Archives par mot-clé : liberté

« Papillon », le corps est narrateur

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« J’arrive pas à croire que t’aies pris perpet’. »

Paris, 1931. L’ambiance est swing, l’ambiance est folle, l’ambiance est chaude. Henri Charrière, surnommé Papillon, travaille comme cambrioleur pour une organisation criminelle. Son chef, un vieux diable aux dents pourries, semble admirer le jeune employer tout en sachant qu’il garde discrètement des parts de la rapine. Travail terminé, Papillon rentre avec sa petite amie, une danseuse travaillant pour le même patron que lui ; ils passent une nuit d’amour.

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Nicaragua: la «révolution socialiste» impopulaire

Les lundis de l’actualité – Diego Taboada

Depuis quelques mois maintenant, le Nicaragua est sous les feux des projecteurs en raison des manifestations populaires contre la dictature de Daniel Ortega et sa femme, Rosario Murillo – qui s’est progressivement hissée à la vice-présidence du gouvernement. Ces mouvements ont permis de mettre en lumière les agissements d’un régime autoritaire qui n’hésite pas à réprimer violemment toute tentative de contestation : près de trois cents morts sont à déplorer malgré les appels à la paix – cyniques – du président.

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L’Ukraine rurale dépeinte dans «When the trees fall»

Neuchâtel International Fantastic Film Festival (NIFFF) – Jonas Follonier

Le film When the trees fall, présenté en compétition internationale du NIFFF la semaine dernière, s’ouvre sur une forêt où nous allons assister à une scène d’amour entre Larysa, la protagoniste principale, et un voyou dont elle s’est éprise. La cousine de Larysa, une fillette de cinq ans, est laissée sans personne au milieu des bois. L’abandon, ce sera l’un des thèmes centraux du film, si ce n’est le thème central. Le contexte, quant à lui, est tout aussi important : l’Ukraine rurale, où il semble impossible pour les femmes de s’extraire de leur quotidien patriarcal.

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« Love, Simon » : mais comment faire son coming out ?

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Donc, comme je le disais, je suis comme toi. J’ai une vie totalement, parfaitement normale. »

Il est plutôt cool comme mec et il est beau garçon. Au lycée, tout roule. En famille, rien de quoi se plaindre. Et son groupe de potes est soudé et génial. Simon mène donc une vie « totalement, parfaitement normale ». Mais il y a un secret dont le jeune a omis de faire part à son entourage : il est homosexuel. Bien sûr, il est sorti avec des filles pour faire genre, comme on dit dans le jargon de la jeunesse, mais ce sont les garçons qui lui donnent les papillons aux ventres.

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Eduardo Nunes : « Vous pouvez composer un film comme vous composez une musique »

Le Regard Libre N° 38, dossier spécial FIFF 2018 – Loris S. Musumeci

« Tu verras, il est adorable », m’avait-on dit au service de presse. Cela s’est confirmé. Le réalisateur brésilien Eduardo Nunes a mis toute sa tendresse dans les images délicates et les sons précis d’Unicorn (Unicórnio) qu’il a présenté au Festival International de Films de Fribourg. Rencontre autour d’un café à l’Ancienne Gare, quartier général du festival.

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Yvette Z’Graggen, une femme précurseure

Les mercredis du cinéma – Alexandre Wälti

C’est peut-être l’histoire d’une exilée de l’intérieur. Non seulement Yvette Z’Graggen a grandi tiraillée entre la Suisse romande et ses origines alémaniques, mais elle figure parmi les écrivains hélvétiques dont l’œuvre mérite une attention particulière parce qu’elle a été construite en écho direct aux événements du XXe siècle. Une femme qui a toujours été en avance sur son temps, comme le montre parfaitement le documentaire Yvette Z’Graggen – Une femme au volant de sa vie de Frédéric Gonseth.

Pensons d’abord à son besoin d’indépendance précoce. Forcée ? Toute jeune déjà, elle écrit des histoires pour fuir la réalité. Elle vit la faillite d’un père dentiste, dépensier et un peu trop porté sur la boisson, levant parfois la main sur sa mère, tandis que la famille dégringole progressivement dans l’échelle sociale. Un passionné de belle voiture se retrouve soudain à pédaler sur un vélo. Un deux-roues qu’Yvette Z’Graggen utilise ensuite pour faire le tour de du pays durant les années silencieuses de la Seconde Guerre mondiale. Une enfance où l’imagination sert d’abri contre les réalités et qui est nourri très tôt par un besoin d’apprendre malgré l’impossibilité – due à des questions financières – de faire l’université.

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« What Will People Say »

Festival International de Films de Fribourg – Loris S. Musumeci

« Est-ce que tu ne t’es jamais interrogée sur les conséquences de tes actions ? »

Nisha (l’excellente Maria Mozhdah) est belle. Son teint typé lui donne un charme oriental et profond. Elle le doit à ses parents, émigrés du Pakistan. En dépit de ses origines, la jeune fille mène une vie totalement à l’occidentale. Elle danse en disco, boit un peu, fume sans excès, drague comme il le faut et ne se détache pas de son téléphone portable. Les messages avec ses copines fusent pour prévoir des sorties aussi excitantes que clandestines.

En famille, les rapports avec sa mère (Ekavali Khanna) sont plutôt tendus. Avec papa (Adil Hussain) tout est plus tendre ; elle est sa princesse. Mais celui-ci n’est pas au courant de certaines de ses pratiques. Elle a effectivement pour habitude de fuir de chez elle le soir tombé via deux étages de balcons et un muret. Par cette même voie, le petit ami de Nisha la rejoint une nuit. Caresses modérément sensuels, baisers. Pour le plus grand malheur de tout le monde, le père débarque dans la chambre et, fou furieux, il éclate en tabassant le garçon.

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« Lady Bird », quand l’adolescence nous revient

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Je m’appelle Lady Bird. Je me suis baptisée moi-même. »

Dernière année au lycée catholique de Sacramento avant l’université. Christine (Saoirse Ronan), qui par acte de révolte se fait appeler Lady Bird, rêve d’étudier dans une grande université et de quitter sa ville miteuse. Elle veut plus ; plus de liberté, de bouleversements, d’éclatements, de passions. Encore vierge, elle éprouve un désir fou de connaître un amour bohème, mêlant la tendresse et la sauvagerie des romances les plus chaudes.
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« Pentagon Papers » : la liberté d’expression, ce bien commun

Les mercredis du cinéma – Nicolas Jutzet

Une nouvelle fois, Steven Spielberg voit et touche juste. En permettant à une thématique parfois oubliée de ressortir des cartons, il réveille non seulement des souvenirs mais vient alimenter une discussion ô combien actuelle. Tout tourne autour du Premier Amendement de la Constitution des États-Unis d’Amérique, qui interdit au Congrès d’adopter des lois limitant la liberté de religion et d’expression, la liberté de la presse ou le droit à « s’assembler pacifiquement ». Il est question de liberté et de lutte pour cette dernière. Après Il faut sauver le soldat Ryan, le voilà qui se penche au chevet d’un monde qui traverse aujourd’hui une crise profonde : la presse.

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Pologne, la tentation autocratique

Les lundis de l’actualité – Diego Taboada

Une nouvelle loi sur le rôle de la Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale fait polémique. Elle est représentative d’une tendance dans certains pays au sein de l’UE qui défendent la « démocratie illibérale » comme modèle alternatif. Alors que le danger pour la démocratie est réel, l’Union européenne peine à se faire entendre. Continuer la lecture de Pologne, la tentation autocratique