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Le théâtre au cinéma

Les mercredis du cinéma – Jonas Follonier

Lorsqu’une venue du théâtre au cinéma est annoncée, l’heure est à la perplexité : on reste sceptique face à ce nouvel avatar du mélange des genres, dont notre époque est si friande, et dont les exemples ont été parfois catastrophiques… Ne pensons qu’au mélange littérature-musique avec Camus, l’art ou la révolte, un spectacle actuel du rappeur Abd Al Malik faisant côtoyer son slam avec le génie littéraire d’Albert Camus.

Et pourtant, comme une fois sur deux, le préjugé s’avère totalement faux lorsqu’on se rend sur place. Le jeudi 9 février dernier, au Cinéma Rex à Neuchâtel, un public relativement âgé mais pas seulement put découvrir sur l’écran Le Misanthrope de Molière, joué par la Comédie Française, retransmis en direct de la célèbre Salle Richelieu, à Paris. Soyons objectif : ce fut un véritable événement. Continuer la lecture de Le théâtre au cinéma

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Ode à notre langue

Le Regard Libre N° spécial « Langue française » – Jonas Follonier

J’aimerais, en ce soir, à l’écoute d’un chant
Et ému par l’éclat de ce soleil couchant,
Rendre hommage à tous ceux qui m’ont transmis leur art,
Qui, sur le tableau noir, m’ont enseigné Ronsard,
Mais aussi à toi-même, objet de mon poème,
Qui m’offres cent façons de te dire « je t’aime » :
Je veux bien sûr parler de la langue française,
La langue de Victor, de François et de Blaise.
Toi qui fus pure antan, pendant presque cent ans,
Toi, ma raison de vivre et de mourir content
De t’avoir ressenti dans mon corps, dans ma tête,
Avec tes mots vaillants, tes charmants épithètes,
Toi, langue de Paris que l’on parle en province,
Toi, sermon des vilains et expression des princes,
Reste ce que tu es, résiste aux anglicismes,
Impose au monde entier tes particularismes.
Fais briller ta splendeur, conserve tes chimères.
De notre identité tu es la digne mère !
Un journal rend public un sentiment intime ;
Ai-je osé exposer cet amour en ces rimes ?
Oui, car c’est le plus simple et le premier qui soit.
Cette édition spéciale est consacrée à toi.

Ecrire à l’auteur : jonas.follonier@leregardlibre.com

Crédit photo : © poesie.tableau-noir.net

« Phèdre » en Valais – Rencontre avec Stéphane Albelda

Le Regard Libre N° 11 – Jonas Follonier

Professeur de littérature, musicien, Stéphane Albelda est aussi metteur en scène : il dirige depuis 2006 la troupe du Lycée-Collège des Creusets à Sion (Valais) et assure la mise en scène de nombreux autres spectacles. En 2015, il a monté la tragédie « Phèdre » de Racine, un classique qui a eu du succès dans la capitale valaisanne.

Jonas Follonier : Pourquoi le choix de Racine ? Etait-ce la première fois que vous vous attaquiez à une tragédie classique ?

Stéphane Albelda : C’est la première fois que je me suis attaqué à une pièce en alexandrin. C’est une telle entreprise que j’y ai toujours renoncé. Mandaté par le Théâtre des Collines, je m’y suis rendu pour refuser leur proposition. Mais la rencontre humaine m’a fait changer d’avis et a précédé l’entreprise artistique : il s’agit d’une troupe extrêmement hétérogène, de milieux différents et d’expériences différentes. Le fait que ces gens se soient fédérés pour faire vivre un texte classique m’a touché et a laissé augurer une entreprise pure.

Quels sont les grands défis dans la mise en scène d’une tragédie de Racine ?

Il y a deux défis majeurs. Le premier porte sur le sens : que raconte Phèdre ? Que raconte un mythe au XXIe siècle ? On sait que les mythes ont une parole fondamentale. L’enjeu de la mise en scène consiste à trouver le pont entre un texte et un public actuel. Le deuxième défi est formel : comment révéler la langue de l’alexandrin aujourd’hui ? Car il faut la garder : je ne crois pas aux processus de modernisation par la destruction. Pour que l’alexandrin se révèle, il faut une certaine écoute. L’effet contemporain s’est surtout porté sur les césures : en les travaillant bien, le jeu des silences devient fondamental. Il s’agit donc d’un grand travail sur le rythme. Ce travail se rapproche de celui du chef d’orchestre, qui doit faire jouer de manière actuelle une composition classique ou baroque. Continuer la lecture de « Phèdre » en Valais – Rencontre avec Stéphane Albelda