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Politique

Edito

L’extrême centre, définition4 minutes de lecture

par Jonas Follonier
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Jonas Follonier © Dessin de Nathanaël Schmid pour Le Regard Libre

En vantant l’idée d’un label qui distinguerait les médias «fiables» des autres, Emmanuel Macron a trahi une attitude autoritaire consistant à croire qu’un ou plusieurs individus auraient le monopole de la raison. La définition de l’extrême centre?

Il est des mots qui rassurent parce qu’ils donnent le sentiment d’un équilibre. Le «centre» en fait partie. Il évoque la mesure, la nuance, l’attention à chaque point de vue, le fait de puiser le bon dans tous les camps politiques. Des exigences que nous nous sommes toujours fixées ici même, tout en étant convaincus que le centre n’a pas le monopole de cette recherche de justesse. Ce n’est d’ailleurs pas parce qu’on s’autoproclame nuancé qu’on l’est. Pire, lorsque le centre se présente comme le seul espace du raisonnable, il devient autre chose: un extrême qui s’ignore. L’extrême centre.

L’idée, formulée le mois dernier par Emmanuel Macron, d’un label destiné à distinguer les médias fiables des autres en est une parfaite illustration. L’intention affichée se veut vertueuse: protéger le public des fausses informations, restaurer la confiance dans le journalisme, garantir une démocratie de qualité. Mais derrière cette façade consensuelle se dessine une vision dangereuse et vouée à l’échec: celle selon laquelle des individus – au sein ou hors de l’Etat – auraient la légitimité de définir pour les autres ce à quoi ils devraient accorder leur confiance.

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Cette conception repose sur une fiction: il y aurait, d’un côté, les acteurs de la désinformation, de gauche comme de droite; et, de l’autre, un espace impartial, où l’on respecte la déontologie.

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C’est là oublier que ce n’est pas la vérité qui sert le débat. C’est le débat qui sert la vérité. Rien de pire que la notion de «cercle de la raison»! Comme l’explique Yann Costa dans ce même numéro, distinguer faits et opinions comme s’il s’agissait de deux genres de contenus relève de l’erreur de catégorie. Les opinions  portent sur des faits présumés, qui justement doivent faire l’objet d’une discussion. C’est en laissant tous les avis s’exprimer, se contredire et s’enrichir qu’on permet à la connaissance, toujours provisoire mais de plus en plus solide, de progresser. En outre, labelliser des personnes ou entités comme étant «peu fiables», c’est les rendre attirantes pour les antisystèmes et a priori inintéressantes pour les autres, ce qui crée de la polarisation et dessert la dialectique nécessaire à la quête des faits.

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Il importe donc de laisser ouverte la confrontation des opinions, la concurrence des médias… et des labels! Comme c’est le cas par exemple en Suisse avec la diversité d’organismes délivrant des cartes de presse sur la base du respect des règles du métier.

Lors de son intervention, Emmanuel Macron a précisé que  ce ne serait pas à l’Etat de créer ce label, mais à des professionnels – tout en parlant bien d’un label au singulier. Se pose donc la question de savoir qui nommerait ou validerait ces professionnels, si ce n’est l’Etat. La branche elle-même, sur le mode de l’autorégulation? On retombe sur le risque d’une autorité fermée définie par un cercle influent, ne serait-ce que parce qu’il est majoritaire.

Pas de doute que dans son habituel sens du rétropédalage et du «en même temps», le locataire de l’Elysée pourrait souscrire à cette analyse et soutenir ainsi la seule pertinence de labels créés spontanément. Sauf que c’est déjà l’exacte situation actuelle, en France comme en Suisse… L’extrême centre, c’est aussi brasser du vent. Quand il y aurait tant d’autres choses à dire – et surtout à faire.

Diplômé en philosophie et journaliste de profession, Jonas Follonier est le fondateur et rédacteur en chef du Regard Libre.

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