénaires que certains philosophes, religieux, intellectuels et autres gourous nous invitent à mépriser le corps, à nous détourner du sensible, du sensuel, du sentiment, à nous diriger vers le monde supérieur de l’intellect, du spirituel, du divin. Cela fait plus précisément depuis Platon, « le grand calomniateur de la vie » comme l’écrit Nietzsche, qu’une telle conception hante la pensée occidentale.

Et si nous arrêtions d’écouter leur baratin ? Et si nous nous disions que ce qu’il y a de plus haut, de plus beau (et non de plus faux et de plus sot) en l’homme consiste à user avec mesure de toutes ses facultés – spirituelles et sensibles – et de s’extasier de leur interaction ? Et si nous envisagions que si la vie est absurde, ce n’est pas parce qu’une meilleure vie nous attend dans l’au-delà mais parce que c’est justement le propre de toute chose d’être absurde (pourquoi y a-t-il quelque chose au lieu de rien…) et que cela nous invite à la meilleure transcendance d’ici-bas, j’ai nommé l’art ? Continuer la lecture de Tous à table !