Politique Chronique

La sécurité doit redevenir la première des libertés

5 minutes de lecture
écrit par Romain Clivaz · 12 octobre 2026 · 0 commentaire

Home-jacking, armureries dévalisées, bancomats plastiqués, cambriolages: la sécurité se dégrade dans notre pays. L’heure est à la fermeté diplomatique et à la restauration de la tolérance zéro.

La sécurité, c’est un peu comme la liberté: elle disparaît toujours «centimètre par centimètre», selon une expression, empruntée et adaptée, de Karl-Hermann Flach, intellectuel libéral allemand de l’après-guerre. Sans rupture, ni coup d’éclat. Quand on s’en aperçoit, il est souvent trop tard. D’où l’importance de repérer les signaux de basse intensité.

Qui aurait imaginé que l’on parlerait un jour de home-jacking – ces intrusions ultra-violentes en présence des résidents – en Suisse, une pratique plutôt associée au Mexique ou au Brésil? Que des armureries, symboles de l’usage responsable des armes à feu dans notre pays, alimenteraient le grand banditisme français? Que des bancomats seraient plastiqués en rase campagne? Que le trafic de drogue prospérerait sous les yeux et les képis des policiers et que les cambriolages se banaliseraient?

Petit florilège de cette nouvelle réalité. Au hasard. En décembre 2025, la police neuchâteloise annonce le démantèlement d’un réseau criminel transfrontalier spécialisé dans les vols de véhicules de luxe et les cambriolages d’armureries. Un joli coup de filet, mené dans l’Ain, la Drôme, le Gard et l’Hérault. Il vise des malfaiteurs venus se servir en Argovie, à Bâle-Campagne, à Schwytz, ainsi que dans les cantons de Vaud, du Valais et de Zurich. Un véritable tour de Suisse! En avril 2026, neuf personnes, soupçonnées d’attaques de distributeurs de billets à l’explosif, sont arrêtées aux Pays-Bas. Lu dans le Blick en juillet: la police fédérale dénombre déjà 23 cambriolages ou tentatives de cambriolage d’armureries depuis le début de l’année.

Une réaction nécessaire

A la mi-août, la Fondation pour l’attractivité du canton de Genève tirait également un sombre bilan. Tous les voyants sont au rouge: augmentation des home-jackings, infractions contre la patrimoine, violences contre l’intégrité corporelle, etc. Conséquence logique de cette tendance négative: 68,2 % des dirigeants d’entreprise interrogés estiment que la sécurité s’est dégradée ces trois dernières années. Aux menaces physiques s’ajouteront celles sur l’emploi, toujours «centimètre par centimètre», sans bruit ni fracas.

Symbole ultime de cette dégradation: le home-jacking au retentissement mondial dont a été victime la légende de la Formule 1, «Il professore» Alain Prost en mai dernier dans la région de Nyon.

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Trop souvent, les autorités brandissent des statistiques choisies et évoquent un «sentiment d’insécurité», donnant la désagréable impression de vouloir contourner l’obstacle. Mais une réaction vigoureuse s’impose. D’abord avec du courage diplomatique. Après s’être fait danser sur le ventre concernant la sécurité d’un G7 de facto transfrontalier, le moment est venu d’aborder avec notre grand voisin français une autre externalité négative: sa criminalité transfrontalière. A Bruxelles, dans les instances de l’espace Schengen, nos représentants helvétiques doivent s’engager pour que la protection des frontières intérieures puisse être renforcée. Et si nos partenaires ne le veulent pas, la Confédération doit agir unilatéralement et déroger à des règles devenues trop rigides et hors sol.

Il faut ensuite du courage politique. Un changement d’approche est nécessaire. La tolérance à la délinquance doit à nouveau se rapprocher de zéro. Ici, ce ne sont ni les forces de l’ordre ni les garde-frontières qui sont en cause. Bien au contraire, ils sont prêts à l’engagement. Ce sont les autorités politiques qui semblent accepter, avec nonchalance ou défaitisme, ces évolutions qui n’ont rien d’une fatalité.

Sans sécurité, pas de liberté. C’est une des règles fondamentales de notre démocratie. Si nos autorités devaient l’oublier sur des airs de «Tout va très bien Madame la Marquise», les citoyens confrontés à cette dégradation – à leur domicile, dans les transports publics ou dans la rue – ne manqueront pas de le leur rappeler dans les urnes. Avec vigueur et à raison.

Ancien correspondant à Berne et à Bruxelles,  Romain Clivaz a une expérience «des deux côtés» de plusieurs barrières: média-politique, public-privé. Pour Le Regard libre, il déambule en toute liberté dans les pas perdus de l’actu.

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Romain Clivaz
Romain Clivaz

Ancien correspondant à Berne et à Bruxelles, Romain Clivaz a une expérience «des deux côtés» de plusieurs barrières: média-politique, public-privé. Pour Le Regard libre, il déambule en toute liberté dans les pas perdus de l’actu.

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