Archives par mot-clé : sciences humaines

Mathieu Bock-Côté: «Il y a une corruption intellectuelle des sciences sociales»

ENTRETIEN LONG FORMAT, Antoine Bernhard | Le sociologue Mathieu Bock-Côté a su s’imposer en quelques années comme un intellectuel de référence dans le monde francophone. Indépendantiste québécois, défenseur de l’héritage gaulliste, grand admirateur de Raymond Aron, il consacre son travail à l’analyse de l’évolution de notre société vers un nouveau régime qu’il appelle «diversitaire». Tout en critiquant les dérives de la gauche radicale – notamment dans ses ouvrages «Le multiculturalisme comme religion politique» et «L’empire du politiquement correct» –, il propose un modèle de société empreint du conservatisme dont il se fait le défenseur. En avril 2021, Mathieu Bock-Côté a publié son dernier livre «La révolution racialiste», une critique acerbe de la mutation de la lutte antiraciste vers une nouvelle idéologie totalitaire. L’occasion de revenir avec lui sur quelques idées centrales de son œuvre et les actualités de la sphère intellectuelle.

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La justice sociale, une justice?

En mai dernier, lors d’un discours en vidéoconférence qui prenait pour thème le financement du développement des pays pauvres, notre actuelle Présidente Simonetta Sommaruga a défendu son projet de société globale: moins inégale, plus durable et mieux capable de relever les défis que traînent à leur suite les changements sociétaux, au rang desquels la pandémie actuelle et le changement climatique. Mais si cette intervention banale m’a frappé, c’est qu’elle désirait aussi que le monde de demain fût… plus juste! Par-là, la conseillère fédérale socialiste n’entendait pas vraiment parler de justice, mais de justice sociale. Qu’est-ce donc que cette notion que l’on croise si souvent? Peut-elle entretenir un rapport avec la justice traditionnelle?

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Des chiffres et des lettres (Rencontre avec Olivier Rey)

Le Regard Libre N° spécial langue française – Loris S. Musumeci

Olivier Rey est mathématicien et philosophe. Diplômé du polytechnique où il a enseigné par la suite, il a été chercheur au CNRS pour la section des mathématiques. Egalement homme de lettres, il s’est forgé une place dans l’univers des humanités. L’intellectuel occupe d’ailleurs toujours un poste au CNRS, mais dans la section de philosophie. Il est, de plus, professeur de cette même discipline à l’université Paris-I-Panthéon-Sorbonne. Olivier Rey est aussi l’auteur de nombreux ouvrages dont le roman Le Bleu du sang ou l’essai Une question de taille, récompensé du prix Bristol des Lumières. En 2015, la Fondation Prince Louis de Polignac lui décerne le grand prix pour l’ensemble de son œuvre. Que voici un homme de taille!

Le Regard Libre: Quel fut l’apport de la langue française dans l’évolution des sciences?

Olivier Rey: La langue scientifique, en Europe, a commencé par être le latin. Au milieu du XVIIe siècle, Pascal, dans une correspondance avec Fermat sur des questions mathématiques, éprouve encore le besoin de changer de langue au moment d’entrer dans le vif du raisonnement: «Je vous le dirai en latin, car le français n’y vaut rien.» Le passage aux langues vernaculaires a été progressif. Le point important, c’est que les scientifiques pensent et pratiquent leur science dans une langue la plus riche possible, et qu’ils maîtrisent le mieux possible. Certes, la science cherche à dégager des notions exemptes des ambiguïtés des langues communes. Mais l’ambiguïté des mots dans le vocabulaire courant, comme la richesse de leurs connotations, jouent un rôle heuristique considérable, et sont aussi ce qui préserve un lien entre la science constituée d’une part, le monde de l’expérience quotidienne d’autre part. L’œuvre scientifique considérable qui a été accomplie en français au cours des trois derniers siècles prouve les ressources qu’offre cette langue pour la pensée scientifique. Quant à son apport spécifique, il est difficile à cerner. Ce que je pense, c’est que la diversité des langues n’est pas un obstacle à l’évolution des sciences, mais au contraire un facteur de fécondité.

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