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La tolérance, ce n’est pas tout accepter

Un article de Jonas Follonier paru dans Le Regard Libre N° 18

Dans la philosophie politique, une question mérite qu’on y porte toute notre attention, vu les situations inédites auxquelles sont confrontées nos sociétés occidentales actuelles. Un grand changement est survenu ces dernières décennies. Il ne s’agit pas de la technologie, vieille comme le monde, ni des bouleversements écologiques, eux aussi vieux comme le monde. Non, je veux parler du politiquement correct – et ne vous dites pas à ce stade que vous avez affaire aux propos d’un extrémiste de droite un peu simplet ; les lignes que vous lisez émanent d’un libéral.

Le politiquement correct est apparu à la suite de la Seconde Guerre mondiale. L’intelligentsia européenne, qui voulait se racheter du passé colonial, esclavagiste, impérialiste et raciste de l’Europe et qui ne pouvait plus trouver refuge dans le marxisme car il avait également montré son horrible visage, se tourna vers une idéologie qui était alors l’invention de quelques penseurs mais qui désormais fait presque l’unanimité : celle consistant à dire qu’il faut respecter toutes les croyances et tous les modes de vie. L’axiome sous-jacent est que toutes les civilisations sont égales. Lire la suite La tolérance, ce n’est pas tout accepter

Sous des allures d’humanisme, de la violence manifeste

Regard sur l’actualité – Jonas Follonier

Depuis plusieurs jours et même plusieurs semaines maintenant, la Place de la République, à Paris, est envahie d’une foule de révolutionnaires se donnant comme nom « Nuit Debout ». Leur mission ? Protester contre le capitalisme et prôner les valeurs humanistes.

Comme souvent, les bonnes intentions de la gauche bobo (ou bobette, si vous préférez) cachent en réalité un esprit intolérant et même totalitaire. Le 16 avril dernier, le philosophe Alain Finkielkraut s’est rendu à la manifestation avec son épouse afin d’observer de ses propres yeux ce qui s’y passe, sans le filtre des médias.

Qu’on soit d’accord ou non avec ses idées, personne n’aurait l’idée de contester le droit pour l’essayiste en question de se rendre sur cette place publique. Et pourtant… si les forces de l’ordre n’avaient pas été là, un académicien eût fini à l’hôpital. En effet, couvert d’insultes infondées et bousculé physiquement, Alain Finkielkraut fut chassé par les militants d’extrême gauche en cette nuit de printemps.

Une fois de plus, le monstre se montre : sous des couverts d’ouverture, un sectarisme outrancier ; sous des allures d’humanisme, de la violence manifeste ; sous le nom de démocratie, le fascisme. La tolérance n’est pas toujours là où on pense la trouver. S’il y avait un partisan des Lumières dans cette obscurité, c’est bien Alain Finkielkraut. S’il y avait un républicain sur la Place de la République, c’est bien Alain Finkielkraut.

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : (© Le Monde)

Pensées journalistiques (3/3)

Un article inédit de Loris S. Musumeci

Assurément, le délectable et fin art d’écrire n’a pas disparu. Comme nous l’évoquâmes tantôt, la Toile a détérioré la qualité du journalisme en général, néanmoins elle ne l’a de loin pas détruite. Au crépuscule d’une grandeur, on se prépare déjà à l’aurore d’une immensité. J’évoque une sentence personnelle au caractère typique pour proclamer l’espérance, parce que je crois profondément que, malgré un actuel affaiblissement amer de la pratique de la langue française, et cela se remarque jusque dans les journaux au quotidien, tout se prête à prendre conscience de ce défaut littéraire. Les amants du beau langage sauront tenter d’y remédier ; c’est d’ailleurs déjà le cas chez les véritables hommes de culture d’aujourd’hui. Il en va de même pour ce qui concerne l’engagement honnête et entier que l’on observa chez un Zola dreyfusard ou un Camus résistant. Existe encore, en effet, le philosophe qui serait prêt à donner sa vie pour ses idées, subissant une multitude de blâmes, mais quelques reconnaissances méritées et réconfortantes aussi. J’aimerais rendre hommage ici à un homme qui, face à des railleries constantes, sut humblement répondre avec grande justesse : « Je suis un homme amoureux, j’ai des amis que j’admire et un fils qui a prit son envol. Comme disait mon père : que demande le peule ? ». Ces paroles furent prononcées sur le plateau télévision de Des paroles et des actes du 21 janvier 2016 sur France 2, alors que l’on avait dit de lui, par provocation, qu’il aimait le malheur ; en d’autres termes, que ce n’était qu’un vieil aigri tourmenté, comme on a l’habitude de le désigner en ricanant. Il s’agit d’Alain Finkielkraut. Il me plairait de livrer ici un de ses articles qui, à la manière de nos deux articles historiques, témoigne d’un profond ancrage dans le débat d’idées enveloppé d’un style attentionné. Ce dernier parut dans le journal Libération du 9 septembre 2014. Notre philosophe s’immergea dans la plume du Président François Hollande. Voici l’intégralité de l’article : Lire la suite Pensées journalistiques (3/3)

Alain Finkielkraut, itinéraire d’un essayiste singulier

Article de Jonas Follonier paru dans Le Regard Libre N° 12

Alain Finkielkraut est né en 1949 de parents juifs polonais tous les deux rescapés de la Shoah. Naturalisé à l’âge de un an, il estime avoir une dette envers la France qui lui a permis, à travers l’école républicaine, de devenir français en recevant la culture de son pays d’accueil, et plus particulièrement la langue et la littérature françaises.

D’abord engagé en tant que maoïste puis en tant que gauchiste dans les années 60, Finkielkraut s’est toujours distingué du socialisme dans ce qu’il avait de subversif et de totalitaire. Il faut dire que sa vie intellectuelle ressemble à celle d’un de ses modèles, Charles Péguy, car, comme le dit Yann Moix en s’adressant à l’homme qui nous intéresse : « Péguy était socialiste tout seul, peut-être même le seul socialiste digne de ce nom pendant l’affaire Dreyfus, et comme Péguy a été récupéré par la droite et qu’il n’a jamais renié une ligne de son œuvre, vous vous identifiez un petit peu à lui. Parce que finalement dans son immobilité, il a eu toujours raison. »

A ses débuts, il publie deux ouvrages avec son ami Pascal Bruckner puis s’affirme comme essayiste à force de nombreux écrits, dont La défaite de la pensée fut le premier à avoir beaucoup de succès. Cet essai ainsi que les suivants, qui se comptent en dizaines, témoignent d’une profonde cohérence et bien qu’il n’ait pas vraiment érigé un système métaphysique comme l’ont fait Platon ou Descartes, Finkielkraut a néanmoins énoncé un certain nombre d’idées construites et argumentées. Lire la suite Alain Finkielkraut, itinéraire d’un essayiste singulier

Quelle joie d’être juif !

Le Regard Libre N° 12 – Loris S. Musumeci 

L’Histoire du peuple juif est, dans ses épisodes les plus marquants, connue plus ou moins de tous. Il est du domaine de la culture générale que de connaître, en partie en tout cas, le récit de la création avec ses deux acteurs humains que sont Adam et Eve, ou encore le fol amour fraternel – accompagné de ses quelques difficultés – de Caïn et Abel, l’arche de Noé, la piété d’Abraham, l’esclavage en Egypte, Moïse qui fendit la mer, le petit David qui fracassa le grand Goliath, la noble sagesse du roi Salomon, mais également les différentes diasporas, les réseaux européens de Juifs dans les grandes villes depuis le Moyen Age, les ghettos, les persécutions, et, dans un passé bien récent, la tragédie de la Shoah.

L’image du mur des Lamentations à Jérusalem ainsi que la situation instable entre l’Etat d’Israël et la Palestine sont souvent les premières pensées qui surgissent à l’esprit lorsque le mot « judaïsme » est prononcé. La figuration d’un barbu jouant du violon, kippa sur la tête est assez présente aussi ; on pense également rapidement, dans une culture cinématographique francophone, au sympathique Rabbi Jacob ou aux gaffes et habitudes caricaturées des hilarants protagonistes séfarades des films La Vérité si je mens ! de Thomas Gilou. Au-delà de ces anecdotes qui font allègrement sourire et les Juifs eux-mêmes et les « goyims » – les non-Juifs –, l’intérêt du présent article serait, dans une humble démarche de découverte culturelle et spirituelle, celui de réaliser un premier pas vers la connaissance de l’essence juive, en d’autres termes, étudier une des multiples faces de l’expérience de judéité.

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Edwy Plenel, le fou de l’égalité

Un article inédit de Jonas Follonier

La couverture de l'ouvrage

Pour les musulmans. Puisqu’une personne m’a incité à le lire, je l’ai lu. Je n’en avais pas l’intention, certain de connaître déjà le contenu de l’essai avant de l’ouvrir. Néanmoins, la lecture fut agréable car les thèmes abordés m’ont beaucoup intéressé, et je remercie Edwy Plenel d’avoir pu faire ressurgir en moi de grandes réflexions et de m’avoir inspiré cet article.

Commençons tout de suite avec le premier passage qui m’a interpellé, à savoir le quatrième chapitre, où l’auteur affirme que nier l’égalité des civilisations, c’est la porte ouverte à la ségrégation, à la colonisation et à l’extermination. Il base sa réflexion sur un petit scandale qui a lieu à l’assemblée nationale début 2012 (remarquons par là que la droite était en campagne pour la présidentielle). Le ministre Guéant ose revendiquer une inégalité des civilisations. Or, dire que « toutes les civilisations ne se valent pas », cela ne revient pas à dire qu’il y a des civilisations supérieures et des civilisations inférieures et qu’il faut donc éteindre les secondes ! La première affirmation, que je soutiens, rappelle que les civilisations (on peut reporter le débat sur les êtres humains) ne sont pas interchangeables : elles sont différentes. Et c’est cette pluralité de cultures, de langues, de peuples, qui fait que l’on ne pourrait comparer l’une à l’autre. On peut sans doute trouver quelque chose d’admirable dans toute civilisation, mais jamais sur le même plan, jamais en même temps et sous le même rapport. Jusqu’à preuve du contraire, la démocratie n’est pas née sur le continent asiatique, mais bien sur les terres éblouissantes de la Grèce antique. De même, pour rester chez les Hellènes, c’est eux qui ont introduit en premier des voyelles dans un alphabet, ce qui est, comme l’écrit le Dr James Gow, « l’une des raisons de la supériorité du grec sur ces langues [sémitiques] comme instrument de civilisation et de progrès. » Ces vérités suffisent à expliquer que selon les valeurs considérées, selon l’optique choisie, nulle civilisation n’est égale à une autre. Ce serait les blesser que de défendre pareille aberration. Lire la suite Edwy Plenel, le fou de l’égalité