Archives par mot-clé : yougoslavie

«A son image»: un roman en funérailles

Les bouquins du mardi – Loris S. Musumeci

«De tous les chants de la messe de funérailles, le Sanctus est le seul dont les paroles ne subissent aucun changement parce qu’il n’y est pas question des hommes, de leur naissance et de leur mort, mais seulement du Seigneur, le Dieu des Armées. Les cieux et la terre sont remplis de Ta gloire– la caresse du bout des doigts sur les paupières, la pulpe de l’index. Simon regarde danser la flamme du cierge guettant toujours le sourire d’Antonia et il ferme les yeux. Dans la messe chantée aujourd’hui, telle qu’elle a été élaborée au cours des siècles dans un minuscule village du centre de la Corse, ce ne sont pas seulement les paroles du Sanctus qui sont immuables mais aussi sa mélodie si bien qu’en l’écoutant les yeux fermés, il est impossible de savoir si l’office auquel on assiste est celui des défunts ou celui des vivants.»

Corse, 2003: Antonia est retrouvée au fond d’un ravin. Sur la route de l’Ostriconi, éblouie par les rayons d’un doux soleil d’août, sa voiture s’est laissée aller à la chute dans le vide. La famille apprend la nouvelle; elle en est meurtrie. Plus particulièrement son oncle et parrain qui, outre la tristesse qui l’accable, doit affronter l’épreuve de célébrer les funérailles. Il est prêtre, malgré lui. Trop dur de faire le récit de la vie de la jeune femme. Il ne veut s’en tenir qu’à la simple et stricte liturgie. On n’en apprend pas moins qu’Antonia était photographe passionnée mais amère. Elle a rêvé toute sa vie de couvrir les grands événements du monde, telles les guerres. Elle l’a fait, en Yougoslavie. Sans résultat. Pour le reste, ses photos consistaient à raconter la vie locale; à couvrir les mariages de son objectif. 

Lire la suite de l’article
Publicités

« Hotel Jugoslavija » : un regard sur la Yougoslavie et sa nudité

Les mercredis du cinéma – Loris S. Musumeci

« Il y a la grande Histoire, celle qui dirige ; et il y a la petite Histoire, celle qui subit, celle des gens. »

Nicolas Wagnières traite d’un bâtiment de la grande Histoire, l’Hotel Jugoslavija à Belgrade. Le film est pourtant de l’ordre de la petite Histoire. Ce documentaire n’a en effet rien d’un article encyclopédique qui voudrait se consacrer à la connaissance de l’édifice lui donnant son titre. Le réalisateur livre un regard personnel de la Yougoslavie et de l’hôtel qui le hante, si symbolique à ses yeux d’un temps révolu. Il présente à l’écran également l’Histoire « des gens », ceux qui ont cru en la fédération yougoslave, qui ont porté dans leur cœur l’Hotel Jugoslavija, mais qui ont subi aussi la mort d’une nation et qui la voient aujourd’hui nue et détruite.

Continuer la lecture de « Hotel Jugoslavija » : un regard sur la Yougoslavie et sa nudité