«Respect»: retour sur l’ascension de la «queen of soul»

Les mercredis du cinéma – Mathieu Baume

Décédée en 2018, Aretha Franklin a marqué l’histoire au-delà de la musique. Par sa voix, elle a contribué à redéfinir les codes de son époque, en popularisant un nouveau genre musical, la soul, mais en étant également une figure du mouvement afro-américain des droits civiques, et en œuvrant dans encore bien d’autres combats tout au long de son existence.

Le film Respect prend le parti de se concentrer sur certaines périodes de la vie de cette artiste. Le biopic retrace essentiellement une partie de son enfance à Detroit et ses racines Gospel, ses débuts en maison de disques chez Columbia et les ventes difficiles de ses premiers albums, avant qu’elle rejoigne et connaisse ses premiers gros succès commerciaux chez Atlantics Records. Dès lors, sa carrière va connaître un essor à l’international. Le film se termine sur une période plus difficile de l’artiste, avant qu’elle ne renoue avec ses premières influences et sorte Amazing Grace, l’album Gospel encore aujourd’hui le plus vendu de l’histoire.

Et ce n’est pas un hasard si la boucle est bouclée: l’Eglise et la spiritualité est en effet un thème dont Respect essaie de montrer les multiples influences dans la vie d’Aretha Franklin. Sa relation tumultueuse avec son père, pasteur très imparfait, le souvenir angélique de sa mère avec qui elle avait une relation fusionnelle, son soutien à Martin Luther King dont les discours était marqué par Dieu, ou encore les démons auxquelles elle a dû faire face (notion littérale qui parcourt tout le récit), comme son premier mari violent Ted White, sa paranoïa et le développement d’une attitude de diva désagréable à un moment de sa vie à la suite de son incroyable succès, ou encore son addiction à l’alcool.

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Mais c’est véritablement aussi un parcours de découverte de soi-même qui nous est dépeint à travers le film. Aretha Franklin s’affirmera petit à petit face à un père qui lui laissait peu de liberté et qui choisissait par exemple à sa place les morceaux de ses albums dans la période Columbia, elle finira par se confronter à Ted White et à le quitter, trouvera son propre style musical et va acquérir de la poigne face à son producteur et ses musiciens, quitte à devenir quelqu’un de plus dur, presque d’antipathique dans le film.

C’est le premier long-métrage de la réalisatrice sud-africaine Liesl Tommy, qui a rejoint un projet amorcé il y a de cela plusieurs années. Le film bénéficie d’une aura particulière lorsqu’on sait qu’Aretha Franklin s’était impliquée dans le projet avant sa mort. C’était même elle qui avait choisi la chanteuse et actrice Jennifer Hudson pour l’interpréter. Et sa performance est bluffante: elle réinterprète non seulement toutes les chansons du film, mais les a également chantés sur le plateau-même de tournage (et non en postsynchronisation), témoignant ainsi d’une performance impressionnante et de la maîtrise de sa voix.

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Mais le film souffre de certains défauts de traitement. Par exemple, un événement dramatique semble se passer à l’intérieur de sa chambre d’enfant. Cette scène devrait être importante, puisqu’elle nous est montrée de manière insistée dans le film. Mais elle n’a par la suite aucune influence, et son impact sur la vie d’Aretha Franklin n’est pas traité. Ce traumatisme ne nous permet pas par exemple de comprendre certains actes de la chanteuse. Aucun lien dans le développement psychologique de l’artiste n’est montré ou suggéré, ce qui, au final, donne juste un aspect superficiel au film et c’est dommage. Autre exemple: après son succès international, on retrouve l’héroïne complètement alcoolique sans qu’aucune explication ne soit donnée, Aretha Franklin n’étant montré à aucun moment du film dépendant de cette substance, ou sombrant dedans. On ne sait même pas si cela est lié au succès de la chanteuse. On retrouve juste un personnage devenu antipathique qui détruit tout ce que le film avait essayé de construire jusque-là.

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Néanmoins, il n’empêche que ce film est l’occasion de découvrir, peut-être pour les plus jeunes notamment, ou redécouvrir selon un certain point de vue Aretha Franklin. Le film retrace notamment l’écriture de certains morceaux de la chanteuse, devenus désormais cultes, et leur contextualisation vis-à-vis de la vie personnelle de cette artiste permet de les appréhender selon une nouvelle perspective enrichissante. Un vibrant hommage est également rendu à la chanteuse lors du générique de fin, avec des extraits de sa prestation de 2015 face au président Barack Obama. En plus d’offrir une fin prenante et solennelle, cela donne une lecture supplémentaire et lourde de sens lorsqu’on repense à la thématique du combat des droits civiques des afro-américains dans le film. 

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En perspective, Respect est selon moi une œuvre qui peut être une belle porte d’entrée pour découvrir Aretha Franklin et différents pans de son existence, et qui offre en même temps par les thématiques traitées et sa narration un point de vue intéressant sur cette influente artiste. Un film que je vous encourage à aller voir au cinéma pour vous faire votre propre avis à son sujet.

Crédits photos: © Universal Pictures International Switzerland

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