Archives par mot-clé : bien

Qu’est-ce que le mal ?

Le Regard Libre N° 36 – Loris S. Musumeci

La question est grave. Les philosophes s’y sont écorchés. Ce qui pose la difficulté majeure pour une interrogation d’une telle ampleur, c’est son mystère inépuisable, le sentiment de frustration qu’elle provoque à ne jamais pouvoir y apporter une réponse satisfaisante. L’article se limitera donc à quelques réflexions, inspirées de maîtres.

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« Star Wars, épisode VIII : Les Derniers Jedi »

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Respire. Concentre-toi sur ce que tu ressens. Que vois-tu ? »

Le traditionnel incipit défile du milieu au haut de l’écran, en jaune, sous la glorieuse musique de John Williams, cependant que les troupes de la Résistance vivent d’énormes difficultés. Explosions. Missiles. La flotte du Premier Ordre est déterminée à détruire la base principale des bons, dirigée le vaillant général Leia Organa (la regrettée Carrie Fisher, disparue il y a une année). Les guerriers du Bien réussissent néanmoins à semer pour une durée incertaine l’ennemi, au prix de nombreux martyrs.

En parallèle, la jeune Rey (Daisy Ridley) arrive sur la planète isolée d’Ahch-To. Elle y est envoyée par la Résistance pour convaincre Luke Skywalker (Mark Hamill), dernier Jedi, de revenir y joindre son art du combat mystique et hors du commun, sans quoi celle-ci se retrouverait définitivement vaincue. Rey, en outre, cherche un maître pour la guider dans son mystérieux appel de la Force. La désespérance du héros d’autrefois le pousse à prononcer un refus catégorique au visage de la débutante. « Il est temps d’en finir avec les Jedi », lui affirme-t-il même.

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« La ligue des justiciers » : le bien triomphe du mal

Les mercredis du cinéma – Nicolas Jutzet

Le film de Zack Snyder présente une composition hétéroclite de héros qui se battent pour sauver le monde. Ou du moins, à éviter de le voir sombrer dans l’obscurité. Face à Steppenwolf, alias le “super-vilan”, les affrontements s’enchaînent. Jusqu’ici, rien de déroutant. Le casting habituel. L’ennemi et ses combattants, qui se nourrissent de la peur d’autrui, semblent imbattables.

Mais, comme souvent, et c’est peut-être la limite de ce genre de films, le “bien”, incarné par Superman (mort au début du film mais qui, ressuscité, vient apporter son aide à la mission), Batman, Wonder Woman, Aquaman, Flash et Cyborg, finit par triompher du mal. Exprimant au passage, peut-être de façon involontaire, une suite de clichés bien à la mode. Le groupe bat l’individu. Le groupe mixte, coloré, ouvert d’esprit, bat l’individu seul, qui semble se battre par égoïsme pour ses intérêts maléfiques, alors qu’en face, même le richissime Bruce Wayne se bat pour le bien commun. Continuer la lecture de « La ligue des justiciers » : le bien triomphe du mal

Exit, un joyeux suicide

Regard sur l’actualité – Loris S. Musumeci

Il y a aujourd’hui dix nuits de cela, Monsieur « O. » se donnait la mort, dans la solitude de son domicile. Il se sentait « fatigué de vivre », disait-il. Le suicide est sombre et dramatique. Il n’est rien de plus horrible que de perdre son corps en le regardant ridé et marqué d’une vie qui n’a encore jamais cessé. C’est toujours la première fois que l’on meurt. Assister au dernier instant de l’existence, sa propre existence, donne le frisson de la nouveauté, de la grandeur, de la fin. L’ultime frisson : inutile, oublié, mort.

Monsieur O. fut toutefois victime. Ses hostiles frères, Bernard et Claude, ainsi que l’injuste justice genevoise s’étaient opposés à son envie de partir paisiblement. Alors même que l’association Exit avait proposé la solution idéale : un joyeux suicide accompagné. Qu’y avait-il de mal à respecter le choix individuel d’un homme simple et normal ? On en appelle sans cesse à la très sainte liberté pour mener une vie heureuse. Dès qu’il s’agit cependant d’expirer, une bonne fois pour toutes, le souffle des douleurs et du mal-être, la liberté n’est plus prise en considération. Pis encore lorsqu’une telle corruption prend sa source tragique au sein de la justice et de la famille. Apparaît là un second suicide, celui de la compassion. Continuer la lecture de Exit, un joyeux suicide

Ontologie de la beauté

Le Regard Libre N° 12 – Sébastien Oreiller

Quand Nietzsche crut renverser la morale ancienne, la morale du bien et du mal, pour la remplacer par celle, plus exigeante, du bon et du mauvais, il ne fit que remplacer une philosophie du comportement, une philosophie éthique dirions-nous, par une moralité plus froide et plus distante, peut-être même plus dangereuse. Nous semblons avoir pris la fâcheuse habitude depuis vingt-cinq siècles, c’est-à-dire depuis Socrate et surtout depuis Platon, de lier l’essence au bien, de ne plus être capable d’admirer l’être en soi sans le rattacher, d’une manière ou d’une autre, à la perfection de l’acte humain, loin de là l’ingénuité morale qui avait marqué leurs prédécesseurs. Il me semble être une philosophie plus exigeante et plus noble, d’autant plus détachée des médiocrités quotidiennes qu’elle est elle-même intrinsèquement liée à l’être, je veux parler de la philosophie du beau en tant que tel.

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