Archives par mot-clé : être humain

«Pastorale américaine», un ouvrage qui dit tout

Le Regard Libre N° 43 – Loris S. Musumeci

Dossier spécial Philip Roth (2/4)

«Deux cent cinquante millions de personnes mangent une dinde unique et colossale, qui nourrit tout le pays. On met entre parenthèses les mets bizarres, les pratiques bizarres et les particularismes religieux, entre parenthèses la nostalgie trimillénaire des Juifs, et chez les chrétiens le Christ, sa croix et sa crucifixion ; chacun, dans le New Jersey et ailleurs, met son irrationalité en veilleuse mieux que tout le reste de l’année. On met entre parenthèses griefs et ressentiments, et pas seulement les Dwyer et les Levov, mais tous ceux qui, en Amérique, soupçonnent leur voisin. C’est la pastorale américaine par excellence ; cela dure vingt-quatre heures.»

Pastorale américaine (1997) est une révélation. Elle est une révélation de Philip Roth pour ceux qui, comme moi, n’avaient jamais lu l’auteur auparavant. Elle est aussi la révélation d’un roman on ne peut plus complet dans ses thèmes et où le style parle vrai. Elle est par là la révélation d’une œuvre d’art, qui s’érige indéniablement en authentique chef-d’œuvre de la littérature.

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« Frankenstein » revisité dans « La Fabrique des monstres »

Le Regard Libre N° 36 – Jonas Follonier

Jean-François Peyret, metteur en scène important dans le théâtre français des dernières décennies, tient depuis longtemps à proposer un théâtre sur le thème du destin technique de l’homme. Après avoir notamment monté les spectacles Le Traité des formes ou Ex vivo/In vitro avec le biologiste Alain Prochiantz, c’est une réadaptation du roman Frankenstein de Mary Shelley qu’il a montée en février dernier au Théâtre de Vidy à Lausanne. Rencontre.

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Ecologie : pour un revirement intégral

Le Regard Libre N° spécial « Ecologie : Pour un revirement intégral » – Loris S. Musumeci

La thématique est passionnelle. Elle questionne, divise, provoque des débats, des mouvements, des négations. Depuis que la crise écologique est posée sur la table des hauts dossiers de la diplomatie internationale, indéniablement, de larges écarts de pensée se sont forgés. Entre autres noms aux résonnances des plus loufoques, nous trouvons des climatosceptiques, des climato-réalistes, des « Verts » plus politiques ou de simples militants écolos de tous bords. Continuer la lecture de Ecologie : pour un revirement intégral

« Vous allez vivre dans un futur vertigineux »

Le Regard Libre N° 15 – Nicolas Jutzet

On doit le titre de cet article à Laurent Alexandre, énarque et chirurgien de formation, devenu chef d’entreprise à succès. Il est, avec bien d’autres, convaincu que notre génération va devoir affronter et répondre à des interrogations d’une complexité et d’une importance jamais vue. C’est dans une chronique saisissante, « Lettre à mes enfants », qu’il nous appelle à ouvrir les yeux sur ce futur. Car oui, nous allons devoir redéfinir notre civilisation, dont beaucoup de repères vont se diluer dans ce qui sera la quatrième révolution industrielle : la fusion des technologies.

Celle-ci mêlera les nanotechnologies (l’infiniment petit), les biotechnologies (la fabrication du vivant), l’informatique (l’intelligence artificielle) et les sciences cognitives (l’étude du cerveau humain), soit les NBIC. Concrètement, il nous faudra notamment légiférer et guider la mouvance disparate du transhumanisme, qui lutte pour la cause honorable d’améliorer les caractéristiques physiques et mentales de l’être humain. Soit la possibilité de voir l’humanité triompher de la mort, mettant un terme à la fatalité qui voit l’homme comme un simple mortel voué au déclin. C’est la fin de la maladie, du vieillissement ou encore du handicap que l’on entrevoit. L’Homme prend le pas sur la nature, sur le destin, il est seul maître à bord.
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Plaidoyer pour les libertés – Rencontre avec l’historien Philippe Bender

Le Regard Libre N° 10 – Sébastien Oreiller et Jonas Follonier

Si le Valais compte un grand historien, c’est bien Philippe Bender. Spécialisé dans le radicalisme valaisan et suisse, il est une mémoire vivante qui fait beaucoup parler. Monsieur Bender nous a très aimablement accueillis chez lui, à Fully, pour répondre à nos questions.

S. O. et J. F. : Vous êtes un historien spécialisé dans le radicalisme. Pourquoi cette passion ?

Philippe Bender : L’historien doit aller aux sources, aux documents multiples, en tous genres, et les critiquer selon les règles de l’art. Il doit faire preuve de rigueur, même s’il se consacre à l’histoire du parti de son choix. Il y a beaucoup de choses à apprendre sur l’évolution du mouvement libéral et radical depuis 1830. D’abord, c’est le plus grand courant intellectuel, en Suisse et en Valais. Ensuite parce qu’il a forgé les mentalités et pesé constamment sur la politique et l’économie. Le fait d’être minoritaire dans le Valais de 2015 pousse à se surpasser.

Quels ont été historiquement les grands enjeux, moments, de ce mouvement ?

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Albert Camus, ou la tragédie du bonheur

Le Regard Libre N° 10 – SoΦiamica

« Le bonheur après tout, est une activité originale aujourd’hui. La preuve est qu’on a tendance à se cacher pour l’exercer. Pour le bonheur aujourd’hui c’est comme pour le crime de droit commun : n’avouez jamais. Ne dites pas, comme ça, sans penser à mal, ingénument : « Je suis heureux ». Car aussitôt, vous verriez autour de vous, sur des lèvres retroussées, votre condamnation : « Ah ! vous êtes heureux, mon garçon ? Et que faites-vous des orphelins du Cachemire, ou des lépreux de la Nouvelle-Zélande, qui ne sont pas heureux, eux ? » Et aussitôt, nous voilà tristes comme des cure-dents. Pourtant moi, j’ai plutôt l’impression qu’il faut être fort et heureux pour bien aider les gens dans le malheur. » – Albert Camus

La philosophie de Camus est très proche de l’existence qu’il mena. Il naît en 1913 à Mondovi (Algérie) d’une famille pauvre et analphabète ; les siens déménagent très tôt à Alger (suite au décès du père, à la guerre) et permettent ainsi la rencontre du petit Camus et de l’instituteur Louis Germain, qui verra du talent en lui et convaincra sa famille à l’inscrire au lycée malgré leur pauvreté. Sa première lutte sera celle du langage : il s’est voulu le porte-parole de tous ceux qui, démunis ou n’ayant pas pu aller à l’école, ne pouvaient pas parler. Il découvrira à la même période les inégalités dues à la pauvreté, et étonnement le football pour les contrer ! Gardien de but, on le décrira comme « solitaire dans sa cage, mais solidaire dans l’équipe ». Il se lance plus tard dans des études de philosophie.

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