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Gare aux sciences de l’éducation!4 minutes de lecture

par Antoine-Frédéric Bernhard
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Antoine-Frédéric Bernhard, rédacteur en chef adjoint du Regard Libre © Dessin de Nathanael Schmid pour Le Regard Libre

«La première erreur [contre laquelle l’éducation doit se garder] est l’oubli ou la méconnaissance des fins.» On trouve cette phrase dans les premières pages d’un texte du philosophe français Jacques Maritain (1882-1973) intitulé Pour une philosophie de l’éducation. Aujourd’hui, alors que les sciences de l’éducation occupent tout l’espace, l’idée d’une philosophe de l’éducation peut étonner. En quoi la philosophie a-t-elle encore son mot à dire, à l’heure où toutes les pratiques pédagogiques s’appuient sur le «scientifiquement validé»?

Ce type de discours relève à l’évidence d’une forme de positivisme. Un terme, forgé au XIXe siècle par Auguste Comte, qui désigne communément toute doctrine philosophique selon laquelle il ne peut y avoir de vraies connaissances que sur le mode des sciences expérimentales. Le positivisme rejette donc a priori toute forme de métaphysique – en fait de philosophie – qui chercherait à connaître la nature profonde des choses ou leur finalité. Pour le positiviste, seule la connaissance du «comment», par opposition à celle du «pourquoi», est possible.

Appliqué aux sciences de l’éducation, le positivisme implique de «considérer que les méthodes pédagogiques peuvent être déterminées de manière scientifique», comme le résume l’Institut de recherche et d’éducation sur les mouvements sociaux (IRESMO) sur son site, dans un article intitulé «La tentation positiviste en sciences de l’éducation». L’idée est certes séduisante, mais totalement fausse.

Comme le montre l’article de l’IRESMO, une démarche positiviste en sciences de l’éducation se heurte d’abord à des limites empiriques. Ses objets d’étude sont en effet difficilement quantifiables. Comment, par exemple, pourrait-on quantifier l’esprit critique? Mais le défaut majeur d’une telle démarche est philosophique: l’approche positiviste est aveugle aux finalités de l’éducation – ce que dénonce précisément Jacques Maritain. On ne saurait les découvrir par l’expérimentation. Aussi, les sciences de l’éducation peuvent légitimement étudier les moyens éducatifs, mais elles sont par nature incapables de s’attribuer leur propre fin.

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Ce privilège revient de droit à la philosophie, que rejette le positivisme. Oubliant toute finalité, ce dernier fait nécessairement des moyens d’éducation une fin en soi. Or, précise Maritain, «[si] les moyens sont aimés et cultivés pour l’amour de leur propre perfection […] l’efficience vitale [de l’éducation] est remplacée par un processus de multiplication à l’infini, chaque moyen se développant pour lui-même et prenant pour son propre compte un champ de plus en plus étendu». Voilà qui permet d’expliquer les très nombreuses réformes, ou les remaniements incessants des méthodes et programmes scolaires: on tente de compenser par les moyens l’oubli de la fin.

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L’école d’aujourd’hui, sous la férule positiviste des sciences de l’éducation, erre au hasard. Comme une poule sans tête, elle se précipite au gré des modes et des courants intellectuels. Les professeurs – en premier lieu ceux qui sont en formation – sont progressivement dépossédés de leur autonomie, sommés de se conformer aux nouveaux standards imposés despotiquement par les hautes écoles pédagogiques, avec la complaisance passive – parfois active – des politiques.

Pour sauver l’école, il est urgent, comme le préconise Maritain, de répondre à la question – proprement philosophique – des finalités de l’éducation. Sans quoi nous la condamnerons.

Ecrire à l’auteur: antoine.bernhard@leregardlibre.com


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