La liberté n’est pas gratuite

4 minutes de lecture
écrit par Yann Costa · 03 novembre 2026 · 0 commentaire

La liberté n’est jamais acquise. Entre héritage libéral, menaces politiques et nouveaux défis, pourquoi faut-il continuer à défendre ses fondements?

Le 4 juillet 2025, avec des collègues de cette revue, je parcourais Washington D.C. à l’occasion de la fête nationale américaine, lorsque je suis tombé sur une phrase qui ne m’a plus quitté. Au mémorial des vétérans de la guerre de Corée, quelques mots se détachaient d’un mur de granit noir: Freedom is not free («la liberté n’est pas gratuite»).

Pour un jeune Européen, il paraît presque naturel de pouvoir dire ce que nous pensons, nous associer à qui bon nous semble, choisir notre métier, créer, posséder, circuler, croire ou ne pas croire, rire, voter et contester ceux qui nous gouvernent. Ces libertés font tellement partie de notre quotidien qu’elles finissent par se confondre avec le décor. Elles sont pourtant le fruit d’idées qui, avant de devenir des institutions, ont dû être pensées et défendues.

Faut-il tolérer des opinions que nous jugeons choquantes? Qu’est-ce qui justifie la propriété privée? Jusqu’où une majorité peut-elle imposer ses choix aux individus? De John Locke à Karl Popper, de Benjamin Constant à Alexis de Tocqueville, en passant par Frédéric Bastiat, John Stuart Mill, Friedrich Hayek, Raymond Aron ou Milton 
Friedman, des générations de penseurs ont cherché des réponses à ces questions et à bien d’autres. Ils nous ont légué un vaste corpus intellectuel, devenu le socle sur lequel reposent les sociétés libres et ouvertes.

Le paradoxe du libéralisme

Cependant, un héritage que l’on ne comprend plus finit par s’oublier. De chaque côté de l’échiquier politique ressurgit aujourd’hui le risque de concentrer le pouvoir, de contrôler la parole ou de restreindre l’individu au nom d’intérêts collectifs.

A ces menaces s’ajoute un paradoxe propre au succès des sociétés libres. En émancipant l’individu, ces dernières lui permettent de se détourner de la politique pour entreprendre, travailler et s’occuper des siens. Beaucoup s’en accommodent, et c’est compréhensible: «Si l’on me laisse tranquille, pourquoi perdre mon temps avec la politique?»

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Précisément parce que les conditions qui permettent de vivre ainsi sont politiques. Une parole que l’on ne peut plus prononcer, une activité que l’on ne peut plus exercer, un bien dont on ne peut plus disposer… Petit à petit, la sphère privée devient toujours plus étroite et lorsqu’on s’en aperçoit, il est souvent trop tard. Ceux qui chérissent leur liberté doivent donc veiller à la préservation des conditions qui la rendent possible.

La liberté face au monde qui vient

Cette responsabilité ne se limite pas à réciter un catéchisme libéral. L’intelligence artificielle (IA), les bouleversements démographiques et les défis environnementaux posent des questions que nos prédécesseurs ne pouvaient pas anticiper. Comment les richesses se répartiront-elles si l’IA et les robots accomplissent l’essentiel du travail? Une société libre peut-elle le rester si ses citoyens ne partagent plus certaines valeurs communes? Comment concilier notre liberté avec les conséquences de nos choix pour les générations futures? Les réponses ne sont jamais écrites d’avance, et c’est précisément pourquoi il faut continuer à poser les bonnes questions.

Au moment de devenir rédacteur en chef adjoint du Regard Libre, c’est ainsi que je conçois la mission de cette revue. Là où Washington rend hommage à ceux qui ont payé de leur sang pour la liberté, nous assumons une tâche infiniment moins lourde, mais tout aussi importante: transmettre l’héritage intellectuel sur lequel se sont bâties les sociétés libres et le confronter aux réalités de notre temps. Cela exige de revenir aux principes sans s’y enfermer, d’observer le monde tel qu’il change et de soumettre nos propres convictions au test du réel.

Diplômé en économie et président de l’Association Café-philo, Yann Costa est rédacteur en chef adjoint du Regard Libre.

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