Une introduction à la complexité des racines américaines
L’ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin. Dessin de Nathanaël Schmid
Dans sa chronique, l’ancien conseiller fédéral Pascal Couchepin partage une lecture qui l’a marqué. Ce mois-ci, à travers James de Percival Everett, il explore l’origine des Etats-Unis.
«Je connais bien les Etats-Unis, j’y ai travaillé plusieurs années.» Cette phrase qu’on entend à la télévision, dans la bouche de commentateurs appelés à se prononcer sur l’Amérique, le président Trump, l’évolution politique et économique de ce pays, me laisse songeur. Même un long séjour professionnel dans ce pays fait-il de vous un expert capable de saisir toutes les facettes de la réalité américaine? Ce pays est immense, même s’il n’atteint pas la dimension de l’empire russe. Il est issu de multiples immigrations, volontaires ou forcées. Son histoire est complexe. Son économie le transforme constamment.
L’Or de Blaise Cendrars se passe dans la seconde moitié du XIXe siècle en Californie, là où règnent actuellement les géants de la technologie. La littérature peut-elle nous aider à mieux comprendre les Etats-Unis?
C’est la question, restée sans réponse sûre, que je me suis posée en achevant la lecture de James de Percival Everett. Le héros de ce roman est un esclave noir, vivant dans un Etat du Sud, à l’époque du début de la guerre de Sécession qui opposa dans un conflit sanglant, de 1861 à 1865, les Etats esclavagistes du Sud aux Etats anti-esclavagistes du Nord. Mais James n’est pas un roman sur la guerre, même si ses protagonistes savent qu’elle se déroule à proximité, de l’autre côté du grand fleuve Mississippi.
A lire aussi | Le Regard Libre aux Etats-Unis
James raconte quelques mois de la vie d’un esclave d’une trentaine d’années probablement, qui choisit la fuite parce qu’il a appris que ses maîtres avaient l’intention de le vendre, le séparant ainsi définitivement de sa femme et de sa fille. Il est rejoint, par hasard, par un jeune Blanc qui, lui, fuit un père qui le traite avec une haine et une brutalité inexplicables. Les deux fuyards se connaissent et ont, l’un à l’égard de l’autre, une certaine amitié. Mais James ou Jim – le prénom d’un esclave n’est pas défini – est esclave et cela crée une différence fondamentale. Le duo fuit en se laissant emporter par le fleuve au gré des circonstances.
On a dit de ce roman qu’il était picaresque. Ce qui est vrai par la multiplication des aventures que vivent les deux fuyards menacés par des affiches qui mettent à prix la récupération de l’esclave. James y échappe grâce à ce qu’il a appris secrètement, par lui-même, dont la langue des Blancs, différente de celle des esclaves. Il sait même lire et écrire, ce qu’il cache, car si on le découvrait, son lynchage serait certain. Un esclave instruit, sans que cela soit utile à ses maîtres, est un dangereux rebelle qui mérite la mort, pour sauver le système. Les esclaves sont dressés, comme des animaux, à l’obéissance. Le fouet vient leur rappeler leur situation.
A lire aussi | La Suisse, une simple carte postale vue des Etats-Unis
La fin du roman est-elle un happy end, comme dans les films de cowboys? Le lecteur se fera son opinion, car les derniers chapitres du livre sont riches en rebondissements qui éclairent quelques-unes des questions qui naissent à sa lecture.
Lire James ne fait naturellement pas du lecteur un connaisseur de l’Amérique, mais il vous introduit à la complexité des racines historiques des Etats-Unis d’Amérique du XXIe siècle.
Pascal Couchepin, ancien conseiller fédéral, partage chaque mois une lecture qui l’a marqué. Vers ses précédentes chroniques.
Vous venez de lire une chronique tirée de notre édition papier (Le Regard Libre N°124).

Percival Everett
James
Ed. de l’Olivier
Août 2025 (février 2024 en anglais)
Trad. par Anne-Laure Tissut
288 pages
Laisser un commentaire