«Mary Poppins», un retour en enfance des plus agréables

Les mercredis du cinéma – Lauriane Pipoz

Dans notre édition papier en commande ici, l’article de notre rédactrice sur l’auteur du roman dont est tiré le film, Pamela Lyndon Travers, une femme fort originale pour son époque!

Ancré dans l’Angleterre des années trente, en pleine «Grande Dépression», ce film nous montre un Michael et une Jane adultes. Mary revient pour s’occuper des trois enfants de Michael Banks après la mort de sa femme survenue une année auparavant. Avec un traitement très équilibré d’émotion, d’humour et de scènes décalées pleines d’imagination, ce film nous entraîne rapidement dans son monde magique. Il s’ouvre ainsi sur un allumeur de réverbères en bicyclette chantant «c’est votre jour de chance». On fait également la connaissance d’un capitaine loufoque tirant des boulets de canon à chaque heure et d’Hélène, la vieille gouvernante qui perd un peu la tête.

La plus magique des nounous revient cinquante-quatre ans après son immense succès en 1964. Le premier film a été l’un des plus rentables et l’une des productions les mieux accueillies des studios Walt Disney: cette suite également basée sur le roman éponyme de Pamela Lyndon Travers était très attendue. Sous un mélange de comédie musicale, de prises de vues réelles et d’animation, Mary Poppins vient à nouveau mettre de la magie dans la vie des enfants Banks, vingt ans plus tard et sous un nouveau visage.

«Je jouais au cerf-volant et il s’est pris dans une nounou»

Il faut attendre quelques minutes avant de découvrir Mary Poppins. Elle apparaît sous les traits d’Emily Blunt, accrochée au cerf-volant du cadet des enfants Banks, dans une très belle scène où les nuages s’écartent autour d’elle. L’interprétation de la nouvelle nanny anglaise est très différente de celle de Julie Andrews: elle paraît cette fois-ci beaucoup plus sévère et pince-sans-rire, ce qui la rapproche du personnage des livres de Pamela Lyndon Travers.

Cette performance rend la nounou drôle et touchante. Elle semble beaucoup s’amuser de l’étonnement des enfants face à la magie – notamment dans la scène du bain, où elle dit avec sérieux que «si ça n’est pas logique et rationnel, c’est que c’est faux» tout en faisant disparaître tout un tas d’objets étonnants dans la baignoire –, mais avec beaucoup de retenue. Ce trait se remarque aussi dans le salon des Banks à un moment où Michael se laisse submerger par ses émotions devant ses enfants et leur nounou: elle reste debout, bien droite dans l’entrée de la pièce, avec une expression pleine de discrétion.

Notons également au passage la jolie performance de Ben Whishaw, très crédible en veuf un peu dépassé. La première scène où il craque est exceptionnellement touchante. Elle est mise en musique par une belle chanson dans laquelle il se demande où se trouve sa femme. Petit bémol: la deuxième scène d’émotions aurait peut-être pu selon moi se passer de larmes. Tant pis, l’aspect dramatique est quand même très adroitement amené dans cet univers différent où l’on passera très rapidement des larmes au rire et à l’émerveillement. On se rappelle ainsi pendant environ deux heures de la magie de notre enfance, même si «les adultes auront tout oublié d’ici demain matin, comme d’habitude».

Ecrire à l’auteur: lauriane.pipoz@gmail.com

Crédit photo: © The Walt Disney Company

le retour de mary poppins
Etats-Unis, 2018
Réalisation: Rob Marshall
Scénario: David Magee, d’après Pamela Lyndon Travers
Interprétation: Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda, Ben Whishaw et Emily Mortimer
Production: Marc Platt Productions, Walt Disney Pictures
Distribution: Walt Disney Studios
Durée: 2h10
Sortie: 19 décembre 2018

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