Archives par mot-clé : mathématiques

Einstein raconté par l’union des arts

Le Regard Libre N° 37 – Jonas Follonier

Ponctué d’extraits de lettres écrites par Einstein, la pièce éponyme a mis à l’honneur le scientifique et sa folie créatrice le 1er mars dernier au Théâtre du Crochetan. Mis en scène par Stéphanie Boll, le spectacle a réuni théâtre, danse et musique. Impressions.

Une faible lumière apparaît peu à peu sur le plateau. Un homme court sur pattes s’avance sur la scène, très hésitant. On reconnaît Einstein aux cheveux bouclés du jeune comédien ainsi qu’à sa moustache. Il se met alors à dessiner ce qui ressemble à la courbe d’une fonction sur l’immense tableau noir qui trône parmi le décor. Puis, des symboles mathématiques aussi complexes que mystérieux, à une rapidité de plus en plus effrénée, au son d’une musique qui ne va pas s’arrêter.

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Des chiffres et des lettres (Rencontre avec Olivier Rey)

Le Regard Libre N° spécial langue française – Loris S. Musumeci

Olivier Rey est mathématicien et philosophe. Diplômé du polytechnique où il a enseigné par la suite, il a été chercheur au CNRS pour la section des mathématiques. Egalement homme de lettres, il s’est forgé une place dans l’univers des humanités. L’intellectuel occupe d’ailleurs toujours un poste au CNRS, mais dans la section de philosophie. Il est, de plus, professeur de cette même discipline à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne. Olivier Rey est aussi l’auteur de nombreux ouvrages dont le roman Le Bleu du sang ou l’essai Une question de taille, récompensé du prix Bristol des Lumières. En 2015, la Fondation Prince Louis de Polignac lui décerne le grand prix pour l’ensemble de son œuvre. Que voici un homme de taille !

Loris S. Musumeci : Quel fut l’apport de la langue française dans l’évolution des sciences ?

Olivier Rey : La langue scientifique, en Europe, a commencé par être le latin. Au milieu du XVIIe siècle, Pascal, dans une correspondance avec Fermat sur des questions mathématiques, éprouve encore le besoin de changer de langue au moment d’entrer dans le vif du raisonnement : « Je vous le dirai en latin, car le français n’y vaut rien. » Le passage aux langues vernaculaires a été progressif. Le point important, c’est que les scientifiques pensent et pratiquent leur science dans une langue la plus riche possible, et qu’ils maîtrisent le mieux possible. Certes, la science cherche à dégager des notions exemptes des ambiguïtés des langues communes. Mais l’ambiguïté des mots dans le vocabulaire courant, comme la richesse de leurs connotations, jouent un rôle heuristique considérable, et sont aussi ce qui préserve un lien entre la science constituée d’une part, le monde de l’expérience quotidienne d’autre part. L’œuvre scientifique considérable qui a été accomplie en français au cours des trois derniers siècles prouve les ressources qu’offre cette langue pour la pensée scientifique. Quant à son apport spécifique, il est difficile à cerner. Ce que je pense, c’est que la diversité des langues n’est pas un obstacle à l’évolution des sciences, mais au contraire un facteur de fécondité. Continuer la lecture de Des chiffres et des lettres (Rencontre avec Olivier Rey)