Archives du mot-clé médias

Les médias à l’ère du numérique

Le Regard Libre N° 29 – Nicolas Jutzet

Le débat est émotionnel. Souvent idéologique. Ravivé par l’élection de Donald Trump et par le focus placé sur les « fake news », la question revient régulièrement : quelle place réservera l’évolution technologique à la presse ? Dans la plupart des cas, ces inquiétudes liées à l’avenir de la presse sont rapidement suivies par une demande d’intervention accrue de l’Etat. Sous couvert de bonne volonté, d’intentions louables, ces injonctions cachent souvent un paternalisme regrettable. Toujours est-il que la branche est aux pieds du mur et qu’elle doit trouver des nouvelles solutions pour le franchir.

Anachronique, la situation actuelle est intenable

La science économique justifie l’intervention de l’Etat dans un secteur par l’existence d’un monopole naturel et/ou d’un bien public. Un monopole naturel peut exister en raison de la structure d’un marché. Par exemple, s’il permet des économies d’échelle croissantes (un produit supplémentaire coûte moins cher à produire que le précédent) ou s’il existe des barrières à l’entrée (impossible pour un concurrent d’ « entrer » dans le marché, ou alors juste dans une « niche »). Ces barrières peuvent être règlementaires, techniques ou encore géographiques. Lire la suite Les médias à l’ère du numérique

Succession de Didier Burkhalter : l’illusion du jeunisme

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

A chaque fois qu’une place se libère dans notre collège, le Conseil fédéral pour les intimes, une liste allongée de critères apparaît dans les médias qui se passionnent pour un événement somme toute très peu intéressant pour le grand public : le choix d’un haut-fonctionnaire par une assemblée d’élus.

Et cette liste, arbitraire au possible, s’appuie en partie sur un article de notre chère Constitution, Art. 175 alinéa 4 : « Les diverses régions et les communautés linguistiques doivent être équitablement représentées au Conseil fédéral ». Vous avez dit vague ? Mais d’autres font partie de l’équation : égalité des sexes, capacité à gouverner, provenance géographique, connaissance de la politique fédérale. Les élus, qui défendent le « bien commun », n’aiment pas élire un externe, un gueux qui préfère agir dans son canton, ou pire, en dehors du monde politique. Corporatisme quand tu nous tiens.

Circonspect face à tant de niaiserie, j’ai toujours rêvé d’une élection en fonction des compétences, du talent, du curriculum vitae. Mais cela est très peu suisse apparement. Karin Keller Suter et Thomas Aeschi, pour prendre des exemples récents, « lassen Grüssen » comme disent nos amis outre-Sarine. Pas de tête qui dépasse, surtout pas. Lire la suite Succession de Didier Burkhalter : l’illusion du jeunisme

Le paradoxe du succès de Jean-Luc Mélenchon

Regard sur l’actualité – Jonas Follonier

C’est le nouveau rebondissement qui s’ajoute à cette campagne présidentielle hors du commun. Devancé par Benoît Hamon il y a quelques semaines, Jean-Luc Mélenchon est désormais le troisième homme dans la course à l’Elysée (de 18% à 20% selon les sondages), derrière les deux favoris Marine Le Pen et Emmanuel Macron qui peinent à se maintenir à leur hauteur et devant François Fillon qui se situe à environ 17%. Bien que les sondages – cela s’est avéré ces derniers temps – peuvent être démentis le jour de l’élection, ils donnent néanmoins de bonnes indications sur la tendance du moment.

Cette tendance, nous pouvons la comprendre. Jean-Luc Mélenchon mène en effet une campagne très intelligente, et plusieurs éléments semblent susceptibles d’expliquer sa rapide remontée. Tout d’abord, sa constance et sa précision : tenant le même discours depuis le début de la campagne, Mélenchon est le premier à avoir présenté son programme aux Français et à l’avoir chiffré. Sa franchise aussi. S’il s’avère impossible de sortir d’une manière ou d’une autre des traités européens, son plan B est clair : la France quittera l’Union européenne. Sur ces sujets, la candidate frontiste est par exemple plus ambiguë. Lire la suite Le paradoxe du succès de Jean-Luc Mélenchon

Le vrai drame du PenelopeGate : les médias

Regard sur l’actualité – Jonas Follonier

Les Français, dit-on, en ont marre de ces histoires de corruption, d’utilisation de la politique à des fins privées. Peut-être bien. Et à juste titre. Mais les Français en ont aussi marre que les médias ne recherchent que les « scoops », les affaires suffisamment grosses pour outrer les lecteurs, les téléspectateurs, les auditeurs. Surtout quand les scandales de ce type sortent comme par hasard à chaque campagne présidentielle.

L’affaire du PenelopeGate, en plus, ne paraît pas bien grave : on reproche à un politicien parmi d’autres d’avoir à une certaine époque utilisé l’argent du contribuable pour rémunérer son épouse en tant qu’assistante parlementaire. Deuxième attaque : l’emploi en question pourrait avoir été fictif. C’est vrai qu’alignés l’un à côté de l’autre, ces éléments font frémir le citoyen lambda.

Mais c’est oublier que le premier point soulevé est légal (et on se demande comment il pourrait être immoral), à savoir que Fillon a employé sa femme pour l’aider dans ses tâches de parlementaire. C’est oublier également que le deuxième point soulevé est purement hypothétique : il n’a pas été prouvé que nous avons affaire à un emploi fictif. Nous nous trouvons donc dans l’univers de la sensation, de l’accusation imaginative. Lire la suite Le vrai drame du PenelopeGate : les médias

Personne n’a le monopole du populisme

Regard sur l’actualité – Nicolas Jutzet

J’ai donc, comme beaucoup, passé ma nuit de mardi à mercredi scotché devant CNN et les magnifiques explications de John King tapotant de manière effrénée sur son écran tactile qui permettait de découvrir les résultats en détail. Décidément, quel spectacle… Il faut dire que le scénario fut passionnant. Passer d’une élection quasi assurée de la candidate « mainstream » appréciée de tous les médias, au doute, puis à l’élection de Trump et enfin à son discours empli de bon sens et de sagesse. Impossible de s’endormir devant pareille tragédie. Et que dire de ce qui suivit. Que de réactions outrées, horrifiées, exagérées et souvent fausses. Quel amoncèlement de bêtises, de niaiseries et de jérémiades insupportables. En lisant la presse, notamment française, je découvris qu’un horrible candidat populiste venait de l’emporter, nous faisant basculer dans une nouvelle ère. Comme si le populisme venait de naître et de s’imposer.

Les mêmes qui aujourd’hui donnent des leçons à l’Amérique, sans la connaître, après en avoir donné aux Britanniques suite au Brexit, usent pourtant des mêmes armes que celles déployées par Trump tout au long de sa campagne. S’il vous plaît, qui annonçait une chute de la bourse suite à son élection (la bourse a fini sur un record le jour suivant son élection, sûrement parce que contrairement à vous, certains avaient lu son programme) ? Qui encore prédisait pareil sort à la Grande-Bretagne en cas de Brexit ? Qui encore s’est par exemple fait élire en France sur le slogan « mon ennemi, c’est la finance » ? Qui encore, dans des accès de démagogie à peine croyable, ose proposer des salaires minimaux, des loyers encadrés, des caisses uniques, des RBI, ou des semaines à 25 heures en venant ensuite nous expliquer qu’ils abjurent le populisme ? Lire la suite Personne n’a le monopole du populisme

Le scandale des médias

Le Regard Libre N° 20 – Jonas Follonier

S’il y a bien une grande erreur que commettent les médias aujourd’hui, c’est la manie consistant à raconter en long et en large le parcours et l’identité des terroristes.

En effet, le jour même où un attentat a été commis, les journalistes d’investigation, soucieux de gagner leur salaire auprès du service public ou parfois de leur employeur privé, s’empressent d’aller piocher le nom du coupable ainsi que ses informations générales (lieu d’habitation, origine, casier judiciaire, …) Je vais peut-être en surprendre plus d’un, mais qu’a-t-on à faire ne serait-ce que de son nom de famille ? Lire la suite Le scandale des médias

L’invasion des individualités

Un article de Sébastien Oreiller paru dans Le Regard Libre N° 14

Umberto Eco n’est pas encore froid que déjà, sur Facebook et autres Twitter, fleurit la désormais célèbre citation : « Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d’imbéciles qui, avant, ne parlaient qu’au bar, après un verre de vin et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite alors qu’aujourd’hui, ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel. C’est l’invasion des imbéciles ».

Si vrai et pourtant si paradoxal ! Les amateurs de réseaux sociaux eux-mêmes reconnaîtraient la vacuité de leur Moi exacerbé ? La parole au peuple, pour le peuple, contre le peuple, cela ne semble néanmoins pas déranger les manipulateurs de tous bords, les saboteurs et autres populistes ; en témoignent certains UDC (mais cela est également vrai pour les révolutionnaires de gauche), s’offusquant pour un tout et pour un rien, par exemple contre un pape qui ne leur a fait aucun mal, sinon de prôner la paix. « Ce n’est pas mon pape ! » Toujours ce moi, toujours autant peu d’intérêt intellectuel, surtout quand il s’agit d’un message aussi universel que celui de François. Chacun s’invite sur le net ; même Le Regard Libre y est ! C’est peut-être pour cela que nous essayons, peu à peu, de passer au papier, une avancée que d’aucuns qualifieraient de régression, mais pour nous une légitimité que les pixels de notre écran ne possèdent pas. Quoi qu’il en soit, le flot continuel de toutes les individualités, aussi (in)intéressantes soient-elles parfois, est devenu incontournable. Pour lui donner une raison d’être, les constructivistes l’appelleront « arène de socialisation ». Amen ! Enfin soit… Lire la suite L’invasion des individualités