Cinéma Liberté dans l'objectif

Bientôt sur vos écrans: «Opération Epic Fail»

5 minutes de lecture
écrit par Jocelyn Daloz · 15 mai 2026 · 0 commentaire

A l’heure où «l’excursion» en Iran de l’armée américaine est en train de faire passer George W. Bush pour un stratège lucide, j’entrevois déjà la prochaine comédie politique hollywoodienne.

J’ose une prédiction: dans quelques années, un acteur iconique (je propose Ben Affleck, au hasard) endossera le rôle du secrétaire américain de la Défense Pete Hegseth, dans une comédie dramatique caustique et acerbe de la deuxième administration Trump. Comédie qui rappellera Vice (2019), le film où Christian Bale campait le vice-président Dick Cheney, ou War Machine (2017), dans lequel Brad Pitt caricaturait le général Stanley McChrystal, commandant des forces de l’OTAN durant la guerre d’Afghanistan.

On y retrouvera le même ton grinçant, la même dénonciation de l’aveuglement et de l’incompétence, l’arrogance et les absurdités qui caractérisent les guerres américaines depuis le Vietnam. Ce film, qu’on pourrait nommer Epic Fail ou Epic Folly, d’après l’opération actuelle en Iran (Epic Fury), remportera peut-être quelques Oscars, sera fustigé par les adeptes de Donald Trump et les va-t-en-guerre conservateurs, loué par les démocrates, éviscéré par des critiques qui lui reprocheront son manque de subtilité, puis s’estompera, à l’instar de la prolifique filmographie hollywoodienne des précédentes «excursions» américaines au Proche-Orient.

Vice, par exemple, retrace avec une certaine fidélité la transformation du parti républicain, depuis le traumatisme du scandale de Richard Nixon, en un mouvement extrémiste et messianique prêt à tout pour s’emparer du pouvoir, et qui a hissé à la tête de la plus grande puissance mondiale le sinistre Dick Cheney et ses sbires néoconservateurs, précipitant le monde dans les bourbiers irakiens et afghans.

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War Machine, quant à lui, dépeint cette Amérique imbue de sa propre supériorité, incapable de comprendre les dynamiques locales, qui tente de «gagner les cœurs et les esprits» des Afghans en leur offrant des ballons de football tout en rasant leurs villages. Du McDo, du napalm et de l’agent orange, stratégie déjà employée au Vietnam, avec le même succès.

Les avertissements ignorés de Hollywood contre la guerre

Aucun de ces films pourtant n’aura servi d’avertissement le 28 février 2026, lorsque les bombes se sont mises à pilonner Téhéran. Pas plus que la minisérie Generation Kill (HBO, 2008), qui suit un journaliste embarqué avec une unité de reconnaissance des Marines durant l’invasion de l’Irak en 2003. Cette série expose l’incompétence crasse des planificateurs militaires et politiques, les ordres contradictoires, la chaîne de commandement déconnectée du terrain. Ou encore Sand Castle (2017), dans lequel des soldats chargés de réparer une station de pompage d’eau en Irak se heurtent à l’absurdité logistique et à l’indifférence de leur hiérarchie.

Dans War Dogs (2016), basé sur des faits réels et injustement boudé par la critique, le duo Jonah Hill et Miles Teller incarne des opportunistes devenus du jour au lendemain des trafiquants d’armes richissimes grâce aux largesses de l’armée américaine durant la guerre en Irak. Le Pentagone nage dans l’argent et approuve des appels d’offres à la louche, sans se préoccuper des marges faramineuses du complexe militaro-industriel qui en profite sans vergogne.

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Voilà pour l’absurdité, mais n’oublions pas que ces errances américaines laissent dans leur sillage des centaines de milliers de victimes. Si Kathryn Bigelow ou Sam Mendes soulignent les vies brisées des soldats américains dans des films tels que The Hurt Locker (2008) ou Jarhead (2005), on peut aussi se décentrer de l’Amérique en découvrant Mosul (2019), excellente production turque de Netflix qui suit une unité d’élite de l’armée irakienne dans l’enfer de la reconquête de la ville sur Daech.

Un spectateur averti aurait également compris la difficulté à s’en prendre au régime iranien en visionnant Tehran, sur Apple TV (2020), qui suit une agente du Mossad d’origine iranienne infiltrée à Téhéran pour saboter un réacteur nucléaire. Cette série israélienne offre une représentation étonnamment nuancée de l’Iran, exposant la diversité de la société iranienne, des élites du pouvoir corrompues et oisives, à la classe moyenne qui survit en courbant l’échine, des étudiants rebelles qui se droguent lors de raves clandestines aux femmes qui fuient la violence patriarcale dans des refuges précaires… La série est aussi révélatrice de la brutalité des Israéliens et de leur obsession sécuritaire qui confine à l’irrationnel envers le programme nucléaire iranien.

Tous les mois, notre critique cinéma Jocelyn Daloz explore le septième art dans son contexte socio-historique.

Vous venez de lire une chronique en libre accès, tiré de notre édition papier (Le Regard Libre N°126). Débats, analyses, actualités culturelles: abonnez-vous à notre média de réflexion pour nous soutenir et avoir accès à tous nos contenus.

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