Les tensions autour de la crise au Venezuela progressent

Les lundis de l’actualité – Clément Guntern

La question migratoire semble bientôt s’imposer un peu partout sur le continent américain. Du nord au sud, des mouvements de populations fuyant la misère et parfois l’oppression – ou les deux – tentent de gagner l’autre côté de la frontière. Les Etats-Unis, depuis longtemps confrontés à la problématique, ne sont plus désormais les seuls à devoir gérer des migrants et tous les soucis qui les accompagnent. Deux foyers d’instabilités se sont développés depuis le début de l’année. Tout d’abord, le Venezuela qui, depuis quelques années déjà, ne sort plus de la spirale de la crise économique et de la répression. La folie des matières premières dont les prix ont chuté, les sanctions américaines contre le régime soit-disant « bolivariste » et l’isolement du pays sur la scène régionale ont favorisé le chômage, l’inflation et les désordres. Et comme dans chaque régime autoritaire, ce que le Venezuela est en réalité, lorsque la population proteste, on la réprime. De plus, au Nicaragua, le couple Ortega s’accroche au pouvoir et ne transige pas face à l’opposition qu’elle affirme être contrôlée par les « impérialistes ».

Dès lors, le célèbre mélange d’instabilité politique et de crise économique pousse toujours plus de personnes sur les routes afin de trouver refuge dans un pays voisin ou plus éloigné s’il le faut. Plus de 2,3 millions de Vénézuéliens selon l’ONU ont fui leur pays, principalement pour la Colombie voisine mais aussi vers l’Equateur, le Pérou, le Brésil et bientôt l’Argentine. Les Nicaraguayens, eux, tentent leur chance vers le Costa Rica ou bien plus au nord vers les Etats-Unis. L’arrivée soudaine et parfois massive de nouveaux venus dans un pays provoquent immanquablement, et nous en savons quelque chose en Europe, des tensions avec la populations locale. Ce dimanche, suite à la présence grandissante des migrants et aux heurts avec la population, Brasilia a décidé d’envoyer des militaires pour calmer la situation sur les villes proches de la frontière. De même en Equateur ou au Pérou où l’on a durci les conditions d’entrée des migrants.

Les problèmes internes que traversent le Venezuela et le Nicaragua sont en passe de d’accroître les frictions avec leurs voisins pour se transformer en problème régional. Récemment, la tentative d’assassinat du président Maduro n’a pas contribué à calmer la situation. Accusant immédiatement son voisin colombien, le président vénézuélien ne fait qu’aviver les tensions déjà présentes à la frontière entre les deux pays. En effet, l’armée vénézuélienne s’est déployée face à son voisin qu’elle accuse depuis les années Chavez de soutenir les guérillas sur son territoire. Un pays en grave crise interne qui accuse ses voisins et ses ennemis comme les Etats-Unis de vouloir leur perte aurait intérêt, nous enseigne l’histoire, à déplacer ses problèmes domestiques vers l’extérieur. Une guerre, ouverte ou latente, même si elle semble encore éloignée, reste une possibilité pour un régime à bout de souffle.

Un conflit serait évidemment très mal venu dans une Amérique latine qui a eu tant de peines à se sortir des années de dictature. Au Chili comme en Argentine, on tente toujours d’effacer les restes des années noires ; en Colombie, un accord de paix avec les guérillas révolutionnaires reste dans l’air et Cuba tente de normaliser ses relations avec ses voisins. D’une manière générale, le continent tente lentement de combattre la pauvreté qui l’avait depuis si longtemps caractérisé. Un régime en grande difficulté ne doit impérativement pas mettre fin à cet élan et à l’espoir de jours meilleurs de beaucoup de Sud-américains.

Ecrire à l’auteur : clement.guntern@leregardlibre.com

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