Noël redonne confiance dans l’être humain

Le Regard Libre N° 23 – Sébastien Oreiller

L’année 2016 fut, semble-t-il, délétère. Attentats, guerres, dernières de nos célébrités mourant avant le 31 décembre. A quoi bon se réjouir ? Dans l’église de Bagnes, à travers une crèche, comme l’évêque dans son prêche de minuit, on fait bien de se rappeler la naissance de cet enfant, dans la pauvreté, la fuite et le froid. Peut-être cette image, triste, de la Nativité, est-elle là pour « remettre l’église au milieu du village », couper, abruptement, avec l’image douceâtre d’un Noël aux petits rennes et aux sucres d’orges, un Noël fantasmé par les films américains. Noël, c’est un solstice, c’est la renaissance du soleil, c’est la naissance d’un enfant, et comme toute naissance, celle-ci se fait dans la douleur.

Un psychologue valaisan controversé soutenait dernièrement que ce n’était pas la douleur qui conférait de la dignité, mais la manière dont on la surmontait. Peut-être est-ce là le vrai message de Noël. Cette naissance dans le froid d’une mangeoire ne préfigure-t-elle pas la montée du calvaire, la crucifixion, cette deuxième naissance pour l’humanité tout entière ? Est-ce donc tout à fait sain de souhaiter à ses proches une bonne année, comme on entendrait une année aseptisée, sans douleurs, en bref dans la même léthargie continuelle que l’on passe les fêtes de fin d’année ? Il serait plus avisé de souhaiter une année enrichissante, c’est-à-dire une année de persévérance et de réussite à travers les épreuves.

Surtout quand la fête est marquée par les épreuves et les douleurs, ici ou ailleurs, Noël est également là pour nous rappeler à quel point tout le mal, toute la haine du monde, en dépit de leur fureur destructrice, se heurtent inexorablement à l’infinie tendresse que l’homme a pour l’homme. On a souvent dialogué de la prétendue bonté, ou au contraire du fond intrinsèquement mauvais, de l’être humain. Noël est là pour nous rappeler à quel point la cruauté la plus terrible, hier comme aujourd’hui, cohabite avec la douceur la plus grande, fût-elle dissimulée, emmaillotée, et fragile. Surtout, Noël prouve que l’homme ne peut rester insensible aux douleurs de ses congénères ; en bref, Noël redonne confiance dans l’être humain. Laisser la chance aux dirigeants, et c’est une préoccupation majeure pour l’année qui vient, d’être des messagers de paix, et non des Hérode sanguinaires. Laisser la chance aux tyrans de tendre la deuxième joue et de trouver un consensus de paix. Pour trouver la paix, ne faut-il pas avoir connu la guerre ? Telle est l’idée terrible qui nous chagrine, malheureusement nécessaire.

Sur une note plus mystique, faisons de Noël une fête de l’alpha et de l’oméga. Que des choses, bonnes ou mauvaises, se terminent, et que sur leurs restes poussent de nouvelles fleurs. Que cet enfantement se fasse dans la douleur, pour le meilleur et pour le pire. En fin de compte, personne ne connaît toutes les fins, et les voies du Seigneur demeurent impénétrables. Ne jugeons donc pas le monde, les hommes, et accueillons ce que l’avenir nous réserve avec humilité, et, si l’on n’a pas la confiance, au moins avec sérénité.

Aux lecteurs du Regard Libre, une année qui les fasse grandir.

Ecrire à l’auteur : sebastien.oreiller@netplus.ch

Crédit photo : © Le site de Noël

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