Archives du mot-clé laïcité

Les absurdités de Vincent Peillon, candidat à la primaire du PS

Regard sur l’actualité – Jonas Follonier

Quelle infinie déception ai-je ressenti ces derniers jours en découvrant dans la presse certains propos dont on n’aurait jamais soupçonné qu’ils puissent être prononcés par un candidat à la primaire du PS réputé intellectuel. Vincent Peillon, qui se démarquait de ses amis concurrents par sa formation de philosophe et son étoffe de républicain passionné, semble être tombé vraiment bas.

Sa première erreur fut celle commise sur le plateau de France 2 mardi dernier. Le candidat à la primaire de la gauche a déclaré : « Certains veulent utiliser la laïcité, ça a déjà été fait par le passé, contre certaines catégories de population. C’était il y a quarante ans (sic) les juifs à qui on mettait une étoile jaune, c’est aujourd’hui un certain nombre de nos compatriotes musulmans ».

Il y a là une triple méprise. Tout d’abord, il y a quarante ans, les juifs ne portaient pas d’étoile jaune. Vincent Peillon a sans doute voulu parler des années 40, mais n’est-ce pas là une approximation totalement scandaleuse pour une personne prétendant à la Présidence de la République ? Ensuite, ce que veut véhiculer l’agrégé de philosophie à travers cette phrase relève d’une absurdité déroutante : rappelons tout de même qu’il n’y avait pas de djihad juif à cette époque et qu’il n’y en a jamais eu. Enfin, la laïcité n’a jamais constitué la justification de l’horreur antisémite du XXe siècle. Lire la suite Les absurdités de Vincent Peillon, candidat à la primaire du PS

La tolérance, ce n’est pas tout accepter

Un article de Jonas Follonier paru dans Le Regard Libre N° 18

Dans la philosophie politique, une question mérite qu’on y porte toute notre attention, vu les situations inédites auxquelles sont confrontées nos sociétés occidentales actuelles. Un grand changement est survenu ces dernières décennies. Il ne s’agit pas de la technologie, vieille comme le monde, ni des bouleversements écologiques, eux aussi vieux comme le monde. Non, je veux parler du politiquement correct – et ne vous dites pas à ce stade que vous avez affaire aux propos d’un extrémiste de droite un peu simplet ; les lignes que vous lisez émanent d’un libéral.

Le politiquement correct est apparu à la suite de la Seconde Guerre mondiale. L’intelligentsia européenne, qui voulait se racheter du passé colonial, esclavagiste, impérialiste et raciste de l’Europe et qui ne pouvait plus trouver refuge dans le marxisme car il avait également montré son horrible visage, se tourna vers une idéologie qui était alors l’invention de quelques penseurs mais qui désormais fait presque l’unanimité : celle consistant à dire qu’il faut respecter toutes les croyances et tous les modes de vie. L’axiome sous-jacent est que toutes les civilisations sont égales. Lire la suite La tolérance, ce n’est pas tout accepter

Le débat sur la laïcité déchire Genève

Regard sur l’actualité – Jonas Follonier

La laïcité, pour faire court, est un principe hérité du XIXe siècle qui vise à ce que l’Etat soit neutre en matière religieuse et séparé des Eglises. L’idée d’une séparation entre l’Eglise et l’Etat a bien sûr des origines lointaines (« il faut rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César »), mais soyons clair : la laïcité telle qu’elle se manifeste (timidement, à part en France) depuis deux siècles a ses racines dans la pensée des Lumières – ne pensons qu’à Locke ou Voltaire et leurs traités sur la tolérance et l’Etat libéral.

Les républicains du XIXe siècle ont ensuite érigé la laïcité en tant que principe ; celle-ci est donc constitutive de nos Etats modernes, forgés par les radicaux en France comme en Suisse. Mais quel homme politique connaît encore l’Histoire aujourd’hui, si ce n’est quelques passionnés ? Il semble que personne ne se rend compte à quel point notre héritage bicentenaire est précieux. Lire la suite Le débat sur la laïcité déchire Genève

Une polyvalence au service de l’humain (Rencontre avec François-Xavier Amherdt)

Le Regard Libre N° 15 – Loris S. Musumeci

Pour cette édition, Le Regard Libre vous propose un long entretien avec une personnalité valaisanne, l’abbé François-Xavier Amherdt. Par où commencer pour le présenter ? Laissez-vous simplement guider par cette longue entrevue réalisée au début de ce mois.

Loris S. Musumeci : Vous êtes un de ces hommes que l’on peut vraiment désigner de polyvalent. Vos activités, en effet, sont aussi nombreuses que diverses, mais vous demeurez avant tout prêtre, cela depuis le 17 juin 1984, jour de votre ordination par le Pape Jean-Paul II à Sion. Dès votre plus tendre jeunesse, quelles raisons et circonstances vous ont-elles poussé à le devenir ?

François-Xavier Amherdt : J’ai toujours nourri une quête d’absolu et très vite j’ai eu la conviction intime que seul Dieu pouvait la combler. Depuis ma tendre enfance – ma vocation est née dès l’âge de cinq ans – je me suis senti appelé à tout donner pour celui qui seul était à même de remplir mon cœur et mon âme. Et devenir prêtre, c’était pour moi la possibilité de « donner Dieu » aux hommes et aux femmes de ce temps.

Jamais à aucun instant je n’ai été déçu de ce choix, car le Seigneur des Écritures bibliques, sous le regard duquel j’ai grandi et dans le message d’amour duquel j’ai baigné, n’a cessé de veiller sur moi et de me donner la force d’exercer mon ministère pour mes frères et sœurs. De plus, l’Église catholique-romaine qui m’a offert le cadeau du baptême et à qui je dois tout est la seule institution ecclésiale et religieuse au monde à offrir un réseau unifié et universel, « catholique » voulant d’ailleurs signifier « universel ». Toutes les autres Églises et traditions religieuses sont en réalité morcelées en une multitude de groupes ou d’identités autonomes, alors que le pape, l’évêque de Rome, est le serviteur de la communion de l’ensemble des Églises catholiques locales, qui ainsi ne forment qu’une seule Église.

Enfin, elle s’enracine dans une tradition bimillénaire ininterrompue qui, malgré les erreurs commises par le passé, m’inscrit dans une lignée susceptible de donner sens au présent et de garder confiance pour l’avenir. Elle bénéficie également des richesses de la tradition juive, puisque le Canon des Écritures catholiques partage avec nos frères et sœurs juifs ce que nous appelons le Premier ou Ancien Testament. Lire la suite Une polyvalence au service de l’humain (Rencontre avec François-Xavier Amherdt)

Noël optimiste (Rencontre avec Suzette Sandoz)

Le Regard Libre N° spécial « Langue française » – Sébastien Oreiller

Tout d’abord un grand merci à Mme Suzette Sandoz, ancienne conseillère nationale vaudoise, qui a gentiment accepté de répondre aux questions du Regard Libre pour son édition de Noël ! Durant cette entrevue, les questions ont tourné autour de trois thèmes : Noël comme fête religieuse, comme fête familiale et comme fête consumériste.

Sébastien Oreiller : Madame, que répondre à ceux qui trouvent que le rôle de Noël est déplacé, étant donné que beaucoup de gens ne croient pas en Dieu ? Peut-on partager des valeurs chrétiennes sans être croyant ?

Suzette Sandoz : Tout à fait. Noël est une fête de lumière et de générosité, y compris pour une personne qui n’en partage pas la raison d’être. C’est la célébration d’une naissance, reprise de la fête païenne de la lumière, la renaissance de la vie. Il s’agit donc d’une valeur tout à fait conciliable, même pour celui qui ne croit pas. Mais Noël, c’est aussi la fête de cette valeur éminemment chrétienne qu’est le don. Pour la population, cela se traduit par le fait d’offrir des cadeaux, indépendamment du consumérisme sur lequel nous reviendrons plus tard.

Selon vous, quelle est la place de Noël dans un Etat laïque ?

Noël est une fête ; si quelqu’un la refuse et préfère aller travailler, très bien ! Il n’y a aucun problème quant à cette célébration dans un Etat laïque : notre culture est marquée par le christianisme depuis deux mille ans. Les fêtes qui ont été instaurées sont devenues des jours fériés, ce qui a contribué, comme tout ce qui est chrétien par ailleurs, à une amélioration du sort des travailleurs. Quant à la polémique récente sur les cantiques de Noël en Italie, celle sur le crucifix ou les crèches, par exemple, j’appelle cela le syndrome de Palmyre, en référence aux destructions de Daesh. Il s’agit de renier toute culture, et nous faisons la même chose. Aujourd’hui, nous tendons à ne reconnaître l’importance de la culture qu’à partir du moment où elle est morte. Lire la suite Noël optimiste (Rencontre avec Suzette Sandoz)

Alain Finkielkraut, itinéraire d’un essayiste singulier

Le Regard Libre N° 12 – Jonas Follonier

Alain Finkielkraut est né en 1949 de parents juifs polonais tous les deux rescapés de la Shoah. Naturalisé à l’âge de un an, il estime avoir une dette envers la France qui lui a permis, à travers l’école républicaine, de devenir français en recevant la culture de son pays d’accueil, et plus particulièrement la langue et la littérature françaises.

D’abord engagé en tant que maoïste puis en tant que gauchiste dans les années 60, Finkielkraut s’est toujours distingué du socialisme dans ce qu’il avait de subversif et de totalitaire. Il faut dire que sa vie intellectuelle ressemble à celle d’un de ses modèles, Charles Péguy, car, comme le dit Yann Moix en s’adressant à l’homme qui nous intéresse : « Péguy était socialiste tout seul, peut-être même le seul socialiste digne de ce nom pendant l’affaire Dreyfus, et comme Péguy a été récupéré par la droite et qu’il n’a jamais renié une ligne de son œuvre, vous vous identifiez un petit peu à lui. Parce que finalement dans son immobilité, il a eu toujours raison. »

A ses débuts, il publie deux ouvrages avec son ami Pascal Bruckner puis s’affirme comme essayiste à force de nombreux écrits, dont La défaite de la pensée fut le premier à avoir beaucoup de succès. Cet essai ainsi que les suivants, qui se comptent en dizaines, témoignent d’une profonde cohérence et bien qu’il n’ait pas vraiment érigé un système métaphysique comme l’ont fait Platon ou Descartes, Finkielkraut a néanmoins énoncé un certain nombre d’idées construites et argumentées. Lire la suite Alain Finkielkraut, itinéraire d’un essayiste singulier

Noël 2015 vu par un théologien protestant (Rencontre avec Félix Moser)

Le Regard Libre N° spécial « Noël 2015 » – Jonas Follonier

Docteur en théologie de l’Université de Neuchâtel, Félix Moser a d’abord été pasteur et aumônier des prisons en France pendant quatre ans, puis pasteur dans le canton de Neuchâtel durant onze ans. Après avoir passé huit ans à la Faculté autonome de théologie de Genève, il est revenu à l’Université de Neuchâtel en tant que professeur. Voici notre entretien réalisé à la Faculté des lettres et sciences humaines de l’UniNE.

Jonas Follonier : Nous allons commencer par la question la plus importante : quelle est l’histoire de Noël et quelle est sa signification, pour le théologien que vous êtes ?

Félix Moser : Au départ, historiquement, les premiers chrétiens se sont rassemblés autour de ce qui était le noyau de la foi chrétienne, à savoir l’amour et la résurrection du Christ ainsi que le cycle festif de Pâques. La fête de Noël est vraiment tard venue puisqu’elle est intervenue au IVe siècle où elle s’est généralisée.

Au niveau théologique, la fête de Noël, qui célèbre la manière dont Dieu s’est incarné, est très liée à la fête de l’Epiphanie, qu’on appelle la fête des rois mages. La signification théologique est donc de montrer d’une part, avec Noël, le Christ homme, et de l’autre, avec l’Epiphanie, le Christ glorieux. Au fond, la fête de Noël est née avec les premiers conciles œcuméniques, en 325 à Nicée et en 381 à Constantinople. L’idée est de montrer quelle est la nature du Dieu auquel on croit. Lire la suite Noël 2015 vu par un théologien protestant (Rencontre avec Félix Moser)