Archives du mot-clé jours fastes

« Le désert… c’est comme l’idée de l’éternité », mars 1970 – août 1979

Le Regard Libre N° 27 – Loris S. Musumeci

Jours fastes (6/6)

Riches et profondément attachants que ces Jours fastes s’étendant de 1942 à 1979. La correspondance des deux époux écrivains Corinna Bille et Maurice Chappaz s’achève dans les parfums d’Afrique et les couleurs d’Asie par le cinquième chapitre : « Le désert… c’est comme l’idée de l’éternité » (1970 à 1979).

L’Afrique post-familiale

« Mais le désert, Maurice, le désert… c’est comme l’idée de l’éternité qu’on ne peut comprendre avant de la vivre. »

Telle est la première impression marquante du voyage de Corinna vers l’Afrique. Le désert. Contemplé dans l’éternité d’un regard ébloui au hublot. L’aventurière n’est pas au bout de ses surprises. Elle a encore tout à découvrir du nègre continent. De plus, les retrouvailles avec son fils Blaise, établi à Abidjan pour le travail, ne sont qu’un prétexte trop heureux. Lire la suite « Le désert… c’est comme l’idée de l’éternité », mars 1970 – août 1979

« Je te souhaite d’être heureux dans tes solitudes », mars 1958 – décembre 1969

Le Regard Libre N° 26 – Loris S. Musumeci

Jours fastes (5/6)

Embarras, incertitudes et lassitudes pétrissent les missives de Corinna Bille et Maurice Chappaz. Tout particulièrement celles du quatrième chapitre de Jours fastes, « Je te souhaite d’être heureux dans tes solitudes », présentant les échanges de 1958 à 1969. Reste, pour la gloire de l’amour, une partie majeure d’affection et de tendresse entre les deux écrivains. Dans un langage toujours aussi vrai ; à eux la parole.

Tourments laboureurs

« Je crois que j’arriverai à sortir des embarras financiers.
Je pense à toi chaque jour. J’espère arriver à une époque où tu seras déchargée. Je n’ai pas toujours de la patience, certes mais je me laisse prendre par les soucis, les obsessions lorsque je ne peux pas retrouver la joie dans la poésie, dans l’écriture.
Mais tu es toujours en moi comme ma plus belle certitude.
Je t’embrasse ainsi que les petits.
Maurice »

C’est un Maurice bien angoissé qui se retrouve tout au long de cette partie de correspondance. Il n’en désire pas moins des lendemains plus sereins, dans une confiance ardente. Lire la suite « Je te souhaite d’être heureux dans tes solitudes », mars 1958 – décembre 1969

« Je suis capable de créer une oeuvre très belle », avril 1950 – octobre 1957

Le Regard Libre N° 25 – Loris S. Musumeci

Jours fastes (4/6)

La famille s’agrandit par l’arrivée de Marie-Noëlle, la petite dernière. Et ce n’est pas tout. « Je suis capable de créer une œuvre très belle », le troisième chapitre de Jours fastes, rendant compte du courrier de 1950 à 1957, ouvre la porte à de nouveaux joyaux littéraires. Corinna Bille et Maurice Chappaz échangent toujours davantage sur leurs lectures. Aussi, ils entament une sublime correspondance voyageuse. A savourer sans retenue ; en laissant place aux paroles mêmes des deux écrivains.

La famille, des soucis aux douceurs

« Quel adorable compagnon cet Achille. Pas un instant, il m’embête. Il dort, il mange, il joue, c’est un rêve. Il est toujours content de tout. Aujourd’hui, je l’ai promené le long du bisse jusqu’à Plan-Praz. Quelle joie pour lui de taper dans l’eau avec un bâton, de jeter des petits cailloux, de toucher les réservoirs – Je m’asseyais sur l’herbe et je regardais les touffes bleues de gentianes. Mais sois tranquille, je ne perds pas de l’œil Achille, même si je travaille à côté. Ne t’inquiète pas. »

Après Blaise, l’aîné, la progéniture continue par la naissance d’Achille, en 1948. Ce dernier est accueilli avec moins d’angoisse que le premier. Corinna est désormais rodée. Elle réussit à concilier, avec plus ou moins d’aisance, maternité et écriture. Lire la suite « Je suis capable de créer une oeuvre très belle », avril 1950 – octobre 1957

« Ces enfants déjà, avant le vrai », janvier 1944 – automne 1949

Le Regard Libre N° 24 – Loris S. Musumeci

Jours fastes (3/6)

Le chemin heureux et tortueux de Corinna Bille et Maurice Chappaz continue. Le deuxième chapitre, « Ces enfants déjà, avant le vrai », s’étalant de janvier 1944 à l’automne de 1949, connaît la fécondité littéraire, conjugale et parentale du couple. Comme dans le dernier épisode, l’article se base et se concentre sur les mots des deux écrivains eux-mêmes, riches de leur généreuse correspondance.

Blaise, l’enfant-joie

« Le tocson de Sierre qui apporte les express vient de frapper, et j’ai la grande joie de recevoir ta lettre. Une immense joie. Merci cher Maurice. Oui, j’ai confiance. Par moments un peu d’angoisse mais j’arrive à la dominer. Physiquement : très bien, malgré un certain écœurement latent. Ma mine est excellente et Mamita me dit que je n’ai jamais été aussi belle, aussi fraîche que ces derniers jours. »

Corinna est enceinte. Avec sa mine « excellente », elle vit une agréable grossesse, bien que Maurice soit toujours aussi absent. Relativement isolée à Lausanne pour éviter que la situation de mère-célibataire ne choque en Valais – les deux écrivains ne sont encore pas mariés –, elle songe en douceur, avec un brin d’inquiétude, à cet enfant qui naîtra.

« Une nuit, j’ai rêvé que c’était un garçon et il avait une si jolie petite nuque avec le creux. Cela m’émouvait beaucoup, mais j’avais peur de le toucher, de ne pas savoir le manier… » Lire la suite « Ces enfants déjà, avant le vrai », janvier 1944 – automne 1949

« Nous sentons déjà les battements de notre cœur impatient », février 1942 – décembre 1943

Un article de Loris S. Musumeci paru dans Le Regard Libre N° 23

Jours fastes (2/6)

Suite à l’entretien de novembre 2016 avec Pierre-François Mettan pour ouvrir la présente série, Jours fastes est présenté ici sous son premier chapitre : « Nous sentons déjà les battements de notre cœur impatient ». Cette partie s’étend du 8 février 1942, treize jours après la rencontre des deux écrivains, au 30 décembre 1943. Corinna Bille et Maurice Chappaz commencent à s’écrire pour la vie, continuellement, se racontant les banalités quotidiennes, les misères du monde, les amertumes de leurs douces amours ainsi que les joies familiales, jusqu’en 1979, année du décès de la conjointe. Cette correspondance a le rare prestige d’être complète car elle recouvre, dans un style délicieux, les questions tant amicales qu’amoureuses, littéraires ou voyageuses du couple. Il est donc moins opportun de relater les faits biographiques que de s’arrêter sur la variété du type de propos et d’en apprécier l’écriture soignée. C’est à la découverte des plus beaux et intéressants passages parsemés dans les lettres des deux amants, que cet article est consacré.

Fatigue et paix pour un amour particulier

« Bientôt quand d’absurdes événements d’un monde que nous ne voulons pas connaître auront pris fin… nous sentons déjà les battements de notre cœur impatient. »

Corinna Bille et Maurice Chappaz, bien que protégés par les frontières helvétiques, se connaissent dans un contexte guerrier. Celui-ci n’est pas le principal contenu de ces deux premières années de correspondance, et pourtant, discret, il se ressent, surtout chez Maurice qui est plus concerné par l’affaire, mobilisé comme lieutenant dans l’infanterie de montagne. « Nous sentons déjà les battements de notre cœur impatient » fut choisi pour titre de cette première partie : la guerre y est dénoncée, l’amour finement suggéré. En ce début d’échange épistolaire, les deux jeunes ne se sont effectivement pas encore révélés leur flamme. Il y a alors un mot qui marque toute la séduction masculine : « notre cœur ». Aux yeux de l’amoureux, ils ne sont qu’un. Que leur poitrine commune batte au rythme des bombes, c’est bien l’un de ces « absurdes événements » qu’il vaudrait mieux ne point connaître. Ce qui importe réside néanmoins dans l’unicité même de ce cœur, promise ici par Maurice. Les difficultés toqueront, parfois violemment, à la porte des éternels vieux amants. Envers et contre tout, ces derniers marcheront cependant, s’avouant leurs respectives faiblesses, leurs mutuels espoirs. Lire la suite « Nous sentons déjà les battements de notre cœur impatient », février 1942 – décembre 1943

Dans l’intimité de Corinna Bille et Maurice Chappaz (Rencontre avec Pierre-François Mettan)

Le Regard Libre N° 22 – Loris S. Musumeci

Par cet entretien littéraire, nous ouvrons une série de six épisodes se penchant sur la correspondance des deux écrivains valaisans Corinna Bille et Maurice Chappaz, publiée cette année aux éditions Zoé sous le titre : Jours fastes, Correspondance 1942 – 1979. Pierre-François Mettan, professeur de français et d’anglais au Collège de l’Abbaye de Saint-Maurice, a travaillé durant quatre ans à la réalisation de cet ouvrage épistolaire d’une richesse unique. Passionné de littérature, il connaît les deux auteurs comme ses propres parents. Nous ne pouvions alors que le rencontrer.

Loris S. Musumeci : Quel désir vous a poussé à vous pencher sur la correspondance entre Corinna Bille et Maurice Chappaz ?

Pierre-François Mettan : Tout a commencé lorsque j’étais étudiant au Collège de l’Abbaye de Saint-Maurice. Mon professeur avait invité Maurice Chappaz. Sa rencontre fut extrêmement marquante. Cet homme joyeux, volubile, s’intéressait à nous. Maurice Chappaz était alors en rupture avec différentes institutions, notamment avec le Nouvelliste ; ce qui fit que nous le prîmes en sympathie. Avez-vous d’ailleurs le souvenir du « Vive Chappaz ! » peint sur la façade d’une falaise à Saint-Maurice ? Des étudiants de ma classe (promotion de 1976) avaient volé des pots de peinture à la police, le premier avril, pour inscrire ce cri du cœur visible depuis la ville. Tous les journaux suisses en avaient parlé ! Voilà comment j’ai commencé à connaître, lire et aimer Maurice Chappaz. Par la suite, la figure de Corinna Bille m’a aussi passionné. On me demande lequel des deux je préfère. Je dois vous avouer que j’apprécie autant l’un que l’autre. Ils sont très différents. Maurice, c’est un poète. Tout ce qu’il dit a du poids dans la réalité, dans sa propre vie. Corinna quant à elle est toujours dans la fiction ; elle raconte des histoires et s’intéresse à d’autres vies que la sienne. Il est, à vrai dire, intéressant de comparer leurs manuscrits pour comprendre leurs différences de genre et de style. Le premier a une petite écriture, ses textes sont remplis de corrections et de rajouts. La seconde écrit d’un seul trait ; son écriture glisse et coule, elle va de l’avant spontanément. Lire la suite Dans l’intimité de Corinna Bille et Maurice Chappaz (Rencontre avec Pierre-François Mettan)