La solution de l’économie circulaire

Le Regard Libre N° 55 – Jérémie Bongiovanni

Aujourd’hui, la plupart des entreprises doivent vendre un maximum de leurs produits pour générer des gains. Afin de vendre des quantités plus importantes, celles-ci vendent alors des produits avec un durée de vie limitée, tels que des iPhones qui ne fonctionnent plus après quelques années ou des bas pour femmes qui s’avèrent être faits pour se déchirer rapidement. L’économie linéaire actuelle génère, par les incitations qu’elle engendre à produire énormément, des quantités importantes de déchets. Chaque Suisse, en particulier, produit plus de 700 kilos de déchets par an. Une alternative semble se dessiner actuellement: l’économie circulaire.

De l’économie linéaire à l’économie circulaire

Il est indéniable que le mode de production linéaire qui domine actuellement a un prix: celui d’épuiser de nombreuses ressources naturelles à un rythme élevé. En effet, le coût que représente l’épuisement de ces dernières, la dégradation de la biodiversité ainsi que les autres formes d’impact sur le climat, n’est porté pour l’instant par personne en particulier. Les coûts de l’influence de l’homme sur le climat sont pour l’instant répercutés de manière non monétaire sur la société actuelle, voire sur les générations futures. Cette inefficacité – liée au fait que le pollueur ne paie que rarement pour les dégâts qu’il cause – est un désastre pour les futures générations.

Pour proposer une alternative à cette production très coûteuse, l’économie circulaire a pour but de ne rien laisser se perdre et de ne pas générer des déchets sans valeur ou toxique. La Fondation MacArthur définit les effets de l’économie circulaire comme suit:

Les potentielles difficultés de l’économie circulaire

L’économie circulaire n’est pas une fin en soi, tout comme l’économie linéaire ne l’est pas non plus. Afin d’assumer son rôle au mieux, l’économie circulaire doit avoir pour compas l’efficacité écologique. Il lui faut pour cela pouvoir mesurer ses résultats, principalement écologiques, sociaux et économiques, afin d’atteindre des objectifs définis clairement à l’avance. Bien que l’écologie incarne désormais le politiquement correct, les experts mettent en garde contre un simple greenwashing consistant à mettre en place une économie circulaire, même lorsqu’elle est inefficace.

De plus, un produit rendu plus écologique ne présente pas nécessairement uniquement des avantages. En effet, cela peut le rendre plus attractif aux yeux des consommateurs. La demande pour celui-ci risque alors d’augmenter. Et si la demande augmente de manière surproportionelle, le bilan écologique peut alors se révéler moins bon que précédemment, quand la demande était moins grande. On parle alors d’effets de rebond.

Finalement, il est nécessaire de considérer les répercussions écologiques, sociales et économiques d’un projet d’économie circulaire. Il ne s’agit pas de produire de manière circulaire autant de biens que possible, en se laissant influencer par le biais selon lequel tout recyclage est efficace et positif pour l’environnement. L’exemple du PET illustre l’évolution des techniques de recyclage. Au début des années 2000, une nouvelle technologie a permis de fabriquer des bouteilles à partir de matière entièrement recyclée.

Le potentiel de l’économie circulaire en Suisse

Le cœur du projet de l’économie circulaire consiste dans l’idée de protéger l’environnement tout en préservant le paradigme de la croissance économique. Cette révolution dans notre vision de la production demande un effort particulier afin de créer des conditions optimales pour que la Suisse puisse accueillir des idées permettant de mettre fin à la corrélation positive entre quantité de ressources et production de biens. Cette nouvelle forme de production demande des investissements importants aux entreprises qui doivent repenser leurs processus de production. De leur côté, les consommateurs doivent être prêts à payer un prix plus élevé pour ces nouveaux produits de l’économie circulaire. Il faut donc que le législateur prenne soin de ne pas compliquer la tâche de ces entrepreneurs et s’occupe de créer des conditions fiscales et technologiques favorables à ces développements.

La Suisse a comme petit pays un rôle probablement moindre à jouer dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre au niveau global. Cependant, elle doit assumer son rôle de leader en ce qui concerne l’innovation technologique qui permettra de résoudre de nombreux problèmes auxquels nous faisons face aujourd’hui. Voilà donc ce que l’on peut attendre des personnes qui seront élues en octobre prochain à l’Assemblée fédérale. Que ces dernières soient conscientes des possibilités qui existent en dehors du monde politique – et qui répondent toujours mieux à un problème qu’un projet de loi – et les encouragent.

Ecrire à l’auteur: jeremie.bongiovanni@leregardlibre.com

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